June 4, 2018 / 11:42 AM / 4 months ago

ECLAIRAGE-Air France, un pari industriel non sans écueils pour AccorHotels

* Une logique industrielle forte, selon les analystes

* Mais une alliance avec une entreprise en grande difficulté

* Un message “brouillé” d’AccorHotels après la vente d’HotelInvest

* Le temps de l’Etat n’est pas celui d’AccorHotels

par Pascale Denis

PARIS, 4 juin (Reuters) - En proposant à l’Etat la reprise partielle ou totale de sa participation dans Air France-KLM , AccorHotels veut pouvoir mieux affronter les géants internet du tourisme en ligne mais fait un pari non dénué de risques.

Le groupe hôtelier français a confirmé dimanche soir qu’il envisageait l’éventualité d’une prise de participation minoritaire au capital de la compagnie aérienne franco-néerlandaise afin de “conforter un projet industriel de croissance”.

Cette initiative n’est pas nouvelle et avait déjà été discutée avec Alexandre de Juniac, ancien PDG du groupe Air France-KLM, et avec Jean-Marc Janaillac, qui vient de démissionner de son poste de président d’Air France après un référendum perdu sur un projet d’accord salarial.

Ce départ et la crise de gouvernance qu’il a engendrée ont incité AccorHotels à rouvrir les discussions autour d’un projet industriel susceptible de mieux l’armer face aux agences de réservations en ligne comme Booking ou Expedia, qui offrent depuis longtemps à leurs clients des hôtels couplés à des vols.

Pour AccorHotels, le projet répond à une logique industrielle, celle de rapprocher les savoir-faire de deux acteurs du tourisme, de mutualiser leurs forces en matière de digital, de bases de données ou de programmes de fidélité, et de faire de l’hôtelier un champion mondial du voyage.

“Les deux groupes opèrent sur le même marché du tourisme mondial et (...) ont une typologie de clients très similaires (...) AccorHotels bénéficierait clairement du savoir-faire d’Air France en matière de ‘yield management’, de e-commerce ou de programmes de fidélité”, soulignent les analystes d’Oddo.

L’AÉRIEN, UN SECTEUR DIFFICILE

En voulant nouer une alliance capitalistique plutôt que de se contenter de partenariats industriels, AccorHotels souhaite aller plus vite face à la concurrence.

Mais il s’engagerait dans un secteur “qui demeure très difficile, avec une forte compétitivité, des cours du pétrole volatils et un risque opérationnel fort”, souligne Grégoire Laverne, gérant chez Roche-Brune Asset Management.

Au cours de clôture de vendredi, les 14% détenus par l’Etat dans Air France-KLM étaient valorisés à 430 millions d’euros, le titre de la compagnie aérienne s’étant effondré de 49% depuis le début de l’année.

La sortie de l’Etat, qui pourrait s’avérer politiquement difficile en pleine période de conflits sociaux, pourrait en revanche permettre, selon les analystes, de réaliser les réformes susceptibles de redresser la compétitivité d’Air France au niveau de celle de ses grands concurrents.

“Elle (la sortie de l’Etat) offrirait l’avantage de permettre de vraies réformes et de positionner la compagnie aérienne sur des standards équivalents à ceux des leaders du secteur”, notent les analystes d’Oddo.

Avec un tel changement de gouvernance, le risque financier deviendrait alors “probablement limité”, ajoutent-ils, tout en estimant que l’utilisation de sa trésorerie par AccorHotels pourrait cependant être plus optimale.

“Une prise de participation irait à l’encontre de la logique récente du groupe d’hôtellerie qui a cherché à dégonfler ses actifs”, renchérit Grégoire Laverne.

Lui aussi estime qu’une éventuelle sortie de l’Etat au profit d’AccorHotels constituerait “un signal fort pour les syndicats avec un message clé: Air France devra se réformer pour survivre”.

Gorgé de cash grâce à la cession de son pôle immobilier, le groupe français enchaîne les acquisitions à un rythme soutenu.

“SE REFORMER POUR SURVIVRE”

Plusieurs schémas sont à l’étude. Une reprise des 14% de l’Etat, le rachat d’une fraction seulement de cette participation ou un échange de titres qui verrait en retour l’Etat entrer au capital d’AccorHotels à hauteur d’environ 3%.

Cette dernière option permettrait à l’Etat de rester indirectement associé au sort d’Air France et, en retour, à AccorHotels de sécuriser son statut d’entreprise “stratégique” à l’heure où la consolidation bat son plein dans l’hôtellerie mondiale.

Le chinois Jin Jiang, premier actionnaire d’AccorHotels avec 12,4% du capital, a déjà eu des velléités de prise de contrôle du groupe par le passé.

Toute la question sera de savoir si oui ou non, l’Etat sautera le pas.

Mais le temps d’AccorHotels pourrait ne pas coïncider avec celui de l’Etat et son PDG Sébastien Bazin pourrait jeter l’éponge en cas de trop longues tergiversations.

Avec Blandine Henault, édité par Dominique Rodriguez

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