April 5, 2018 / 11:42 AM / 16 days ago

LEAD 1-UFC-Que Choisir dénonce une sous-utilisation du parc nucléaire

* L’association juge qu’EDF influe sur le marché à son profit

* UFC-Que Choisir évoque un surcoût de €2,4 mds entre 2012 et 2016

* Elle demande un cadre réglementaire plus contraignant

* EDF conteste formellement l’étude UFC-Que Choisir (Actualisé avec conférence téléphonique, communiqué d’EDF, graphique)

par Benjamin Mallet

PARIS, 5 avril (Reuters) - Le quasi-monopole d’EDF dans la production d’électricité en France se traduit par une sous-utilisation de ses centrales nucléaires contraire aux intérêts des consommateurs, selon une étude de l’UFC-Que Choisir publiée jeudi que le groupe conteste formellement.

L’association estime que cette sous-utilisation résulte des arbitrages de l’électricien public et qu’elle a entraîné un surcoût de 2,4 milliards d’euros pour les particuliers entre 2012 et 2016, soit 71 euros pour les abonnés d’EDF au tarif réglementé et 109 euros pour les clients des fournisseurs alternatifs.

UFC-Que Choisir fait valoir que si les centrales nucléaires tournent quasiment à plein régime (au-delà de 95%) en France comme en Allemagne quand les prix de marché sont très élevés, les deux pays divergent lorsque les prix diminuent.

“Ainsi, à 12 euros du MWh, soit approximativement le coût du combustible, le taux moyen d’utilisation des centrales opérationnelles baisse en France à 83%, quand il se maintient à 91% en Allemagne”, précise l’association, soulignant que ce moindre recours au parc nucléaire français est généralement compensé par l’emploi de centrales plus coûteuses (gaz, fioul, charbon) qui font monter les prix sur le marché de gros.

Selon l’association de défense des consommateurs, EDF cherche à vendre à meilleur prix l’électricité produite et aurait en conséquence engrangé une recette supplémentaire d’environ 3,2 milliards d’euros entre 2012 et 2017.

“Plutôt que d’utiliser à pleine capacité ses centrales nucléaires quand les conditions de marché le permettent (...), EDF semble préférer réserver sa production pour les périodes où les prix de marché de gros sont élevés”, estime UFC-Que Choisir, qui met en cause l’allongement de la durée entre les rechargements de combustible.

L’association souligne également que “malgré un prix régulièrement plus compétitif en Allemagne, les importations (d’électricité) sont restées anormalement faibles, ne permettant pas une baisse des prix français”.

EDF MENACE DE SAISIR LA JUSTICE

Elle demande ainsi aux pouvoirs publics, dans le cadre de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) en cours d’élaboration, de mettre en place un cadre réglementaire “plus contraignant afin d’assurer un fonctionnement du parc nucléaire qui soit à la fois bénéfique aux consommateurs et qui n’hypothèque pas les objectifs environnementaux de long terme”.

“On estime qu’EDF doit justifier et objectiver ses évolutions de production nucléaire (...) en dehors des pannes et de la maintenance”, a précisé Alain Bazot, le président de l’UFC-Que Choisir, lors d’une conférence téléphonique.

EDF conteste formellement l’étude de l’association, qui “ne fonde ses allégations sur aucun élément tangible, s’appuyant seulement sur un raisonnement économique erroné qui ne tient pas compte de la réalité du marché de gros”, et se réserve le droit “d’intenter toute action devant les tribunaux”.

Le groupe rappelle également qu’il “optimise” à tout moment l’utilisation de son parc de production “en interaction étroite” avec les marchés européens de l’électricité et qu’il agit sous “la surveillance permanente” de la Commission de régulation de l’énergie (CRE).

La CRE a pour sa part rappelé que sa mission de surveillance des marchés de gros de l’énergie s’inscrivait dans le cadre de la réglementation européenne et qu’elle garantissait l’interdiction des pratiques abusives, notamment les manipulations de marché et les opérations d’initié.

Le régulateur avait souligné dans un rapport publié début février que le mécanisme donnant aux fournisseurs alternatifs d’électricité un accès au nucléaire d’EDF ne les incitait pas à investir dans de nouveaux moyens de production.

Mi-mars, la Cour des comptes a pour sa part proposé de modifier ce dispositif - dit de l’Arenh (Accès régulé au nucléaire historique) - afin de l’adapter aux coûts croissants du nucléaire pour l’électricien public et à la transition vers les énergies renouvelables.

Pour l’UFC-Que Choisir, qui demande au gouvernement de “mettre à plat le fonctionnement du marché de l’électricité”, la mise en place de l’Arenh “n’a constitué qu’un pis-aller temporaire permettant de créer un semblant de concurrence sur le marché de détail”.

Le communiqué UFC-Que Choisir: bit.ly/2JkU3cI Le communiqué d'EDF: bit.ly/2GCBJyo

Benjamin Mallet, édité par Jean-Michel Bélot

0 : 0
  • narrow-browser-and-phone
  • medium-browser-and-portrait-tablet
  • landscape-tablet
  • medium-wide-browser
  • wide-browser-and-larger
  • medium-browser-and-landscape-tablet
  • medium-wide-browser-and-larger
  • above-phone
  • portrait-tablet-and-above
  • above-portrait-tablet
  • landscape-tablet-and-above
  • landscape-tablet-and-medium-wide-browser
  • portrait-tablet-and-below
  • landscape-tablet-and-below