May 24, 2018 / 4:43 PM / in 7 months

AVANT-PAPIER-Election présidentielle en Colombie sur fond de crise économique

* Un proche de l’ancien président Alvaro Uribe favori

* L’accord de paix avec les Farc pourrait être “aménagé”

* La relance de l’économie fait figure de priorité

* Le candidat de gauche promet un changement radical de modèle

*

par Helen Murphy et Luis Jaime Acosta

BOGOTA, 24 mai (Reuters) - Les Colombiens sont appelés dimanche à désigner le successeur du président Juan Manuel Santos et doivent décider s’ils continuent de faire confiance à la droite pour sortir d’une grave crise économique ou s’ils font le pari de confier les rênes du pays à la gauche pour la première fois depuis deux décennies.

Les derniers sondages donnent le conservateur Ivan Duque nettement en tête du premier tour, avec 42% des intentions de vote, mais le candidat du parti fondé par l’ancien président Alvaro Uribe reste sous la menace de Gustavo Petro, un ancien guérillero marxiste, crédité d’environ 30% des suffrages.

Si aucun candidat n’atteint le seuil des 50%, un second tour, le 17 juin, permettra de désigner le nom du successeur de Juan Manuel Santos. Le président ne peut pas se représenter après deux mandats de quatre ans.

Le chef de l’Etat sortant restera dans l’histoire politique colombienne comme celui qui a signé en 2016 un accord de paix avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) après un demi-siècle d’une lutte armée meurtrière.

Reconverti en parti politique, l’ancien mouvement de guérilla marxiste avait d’ailleurs présenté un candidat à l’élection présidentielle, son chef Rodrigo Londono, alias “Timochenko”, mais celui-ci s’est retiré de la course début mars après une intervention chirurgicale et des incidents qu’il a imputés aux partisans d’Ivan Duque.

L’hypothèse de l’élection d’un candidat de gauche, qui serait une première depuis celle d’Ernesto Samper en 1994, a galvanisé la droite dans un pays où les groupes paramilitaires restent très influents et où l’amnistie dont ont bénéficié les Farc ne fait pas l’unanimité.

Gustavo Petro, qui a milité dans sa jeunesse au sein du groupe Movimiento 19 de Abril (M-19), d’inspiration marxiste, ce qui lui a valu d’être arrêté et - selon ses dires - torturé par l’armée dans les années 1980, est présenté par les journaux conservateurs comme un “populiste” voulant faire de la Colombie un “nouveau Venezuela”.

L’économiste de 58 ans, maire de la capitale Bogota de 2012 à 2015, plaide pour un changement de modèle économique en taxant davantage les riches, en particulier les grands propriétaires terriens, en abandonnant les énergies fossiles, en augmentant les dépenses sociales et en rendant l’enseignement gratuit.

Son véhicule a été la cible de tirs début mars, faisant craindre à ses partisans qu’il ne soit assassiné, comme cinq candidats à la présidence depuis un siècle et plusieurs centaines de militants syndicaux au cours de l’année écoulée.

DIRIGER EN SOUS-MAIN

S’il parvient à déjouer les pronostics dimanche ou le 17 juin, Gustavo Petro verra néanmoins sa marge de manoeuvre limitée par un Congrès (parlement) où la droite a confirmé sa majorité lors des législatives du mois de mars.

Fragilisée par une dette de plus de 100 milliards de dollars, un déficit budgétaire qui devrait atteindre 3,1% cette année et une croissance atone, la Colombie a vu sa note souveraine abaissée par Standard & Poor’s à BBB- en décembre, soit un cran au-dessus de la catégorie spéculative.

Quel que soit le vainqueur de l’élection présidentielle, le rétablissement économique sera la priorité du chef de l’Etat. Rien n’indique qu’Ivan Duque pourra faire aussi bien que son mentor Alvaro Uribe, dont les deux mandats, entre 2002 et 2010, avaient été marqués par des investissements étrangers records, une forte croissance et une euphorie boursière.

La proximité d’Ivan Duque avec Alvaro Uribe est à la fois le principal atout et le talon d’Achille de l’avocat de 41 ans, qui n’a pas d’autre expérience à faire valoir qu’un poste à la banque interaméricaine de développement à Washington jusqu’en 2014, puis de sénateur.

Beaucoup estiment que son élection permettrait en réalité à Uribe de diriger à nouveau le pays en sous-main.

Or, si un nombre important de Colombiens pensent toujours que la stratégie exclusivement militaire face aux Farc de l’ancien président a permis d’améliorer la sécurité et de développer l’économie du pays, ils sont aussi nombreux à lui reprocher ses liens présumés avec les escadrons de la mort d’extrême droite ou la corruption généralisée, qui a valu à nombre de ses proches d’être emprisonnés.

Ivan Duque balaie les critiques d’un revers de la main. “Je n’ai aucune expérience... de la corruption, aucune expérience du clientélisme, aucune expérience des magouilles politiques”, plaisantait-il en mars dernier.

Le candidat du parti du Centre démocratique promet de relancer l’économie en réduisant les impôts et en assouplissant la règle qui impose au gouvernement de réduire le déficit budgétaire, ce qui pourrait déplaire aux agences de notation.

Il entend aussi durcir les conditions de l’accord de paix avec les Farc, qu’il a vivement combattues au Sénat en réclamant que les anciens dirigeants de la guérilla aillent en prison, bien qu’il n’ait pas détaillé ses intentions en la matière. (Tangi Salaün pour le service français, édité par Danielle Rouquié)

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