May 14, 2018 / 5:26 AM / 4 months ago

Spéculation immobilière à la frontière entre les deux Corées

* Les ventes de terrains ont doublé à Paju entre février et mars

* Pas d’accès à la frontière mais les ventes peuvent être enregistrées

* Couverture multimédia de la Corée du Nord: www.reuters.com/north-korea/

par Joori Roh et Cynthia Kim

SEOUL, 14 mai (Reuters) - Depuis le dégel amorcé entre les deux Corées, le lieu où il faut investir dans l’immobilier n’est plus le quartier chic de Gangnam à Séoul; la spéculation immobilière s’est déplacée le long de la frontière lourdement fortifiée entre les deux pays.

La demande de biens immobiliers dans les petites communes et les zones rurales peu peuplées autour de la zone démilitarisée (DMZ) qui sépare les deux parties de la péninsule est en forte hausse.

Kang Sung-wook, dentiste âgé de 37 ans à Paju, ville frontalière de la Corée du Sud, a acheté huit lots dans la DMZ et aux alentours depuis la mi-mars.

Cinq ont été achetés sans qu’il ne mettre le pied sur place. Il s’est contenté de photos et de cartes satellite sur Google Earth : les zones à l’intérieur de la zone démilitarisée ne sont pas accessibles au public.

“J’étais en recherche depuis l’annonce du sommet Corée du Nord-Etats-Unis en mars et on aurait dit que tous les bons plans avaient déjà disparu”, déclare Kang. “J’ai alors réalisé que le marché était en plein boom.”

Son investissement le long de la frontière s’élève maintenant à trois milliards de wons (2,3 millions d’euros) pour 20 hectares de foncier.

La DMZ, parsemée de postes de garde et hérissée de barbelés, a été établie après la guerre de Corée (1950-1953). Les deux Corées ne se reconnaissent pas officiellement et restent en guerre d’un point de vue technique parce que le conflit s’est soldé par une trêve et non par un accord de paix.

En outre, plus d’un million de mines terrestres ont été installées dans les zones frontalières, notamment dans la zone démilitarisée et la Zone de contrôle civil dans le Sud, explique Jeong In-cheol, expert en mines antipersonnel au Réseau de conservation des parcs nationaux.

Si l’accès du public est restreint, les terrains situés dans la partie sud-coréenne de la zone démilitarisée, qui fait 2 km de large, et dans d’autres zones frontalières peuvent toujours être achetés et enregistrés.

Les transactions foncières à Paju, porte d’entrée de Panmunjom, où l’armistice a été signé, ont plus que doublé en mars par rapport à février pour atteindre 4.628, selon les données du gouvernement. Sur le marché à la mode de Gangnam, les volumes n’ont augmenté que de 9%.

A Jangdan-myun, qui abrite la station Dorasan, le dernier arrêt de chemin de fer au sud de la frontière, les volumes de transactions ont quadruplé par rapport à l’année précédente. Et les prix des terrains ont augmenté de 17% sur la même période.

“UNE ÉCONOMIE OUVERTE”

Selon Kim Yoon-sik, agent immobilier qui revendique 25 ans d’expérience à Paju, les propriétaires de terrains dans la zone démilitarisée sont ceux qui ont hérité des terres agricoles de leurs ancêtres avant la guerre de Corée et certains investisseurs à long terme.

“Avec une demande supérieure à l’offre, je vois souvent des vendeurs annuler des promesses de vente, tellement le marché est haussier”, commente l’agent immobilier.

Le boom de l’activité le long de la frontière ne se limite pas à la Corée du Sud ou à l’immobilier.

A Dandong, ville frontalière du nord-est de la Chine, les investisseurs immobiliers font grimper les prix, ce qui suscite l’intérêt d’acheteurs en Corée du Nord.

Lors du sommet intercoréen de fin avril à Panmunjom, le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un et le président sud-coréen Moon Jae-in se sont engagés à reconnecter les voies ferrées et les routes le long de la frontière et à faire de la DMZ une “zone de paix”.

Les cours de Bourse des entreprises de construction et des chemins de fer sud-coréens, comme Hyundai Rotem ou Seoam Machinery Industry, se sont envolés en anticipation d’un développement économique de la Corée du Nord.

Mais la Corée du Sud a déjà connu ce genre spéculation.

Les prix de l’immobilier à la frontière avaient grimpé en 2007 lors de la rencontre entre l’ancien président sud-coréen Roh Moo-hyun et Kim Jong-il, père de Kim Jong-un.

Les prix avaient ensuite chuté lorsque les relations s’étaient détériorées avec l’arrivée au pouvoir du gouvernement de droite de Lee Myung-bak un an plus tard.

“Au cours des sept dernières décennies, les deux Corées ont pris des chemins radicalement différents”, commente Jhe Seong-ho, professeur de droit à l’Université Chung Ang de Séoul.

“La déréglementation des zones frontalières ne sera pas un processus rapide et sans heurt, même en cas d’ouverture économique de la Corée du Nord.”

La construction risque d’être limitée dans une grande partie de la zone démilitarisée à des fins de conservation, ce qui représente un énorme risque pour les investisseurs, ajoute-t-il.

Kang le dentiste se veut toutefois optimiste. Il souligne le sommet historique entre le président américain Donald Trump et Kim Jong-un, le mois prochain à Singapour, ainsi que le récent sommet de Kim avec le président sud-coréen Moon et ses deux voyages en Chine pour rencontrer le président Xi Jinping.

“J’ai la ferme conviction que, cette fois, la Corée du Nord va rechercher une économie ouverte comme le Vietnam”, déclare Kang Sung-wook. “Kim Jong Un n’irait pas partout et deux fois en Chine s’il bluffait.” (Danielle Rouquié pour le service français, éditée par Jean-Philippe Lefief)

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