May 31, 2018 / 7:02 AM / 6 months ago

France-Lafarge convoqué dans l'affaire de son usine syrienne

PARIS, 31 mai (Reuters) - L’entreprise Lafarge est convoquée le 5 juin en tant que personne morale en vue de sa mise en examen dans le cadre de l’affaire de financement présumé du terrorisme en Syrie dans laquelle huit de ses cadres sont déjà poursuivis, a-t-on appris jeudi auprès de l’avocate de l’ONG Sherpa.

“L’enjeu est de savoir si la mise en examen sera étendue à la complicité de crime contre l’humanité, comme le demande Sherpa”, a déclaré Marie Dosé à Reuters.

Sherpa et le Centre européen pour les droits constitutionnels et humains (ECCHR) sont à l’origine de l’ouverture à Paris d’une information judiciaire.

Huit anciens dirigeants et cadres de Lafarge, dont son ex-PDG Bruno Lafont, ont déjà été mis en examen pour financement du terrorisme et mise en danger de la vie d’autrui.

La justice enquête sur les conditions dans lesquelles le cimentier français, absorbé en 2015 par le suisse Holcim pour former le géant LafargeHolcim, a maintenu en activité son usine de Jalabiya en 2013-2014 dans une région du nord de la Syrie sous contrôle du groupe Etat islamique (EI).

Elle s’intéresse notamment aux versements effectués par Lafarge, par le biais d’intermédiaires, à des organisations armées, notamment à l’EI, pour permettre le fonctionnement de l’usine, la circulation des salariés et des marchandises.

Elle s’intéresse également à l’achat éventuel de matières premières à des intermédiaires proches de ces groupes.

Pour les deux ONG, le cimentier s’est rendu coupable de complicité de crimes contre l’humanité en maintenant sur place son activité au détriment de la sécurité de ses salariés et “en finançant l’EI à hauteur de plusieurs millions d’euros”.

“La société Lafarge et ses dirigeants ne pouvaient ignorer qu’ils contribuaient ainsi aux crimes contre l’humanité commis par l’EI en Syrie (...) mais aussi dans le reste du monde”, estimaient ainsi Sherpa et l’ECCHR le 15 mai dans un communiqué.

Pour ces deux ONG, l’hypothèse que ces fonds aient pu également servir à financer des attentats en Europe, dont ceux du 13 novembre 2015 à Paris et du 22 mars 2016 à Bruxelles, ne peut notamment pas être écartée. (Emmanuel Jarry, édité par Simon Carraud)

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