May 13, 2019 / 10:35 AM / 2 months ago

Polémique autour d'un rapport sur l'absence de preuve de la nocivité du glyphosate

TOULOUSE, 13 mai (Reuters) - Quatre parlementaires français rendront jeudi un rapport controversé sur le glyphosate et le rôle des agences sanitaires, démontrant selon eux qu’il n’y a pas de preuve scientifique de cancérogénicité de l’herbicide vedette de Monsanto.

Ce rapport, remis par l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques à la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale, a nécessité quinze mois d’enquête et plus de 70 auditions.

Parmi les cosignataires de ce document, le sénateur UDI de la Haute-Garonne, Pierre Médevielle, défend “un rapport sur les méthodes d’évaluations des agences et non sur le glyphosate” de Monsanto, désormais filiale du groupe allemand Bayer.

“Ces dernières années, il y a une véritable psychose autour des effets du glyphosate mais aucune étude scientifique ne prouve sa cancérogénicité ni en France, ni en Europe, ni dans le monde”, a-t-il déclaré à Reuters, soulignant que “l’OMS classe la substance comme cancérogène peu probable”.

Un rapport jugé “scandaleux” par Dominique Masset, initiateur de la “Campagne glyphosate dans les urines” en avril 2018. Il pointe le décalage entre les études des agences sanitaires qui considèrent la substance sans danger et les études médicales scientifiques, qui montrent sa dangerosité pour la santé.

“On ne prend pas en compte le danger sanitaire réel puisque le principe de précaution n’est pas appliqué en France sur le glyphosate alors qu’il y a une controverse scientifique, souligne Dominique Masset. Il faut que ces élus nous expliquent pourquoi les agriculteurs exposés massivement à ces produits peuvent invoquer une maladie professionnelle.”

“RESTAURER LA CONFIANCE”

“Nos travaux ont été approuvés par le CNRS, l’Inra (Institut national de la recherche agronomique-NDLR) et l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail-NDLR)”, précise le sénateur de Haute-Garonne. “Nous voulons juste que sur un tel débat de société, comme celui du glyphosate, la confiance soit restaurée entre les agences nationales chargées d’évaluer la dangerosité des substances mises sur le marché et l’opinion.”

Pharmacien de formation, il se défend de céder à la pression des lobbies et rappelle qu’il faisait partie des 40 premiers signataires contre les néonicotinoïdes tueurs d’abeilles.

Seul le Centre International de Recherche contre le Cancer classe la substance comme cancérogène probable.

Fin 2017, les Etats membres de l’Union européenne ont renouvelé pour cinq ans la licence du glyphosate.

Le gouvernement français a de son côté promis que la substance serait interdite “dans ses principaux usages” d’ici 2021, et “pour tous les usages” d’ici cinq ans.

Bayer a annoncé dimanche avoir chargé un cabinet juridique extérieur d’enquêter sur la constitution par Monsanto d’un fichier de personnalités en France en fonction de leurs positions sur les pesticides.

Le groupe chimique allemand déclare avoir conscience que cette initiative a suscité des inquiétudes et des critiques, même si rien n’indique pour l’instant qu’elle soit illégale.

Selon des informations révélées par France 2 et Le Monde, un fichier secret de 200 noms de journalistes, politiques, dirigeants d’organisations professionnelles ou scientifiques a été constitué en novembre 2016. Il provient d’une fuite du cabinet de lobbying et de relations publiques Fleishman-Hillard, “mandaté par Monsanto pour l’assister dans sa défense du glyphosate”.

Des personnalités dont les noms sont cités comme figurant dans le fichier ont annoncé vendredi leur intention de porter plainte. Une enquête préliminaire, confiée à la brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP), a été ouverte par le parquet de Paris, à la suite d’une plainte déposée par Le Monde. (Julie Rimbert, édité par Yves Clarisse)

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