October 18, 2019 / 12:01 AM / in a month

La Turquie accepte une pause de cinq jours dans son offensive en Syrie

(Actualisé avec détails §§5-6)

par Humeyra Pamuk, Ece Toksabay et Tuvan Gumrukcu

ANKARA, 18 octobre (Reuters) - La Turquie a accepté jeudi d’observer une pause de cinq jours dans son offensive dans le nord de la Syrie afin de permettre aux forces kurdes de se retirer de la “zone de sécurité” qu’elle compte instaurer au-delà de sa frontière, une décision saluée par les Etats-Unis mais présentée par les dirigeants turcs comme une victoire complète.

Cet arrêt de l’opération militaire turque a été annoncé par le vice-président des Etats-Unis Mike Pence à la suite d’une rencontre à Ankara avec le président turc Recep Tayyip Erdogan.

Dans un tweet, le président américain Donald Trump a rapidement remercié son homologue turc et assuré que cette initiative allait sauver “des millions de vies”. Il a ajouté que les sanctions américaines évoquées à la suite du lancement de l’offensive turque n’étaient plus nécessaires.

Si cette pause aboutit aux résultats qu’elle attend, la Turquie aura atteint le principal objectif qu’elle s’était fixé en lançant son opération militaire le 9 octobre: évacuer toute force kurde d’une bande de territoire syrien large de plus de 30 km le long de sa frontière.

On ignore si les Forces démocratiques syriennes (FDS), mouvement dominé par les Kurdes, se conformeront pleinement à cet accord, qui laisserait aux forces turques le contrôle d’un territoire que les Kurdes détenaient auparavant, avec le soutien de l’armée américaine.

Le commandant des FDS, Mazloum Kobani, a déclaré au media kurde Ronahi TV que le groupe accepterait le cessez-le-feu avec la Turquie dans le nord de la Syrie, tout en précisant qu’il se limitait aux zones frontalières séparant les villes de Ras al Aïn et Tell Abyad.

“La zone de sécurité sera principalement garantie par les forces armées turques”, est-il écrit dans un communiqué commun des Etats-Unis et de la Turquie publié après les discussions à Ankara.

Un responsable turc a déclaré à Reuters que son pays avait obtenu “exactement ce que nous souhaitions” de ces pourparlers avec les Américains.

PAS UN CESSEZ-LE-FEU, DIT ANKARA

Le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, a refusé de parler de “cessez-le-feu”. Il a qualifié l’initiative de simple pause destinée uniquement à permettre aux combattants kurdes de se retirer.

Ces derniers, qu’Ankara qualifie de “terroristes” en raison de leur proximité avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) en Turquie, vont devoir rendre toutes leurs armes lourdes et leurs positions vont être détruites, a dit Mevlut Cavusoglu.

Mike Pence a déclaré que les Etats-Unis étaient déjà en contact avec les Forces démocratiques syriennes, dont la principale composante est constituée des combattants kurdes des Unités de protection du peuple (YPG). Les FDS ont accepté de se retirer et ont commencé à le faire, a assuré le vice-président américain.

En vertu de l’accord conclu par Recep Tayyip Erdogan, la Turquie ne doit pas lancer d’opérations militaires à Kobané, ville frontalière syrienne jugée stratégique, a dit Mike Pence. Mevlut Cavusoglu a pour sa part déclaré qu’Ankara n’avait pris aucun engagement sur ce point.

Pour les Etats-Unis, le principal objectif était de mettre fin aux violences et ils y sont parvenus, a dit Mike Pence.

L’offensive turque a provoqué une nouvelle crise humanitaire en Syrie avec la fuite de 200.000 civils et la crainte dans les pays occidentaux de voir des milliers de djihadistes de l’organisation Etat islamique (EI) profiter du chaos pour s’évader des prisons contrôlées par les Kurdes.

Elle a aussi valu, aux Etats-Unis comme à l’international, de vives critiques à Donald Trump, accusé de trahir et d’abandonner les combattants kurdes, pourtant alliés des Américains et des Européens dans la lutte contre l’EI. C’est à la suite de son annonce d’un retrait des forces américaines du nord de la Syrie que la Turquie a lancé son offensive. (Avec Stephanie Nebehay à Genève, Ellen Francis à Beyrouth et Susan Heavey à Washington; Bertrand Boucey et Arthur Connan pour le service français)

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