February 4, 2019 / 6:02 AM / 13 days ago

RPT-POINT HEBDO-Les "trois P" de la Fed s'imposent aussi aux marchés

(Répétition sans changement d’une dépêche transmise vendredi)

* Le risque d’un resserrement trop rapide aux USA s’éloigne

* Un facteur rassurant pour les actifs risqués

* Mais le rebond des actions depuis Noël peine à convaincre

* Espoir prudent d’accord commercial USA-Chine

* L’Italie recommence à inquiéter

par Marc Angrand

PARIS, 4 février (Reuters) - Patience, prudence et pragmatisme: en optant sans équivoque pour la règle dite des “trois P”, la Réserve fédérale américaine a procuré aux investisseurs du monde entier un soulagement bienvenu qui n’a pas pour autant fait oublier les multiples risques auxquels restent exposés les marchés.

C’est un virage à 180 degrés assumé qu’a opéré la Fed mercredi à l’issue de sa première réunion en laissant très clairement entendre qu’elle pourrait s’abstenir de tout relèvement supplémentaire de ses taux d’intérêt.

Et la banque centrale pourrait aller encore plus loin, puisqu’elle envisage désormais de freiner le ralentissement de son bilan, mené pour l’instant au rythme de 50 milliards de dollars par mois.

Elle n’a donné pour l’instant aucune précision sur ce point et ne le fera pas avant sa prochaine réunion, début mars mais la seule évocation d’un coup de frein, voire d’un coup d’arrêt, au “resserrement quantitatif” est lui aussi accueilli favorablement.

“Conjugué à la position plus accommodante de la Fed, cela devrait contribuer à apaiser les craintes d’un impact négatif de l’ajustement du bilan sur les marchés financiers mondiaux”, estiment ainsi les économistes d’UBS.

LES FLUX SUR LES ACTIONS TOUJOURS NÉGATIFS

Cette bouffée d’oxygène a été d’autant mieux reçue par les investisseurs que le rebond des six dernières semaines, qui a permis aux grands indices boursiers mondiaux d’enregistrer des hausses confortables en janvier, laisse certains observateurs dubitatifs.

Certes, le Standard & Poor’s américain a repris 15% par rapport à son plus bas de la veille de Noël et le Stoxx 600 européen près de 9% mais paradoxalement, les capitaux continuent de se détourner des actions, un mouvement confirmé par plusieurs études.

“Les actions ont rebondi par rapport aux niveaux survendus de décembre mais les flux restent négatifs”, souligne par exemple l’équipe de stratèges de Barclays. “Le positionnement des investisseurs n’a pas beaucoup changé et reste prudent.”

Si elle rappelle que les flux sont généralement en retard sur les indices, ce qui laisse espérer une augmentation de l’exposition aux actions dans les prochaines semaines, la banque britannique constate que “pour l’instant, les fonds mutuels continuent d’accumuler le cash et les obligations”.

DES RÉSULTATS SANS ÉCLAT POUR L’INSTANT

De fait, les résultats des sociétés cotées n’ont guère de quoi susciter l’enthousiasme. A Wall Street, si Apple et Facebook, entre autres, ont rassuré, le bilan provisoire est mitigé: sur les 210 premières entreprises du S&P 500 à avoir publié leurs comptes, 71% ont dépassé les attentes selon le décompte de Refinitiv mais la croissance des bénéfices confirme son ralentissement. Pour 2019, elle est désormais attendue à 5,1% seulement, contre 7,3% prévu début janvier et 10,2% début octobre.

En Europe, la saison des publications est moins avancée mais les tout premiers résultats confirment la tendance avec des bénéfices désormais attendus en hausse de 3,6% sur un an seulement pour le quatrième trimestre 2018, et de 1,7% hors secteur de l’énergie.

Les publications vont se multiplier sur les places européennes dans les prochains jours avec à l’agenda, entre autres, les résultats de Daimler et Fiat dans l’automobile, d’Infineon dans les hautes technologies, d’ArcelorMittal dans l’industrie, de L’Oréal dans les produits de grande consommation ou encore de BNP Paribas, Société générale et Intesa Sanpaolo dans le secteur bancaire.

Ce dernier est à surveiller de près dans le contexte de ralentissement de l’économie, d’autant que le report de plus en plus probable des hausses de taux aux Etats-Unis comme en zone euro n’est pas de bon augure pour les résultats des banques.

“L’environnement de taux bas comprime les marges nettes d’intérêt et nuit à la rentabilité des institutions financières”, soulignent les économistes de NN Investment Partners, alors que “ses avantages - croissance accrue du crédit, diminution des prêts non-performants (NPL) et appréciation des prix des actifs - diminuent au fil du temps”.

Autre risque à prendre en compte: la baisse du dollar - et donc la remontée de l’euro - liée au changement de discours de la Fed, qui pourrait pénaliser les exportateurs européens.

COMPTE À REBOURS POUR UN ACCORD COMMERCIAL USA-CHINE

S’il reste donc mitigé en matière de résultats, le paysage continue de s’assombrir du côté des indicateurs économiques: en Asie comme en Europe, les indices PMI manufacturiers publiés vendredi ont confirmé la menace d’une contraction dans l’industrie et en Allemagne, le président de la Bundesbank a dit craindre un ralentissement prolongé.

Le principal foyer d’inquiétude en Europe reste toutefois l’Italie, où l’entrée en récession confirmée fin 2018 a ravivé les craintes de dérapage budgétaire.

La suite des résultats des enquêtes PMI en Europe risque fort de confirmer la morosité ambiante et les chiffres allemands des commandes à l’industrie puis de la production industrielle, bien qu’attendus en hausse, pourraient bien être insuffisants pour la remettre en cause.

Pour les investisseurs, l’enjeu économique numéro un reste toutefois le conflit commercial entre les Etats-Unis et la Chine. Washington a beau évoquer des progrès dans les discussions et Donald Trump afficher son impatience de rencontrer Xi Jinping, il reste moins d’un mois aux deux pays pour trouver un terrain d’entente.

Les avancées pourraient être minces dans les jours à venir, la Chine se concentrant sur les festivités du nouvel an lunaire. Mais pour certains observateurs, la Banque populaire de Chine (BPC) pourrait sans tarder annoncer de nouvelles mesures de relance du crédit et de l’économie, voire une baisse de taux.

Donald Trump, lui, aura l’occasion d’évoquer le dossier mardi dans son discours sur l’état de l’Union au Congrès, retardé par le “shutdown”; un dossier dans lequel prudence et patience n’ont pas été les qualités les plus évidentes du président américain, contraint au final à céder... par pragmatisme.

VOIR AUSSI:

*GESTION-Sorties massives sur les fonds en actions malgré le rebond-BAML

*ENQUÊTE-La part des allocations en actions au plus haut depuis 11 mois (Edité par Blandine Hénault)

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