February 13, 2019 / 8:50 AM / in 5 months

L'accord de May ou un report: le négociateur de Londres sème le trouble

* L’alternative exposée par Olly Robbins va à l’encontre de la position officielle de Theresa May

* Le négociateur s’exprimait au bar d’un hôtel de Bruxelles où se trouvait aussi un journaliste d’ITV

* Nigel Farage réclame son limogeage pour “trahison et incompétence”

par Guy Faulconbridge

LONDRES, 13 février (Reuters) - En déclarant au bar d’un hôtel de Bruxelles que la seule alternative possible, c’était d’approuver l’accord de Brexit négocié par la Première ministre Theresa May avec les Européens ou d’accepter un report significatif de la date du divorce, le négociateur en chef du Royaume-Uni a semé le trouble en Grande-Bretagne.

Le Brexit est fixé pour l’heure au 29 mars prochain à 23h00 GMT, et Theresa May, incapable de réunir une majorité à la Chambre des communes sur l’accord de retrait qu’elle a négocié avec Bruxelles, affirme que ce calendrier sera tenu, avec ou sans “deal” avec l’Union européenne.

Mais ce n’est pas ce que son principal négociateur, Olly Robbins a déclaré lundi soir lors d’une conversation au bar d’un hôtel de Bruxelles entendue par un correspondant de la chaîne ITV qui s’y trouvait aussi.

Au cours de cette conversation privée, Robbins, qui est un haut fonctionnaire, pas un élu, a déclaré que les parlementaires britanniques auraient le choix entre accepter l’accord de retrait qu’ils ont massivement rejeté mi-janvier ou accepter un long report - ou extension - de la date du divorce.

“Il faut faire en sorte qu’ils pensent qu’une extension est possible mais que s’ils ne votent pas pour l’accord, cette extension sera longue”, a-t-il dit à ses interlocuteurs.

Angus Walker, le correspondant d’ITV qui s’est retrouvé par hasard au même bar d’hôtel, lundi soir, note que le négociateur en chef de Londres sur le Brexit “parlait de telle sorte qu’il n’était pas nécessaire de tendre l’oreille pour l’entendre”.

"Mais pour que les choses soient claires, ajoute-t-il here, j'ai entendu des fragments de leur conversation, pas la totalité des mots qu'ils ont prononcés."

D’après lui, le négociateur britannique pense que la perspective d’un long report du Brexit pourrait amener les parlementaires à reconsidérer leur rejet massif de l’accord de retrait que les équipes de May ont négocié avec Bruxelles et que les chefs d’Etat et de gouvernement des Vingt-Sept ont entériné fin novembre.

“LES FONCTIONNAIRES PROPOSENT, LES MINISTRES DISPOSENT”

Invité mercredi matin sur la BBC, le ministre britannique du Brexit, Stephen Barclay, a réfuté cette alternative, réaffirmant la position officielle du gouvernement.

“La Première ministre a été très claire, nous sommes engagés sur un départ le 29 mars. Il n’est dans l’intérêt de personne d’obtenir une extension sans clarté”, a-t-il dit au micro de la BBC.

“Je ne suis pas en position de commenter des conversations auxquelles je n’ai pas assisté et rapportées indirectement dans un bar bruyant”, a-t-il poursuivi après avoir été interrogé spécifiquement sur les propos prêtés à Robbins.

Plus catégorique dans le démenti, le député conservateur Steve Baker, partisan du Brexit, a souligné que “si la Première ministre décide que nous partirons le 29 mars alors, accord ou non, c’est ce qui aura lieu”. “Les fonctionnaires proposent, les ministres disposent”, a-t-il ajouté.

Difficile à ce stade de comprendre pourquoi un haut fonctionnaire aussi expérimenté que Robbins a évoqué à voix haute et dans un lieu public une position contraire à la ligne défendue officiellement par sa patronne.

Mais ses propos tels que rapportés par ITV ne manqueront pas d’amplifier l’inquiétude des Brexiters qui redoutent que May ne finisse pas repousser la date du divorce.

Robbins, toujours selon le correspondant d’ITV, a noté que le point le plus controversé de l’accord de retrait - le “backstop” nord-irlandais, la clause de sécurité censée éviter le rétablissement d’une frontière physique sur l’île d’Irlande - avait été imaginé pour être un “pont” vers les relations commerciales à long terme entre le Royaume-Uni et l’UE.

Pour Nigel Farage, ancien dirigeant du Parti de l’indépendance du Royaume-Uni (Ukip) et chef de file du camp des Brexiters lors du référendum de juin 2016, le négociateur devrait être “limogé immédiatement pour ce mélange de trahison et d’incompétence”. “Olly Robbins, a-t-il ajouté, incarne la cinquième colonne au sein de la fonction publique de notre pays.”

LE POINT sur les négociations du Brexit

avec Alistair Smout, Kate Holton et James Davey Henri-Pierre André pour le service français

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