October 7, 2019 / 5:05 AM / 16 days ago

RPT-POINT HEBDO-La menace d'une récession se précise

(Répétition sans changement d’une dépêche diffusée vendredi)

* Les signes d’un ralentissement de l’économie s’accumulent

* Le secteur manufacturier souffre, les services aussi

* Les tensions commerciales continuent de peser

* La volatilité grimpe sur les marchés d’actions

* Une nouvelle baisse de taux par la Fed anticipée

par Patrick Vignal

PARIS, 7 octobre (Reuters) - La crainte d’une récession généralisée qui pèse sur les marchés financiers depuis plus d’un an vient d’être alimentée par des signes concrets attestant d’une contagion des maux du secteur manufacturier à celui des services, relativement épargné jusqu’à présent.

Le conflit commercial entre les Etats-Unis et leurs principaux partenaires commerciaux, qui continue de jouer son rôle d’accélérateur de l’essoufflement de l’économie mondiale, menace ainsi clairement de précipiter la mort d’un cycle économique particulièrement vieux.

L’inquiétude des intervenants de marché les conduit à anticiper désormais massivement une nouvelle baisse de taux par la Réserve fédérale à la fin du mois, alors qu’ils étaient encore très partagés il y a quelques jours.

La dernière vague d’alertes a commencé à déferler mardi avec la publication d’un indice ISM manufacturier traduisant une contraction de l’activité du secteur aux Etats-Unis en septembre. Cette annonce a précipité les indices boursiers dans le rouge et fait grimper la volatilité des deux côtés de l’Atlantique.

Le lendemain, mercredi, les investisseurs apprenaient que le secteur privé américain avait créé moins d’emploi qu’attendu en septembre et l’Organisation mondiale du commerce (OMC) autorisait Washington à appliquer des droits de douane sur 7,5 milliards de dollars d’importations de l’Union européenne par an, une décision liée à la querelle sur les aides publiques accordées à Airbus.

Résultat : l’une des pires journées de l’année pour les Bourses européennes avec un notamment un repli de plus de 3% pour le CAC 40.

L’ÉCONOMIE DE LA ZONE EURO À L’ARRÊT

D’autres mauvaises nouvelles allaient suivre avec la publication, jeudi, des résultats des enquêtes réalisées par IHS Markit auprès des directeurs d’achat (PMI) montrant que le secteur privé de la zone euro avait calé le mois dernier.

“L’économie de la zone euro s’est arrêtée en septembre, les enquêtes PMI dressant le tableau le plus sombre depuis le début de la période d’expansion en cours, mi-2013”, a commenté Chris Williamson, chef économiste d’IHS Markit. “Le ralentissement montre également des signes de propagation du secteur manufacturier vers celui des services.”

Dans ce contexte, une récession technique, soit deux trimestres consécutifs de contraction du produit intérieur brut (PIB), paraît désormais inévitable pour l’Allemagne, première économie d’Europe, en première ligne dans la guerre commerciale en raison de sa forte dépendance à l’exportation de sa production industrielle.

Quelques heures plus tard, on apprenait que l’indice ISM évaluant l’activité des services aux Etats-Unis était tombé à son plus bas niveau depuis trois ans en septembre. Wall Street a d’abord baissé avant de se retourner à la hausse sur des anticipations que l’accumulation des signes inquiétants conduise la Fed à annoncer une nouvelle baisse de taux lors de sa prochaine réunion

Si l’emploi résiste encore, comme en atteste le rapport mensuel publié vendredi par le département du Travail , les services, soutien essentiel de l’économie américaine, paraissent donc affectés à leur tour par le ralentissement qui a frappé en premier lieu l’industrie, ce qui n’est pas rassurant du tout, selon Phil Blancato, directeur général de Ladenburg Thalmann Asset Management à New York.

“Je suis plus préoccupé à ce stade que je ne l’ai jamais été depuis le début de l’année”, a-t-il confié. “La question clé porte sur le moment à partir duquel la récession des entreprises aura un impact sur le consommateur, ce qui nous mènera à une récession complète”.

Il faudrait encore parler, pour l’Europe, de l’interminable feuilleton du Brexit, avec la menace toujours présente d’un divorce sans accord entre Londres et Bruxelles, et aussi, pour les Etats-Unis, de la peur d’un assèchement du crédit que viennent de raviver les tensions observées sur le marché interbancaire.

Pas vraiment de quoi se réjouir, donc, même si une embellie reste possible sur le front du commerce à quelques jours de la reprise des négociations entre Washington et Pékin.

Certains font valoir que les deux camps ont intérêt à une forme d’accord mais d’autres leur répondent que la lutte que se livrent les deux géants pour la suprématie mondiale n’est pas près de s’éteindre.

“BULL MARKET” PAS MORT ?

Autre élément d’espoir, tout au moins de soutien pour les actifs risqués, la promesse faite par les grandes banques centrales de rester accommodantes pour contrer le risque d’une entrée de l’économie mondiale en récession.

“La mise en place de politiques monétaires plus souples est l’une des principales raisons pour lesquelles le risque d’une récession mondiale à court terme nous paraît limité”, écrit Jean Boivin, responsable mondial de la recherche pour le BlackRock Investment Institute, dans une note étonnamment optimiste publiée juste avant les résultats des dernières enquêtes sur l’activité des services aux Etats-Unis.

“Des conditions de financement plus accommodantes devraient selon nous réduire la probabilité que la faiblesse du secteur industriel global se traduise par un ralentissement plus marqué de l’économie”, ajoute l’expert du numéro un mondial de la gestion d’actifs. “Nous prévoyons une reprise de la croissance mondiale au cours des six à 12 prochains moins, à mesure que les politiques de relance vont se répercuter sur l’économie mondiale”, ajoute-t-il.

Les stratèges de Citi partagent son point de vue et pensent que les banques centrales continueront à porter les actions, notamment aux Etats-Unis, où l’actuel mouvement de hausse (“bull market”), qui dure depuis dix ans, est selon eux, “vieux mais pas mort”.

S’ils reconnaissent que la menace d’une récession est le principal risque pesant sur les marchés, ils n’en voient pas moins les actions mondiales progresser encore de 9% d’ici à fin 2020.

D’autres considèrent que les largesses des instituts d’émission ont atteint leurs limites et qu’il est urgent que les politiques de relance budgétaire prennent leur relais.

Ils n’en écouteront pas moins attentivement les discours que doit prononcer lundi et mardi le président de la Réserve fédérale, Jerome Powell, et décortiqueront soigneusement les comptes rendus des réunions monétaires de septembre de la Fed, mercredi, puis de la Banque centrale européenne, jeudi.

édité par Marc Angrand

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