September 12, 2018 / 1:33 PM / 12 days ago

ENTRETIEN MARCHÉS-Les émergents repartiront si les devises s'apaisent-Muzinich

* Les devises, baromètre des marchés émergents

* Elles s’affolent en Turquie, en Argentine et au Brésil

* Les fondamentaux des émergents demeurent pourtant sains

* Si les devises se calmaient, la confiance pourrait revenir

par Patrick Vignal

PARIS, 12 septembre (Reuters) - Les actifs émergents sont délaissés principalement en raison de la volatilité ambiante sur les devises et repartiront de l’avant si les monnaies se calment, estime Warren Hyland, responsable marchés émergents chez Muzinich, société d’investissement spécialisée dans le crédit d’entreprise.

Comme les actions, les obligations émergentes avaient le vent en poupe l’an dernier, au point que début 2018, les gestionnaires d’actifs étaient nombreux à vanter les mérites de la dette émergente en monnaie locale.

Cette classe d’actifs particulièrement risquée allait cependant faire un flop retentissant, à cause précisément de la valse des devises en Turquie, en Argentine, au Brésil et ailleurs.

“Tout est allé un peu de travers et la dette en monnaie locale est l’un des actifs les moins performants de la galaxie des émergents”, reconnaît Warren Hyland. “Les espoirs étaient très grands mais il a fallu déchanter. Sur les marchés financiers, quand il faut effectuer un virage à 180 degrés, c’est assez violent”.

Le resserrement monétaire des grandes banques centrales, le dollar fort et les tensions commerciales ont en effet combiné leur effets pour faire des actifs émergents le cancre de la classe en cette rentrée.

La situation, pourtant, n’est pas désespérée, juge Warren Hyland, pour qui les devises sont l’arbre malade cachant une forêt plutôt saine.

“Ce qui résume les marchés émergents cette année, ce sont les mouvement des devises, bien plus que les fondamentaux comme la qualité de la dette ou les valorisations des entreprises,” dit-il.

“Regardez l’Argentine, -50% depuis le début de l’année, la Turquie, -40%, le Brésil, -20%, l’Afrique du Sud, -19%, etc. La devise, c’est le baromètre. Si les devises émergentes vont bien, cela veut dire que tout va bien et vous voyez des capitaux rentrer dans le pays. Ce à quoi nous avons assisté, c’est à un retournement de la confiance. Les mouvements à la vente sur les devises ont affecté la confiance dans les marchés émergents dans leur ensemble”.

PAS DE PANIQUE

En bon spécialiste de la dette spéculative (‘high yield’), Warren Hyland garde un oeil attentif sur les taux de défaut et les spreads de crédit, qui déterminent si l’investissement dans cet actif hautement risqué en vaut la chandelle. Et ce qu’il voit ne l’incite pas forcément à la panique.

“L’inversement de la tendance sur les devises n’a pas eu pour l’instant d’effet d’entraînement sur les bilans des entreprises”, dit-il. “Et si vous regardez un indicateur avancé très simple tel que le nombre d’obligations dans votre indice avec un spread supérieur à 1.000 points de base, vous voyez qu’il augmente, mais principalement à cause de trois pays : l’Argentine, la Turquie et la Chine”.

La question est donc de savoir si la situation dans ces trois pays peut dégénérer au point de se répandre à d’autres économies émergentes et à l’économie mondiale dans son ensemble.

Rien n’est moins sûr, tranche Warren Hyland, qui invite à différencier le cas de la Turquie, dont le principal souci est de contrôler sa devise pour contenir l’inflation, de celui de l’Argentine, en proie à une crise de la dette qui rappelle celle vécue par la Grèce, avec le Fonds monétaire international (FMI) dans le rôle du pompier de service.

Quant à la Chine, elle mérite un traitement particulier, en raison de la taille de son économie et de sa production, poursuit l’expert de Muzinich.

SI LA CHINE TOUSSE...

“Est-ce que la situation des émergents peut s’étendre à l’économie globale ?”, s’interroge-t-il. “La vraie inquiétude, c’est la Chine, parce que c’est la deuxième économie du monde et que si elle tousse, tout le monde s’enrhume”.

Le problème numéro un de la Chine, ce sont les tensions commerciales avec les Etats-Unis, dont il est très difficile d’estimer l’ampleur et l’impact, ajoute-t-il.

“Ce que nous avons eu jusqu’à présent porte sur 50 milliards de dollars avec des représailles à hauteur mais si l’on devait dépasser les 250 milliards de dollars, aucune des deux économies n’en bénéficierait”, dit-il.

Malgré ces menaces, la situation sur les marchés émergents n’est pas sans espoir, insiste le gérant, qui note en outre que les investisseurs opportunistes sont déjà repartis, ce qui rend plus solide la base de ceux qui restent sur cette classe d’actifs.

“Les fondamentaux m’ont l’air bien, même s’ils ne sont pas aussi robustes que ce que l’on attendait au début de l’année”, dit-il. “Les bilans des entreprises sont en bonne santé et le nombre de défauts reste bas”, ajoute-t-il, en soulignant que la dette spéculative émergente se porte mieux que le ‘high yield’ américain.

La confiance, elle, reviendra si les devises reviennent à la raison, dit-il.

“Il y a ce problème de confiance mais si on avait une période pendant laquelle les mouvements à la vente sur les devises cessaient, je pense que les gens commenceraient à revenir sur les marchés émergents”.

Voir aussi :

GESTION-Pictet juge exagérée la correction sur les émergents

édité par Blandine Hénault

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