June 5, 2018 / 1:44 PM / a month ago

LEAD 1-Dix ans après ses débuts, de premiers A380 revendus en pièces détachées

(Actualisé avec réaction d’Airbus, commentaires d’analyste, précisions, contexte)

par Tim Hepher

SYDNEY, 5 juin (Reuters) - Une société allemande d’investissement a annoncé mardi qu’elle vendrait en pièces détachées deux Airbus A380, faute d’avoir réussi à leur trouver un repreneur lorsque Singapore Airlines les lui a rendus.

La décision de Dr Peters Group, entreprise basée à Dortmund, porte un nouveau coup dur aux efforts d’Airbus, qui cherche à maintenir l’intérêt du marché pour son très gros porteur dix ans après son entrée en service en grande pompe.

“Psychologiquement, ce n’est pas bon pour Airbus mais c’est un très gros appareil avec un marché de l’occasion très réduit”, dit Howard Wheeldon, spécialiste du secteur aéronautique.

Bien qu’apprécié pour son intérieur spacieux et calme, la demande pour cet avion de 544 places s’est effondrée lorsque les compagnies aériennes ont abandonné les gros quadrimoteurs au profit d’appareils bimoteurs plus petits, plus faciles à remplir et nettement moins gourmands en carburant.

“Il est trop gros. Il y a eu une bataille pour plaire aux compagnies et il l’a perdue”, juge Howard Wheeldon.

Airbus pense que son très gros porteur finira par prouver sa pertinence alors que l’essor du tourisme et de la demande de voyages à travers le monde risque de provoquer une saturation des aéroports internationaux.

“Nous ne pouvons pas commenter la décision de Dr Peters, qui est le propriétaire des appareils”, a dit un porte-parole d’Airbus. “Nous restons confiants dans le marché d’occasion de l’A380 et dans le potentiel d’élargissement de la base d’exploitants.”

Singapore Airlines a commencé à faire voler l’A380 en décembre 2007 mais a rendu les deux premiers appareils à leur propriétaire allemand 10 ans plus tard, à l’expiration de leur bail.

COÛTS DE RECONFIGURATION

Les deux appareils ont été repeints puis entreposés à Tarbes, dans les Hautes-Pyrénées. Depuis, Dr Peters Group a cherché des repreneurs, en vain.

“Après de longues et intenses négociations avec diverses compagnies aériennes telles que British Airways, HiFly et IranAir, Peters Group a décidé de vendre les pièces de l’avion et recommandera cette approche à ses investisseurs”, écrit l’entreprise dans un communiqué envoyé à Reuters.

Airbus s’efforce depuis des mois de stimuler le marché de l’A380 d’occasion en essayant de convaincre de nouvelles compagnies d’investir dans cet appareil.

Lors de son lancement, l’avionneur européen permettait aux compagnies de personnaliser fortement l’intérieur de leurs A380 pour se distinguer de la concurrence mais le coût de remplacement de ces équipements sur mesure est désormais davantage perçu comme un handicap.

“Le problème, c’est le coût de reconfiguration. C’est 40 millions de dollars voire plus par avion”, souligne une source haut placée dans le secteur aérien.

Les appareils envoyés à Tarbes ne seront pas entièrement dépecés mais leurs immenses carcasses vont être passées au peigne fin pour y récupérer les pièces ayant le plus de valeur comme les trains d’atterrissage et les équipements électroniques, a dit un responsable de Dr Peters à Reuters.

Leurs moteurs ont d’ores et déjà retirés et rendus à leur fabricant Rolls-Royce comme pièces de rechange.

La société américaine VAS Aero Service sera chargée de l’extraction et de la vente des différentes pièces.

Si le sort réservé à ces A380 risque d’embarrasser Airbus et de peiner les 3.800 employés travaillant sur cet appareil, les versions plus récentes du très gros porteur pourraient ne pas être aussi vulnérables.

Un modèle d’avion tend à s’améliorer au fur et à mesure de son développement et Singapore Airlines a ainsi récemment commandé de nouveaux A380.

La demande globale pour cet appareil est cependant plus faible que ne l’anticipait Airbus, même si son principal client, Emirates, a assuré la pérennité du programme pour une dizaine d’années en passant commande en janvier de vingt A380 avec une option sur 16 autres. (Catherine Mallebay-Vacqueur et Bertrand Boucey pour le service français, édité par Véronique Tison)

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