April 5, 2018 / 4:37 AM / 4 months ago

LEAD 2-Brésil-Lula doit être incarcéré, juge le Tribunal suprême

* L’ex-président Lula ne peut pas différer son entrée en prison

* Cette décision met sans doute fin à sa carrière politique

* Il était le favori pour la présidentielle d’octobre (Actualisé avec contexte)

par Antony Boadle

BRASILIA, 5 avril (Reuters) - Le Tribunal suprême brésilien a rejeté jeudi matin la demande de l’ancien président Luiz Inacio Lula da Silva de ne pas être incarcéré et jugé qu’il devait commencer à purger la peine de 12 ans de prison à laquelle il a été condamné pour corruption.

Le vote décisif a été celui de la juge Rosa Weber, qui s’est prononcée mercredi soir contre la demande de Lula de ne pas être incarcéré. Sa décision a scellé de sort de l’ancien président de gauche qui pourrait se retrouver derrière les barreaux d’ici une semaine.

Lula reste l’homme politique le plus populaire du Brésil malgré sa condamnation et six autres procès pour corruption intentés contre lui.

L’ancien ouvrier devenu syndicaliste puis homme politique est en tête de tous les sondages pour l’élection présidentielle d’octobre prochain, mais sa condamnation va sans doute l’empêcher de se présenter.

La décision du Tribunal suprême fédéral, prise par six voix contre cinq, est un sérieux revers pour le premier président brésilien issu de la classe ouvrière et aussi pour le parti qu’il a contribué à fonder, le Parti des travailleurs.

Le PT a été au pouvoir de 2003 à 2016, d’abord avec Lula, puis avec Dilma Rousseff, destituée, elle aussi pour une affaire de corruption.

Président de 2003 à 2010, Lula a été condamné en juillet dernier à dix ans de prison pour avoir accepté 3,7 millions de reals (953.000 euros) de la part de l’entreprise OAS sous la forme de travaux de rénovation d’un appartement situé dans la station balnéaire de Guaruja, en remerciement de son intervention pour l’attribution de contrats avec la compagnie pétrolière publique Petrobras.

PRESSION EXCESSIVE

Cette peine a été alourdie à douze ans en appel en janvier dernier.

Selon la loi électorale brésilienne, il est interdit à un candidat de se présenter aux élections pendant huit ans après avoir été reconnu coupable d’une infraction pénale.

Certaines exceptions ont été accordées par le passé. La décision finale dans le cas de Lula sera prise par les autorités judiciaires électorales. Si Lula annonce sa candidature.

Nombreux étaient ceux au Brésil qui pensaient que le Tribunal suprême devait respecter la jurisprudence issue de sa décision prise en 2016, à savoir que les condamnés peuvent être incarcérés si une condamnation a été confirmée en appel, comme cela a été le cas pour Lula en janvier.

Avant cette décision, les systèmes de recours au Brésil et des tribunaux engorgés faisaient qu’un procès pouvait s’étaler sur plusieurs années, ce qui garantissait l’impunité pour ceux qui étaient suffisamment riches pour engager des avocats capables de former d’innombrables recours techniques.

Dans un Brésil secoué par les affaires de corruption, la tension s’était accrue mardi. A la veille de l’audience, l’armée, par la voix de son chef d’état-major, s’était dite “attentive à ses missions institutionnelles”.

L’appareil militaire, avait dit le général Eduardo Villas Boas sur Twitter, “rejette l’impunité et respecte la Constitution, la paix sociale et la démocratie, comme tous les bons citoyens”.

Ces propos, qui ont fait la “une” des journaux mercredi, ont suscité de vives réactions dans un pays qui a connu la dictature militaire entre 1964 et 1985 et qui est habitué des renversements de régimes démocratiques par l’armée.

Dans le journal Estado de S. Paulo de mardi, le général de réserve Luiz Lessa a déclaré que l’armée devrait intervenir si Lula était autorisé à devenir candidat à l’élection. L’armée a dit par la suite qu’il exprimait une opinion personnelle.

Les partisans de Lula voient dans sa condamnation à 12 ans de prison une manoeuvre pour l’empêcher de revenir au pouvoir. Selon le Parti des travailleurs, les commentaires des commandants de l’armée, largement repris par la presse, ont mis une pression excessive sur le Tribunal suprême pour qu’il se prononce en défaveur de Lula. (Jean-Philippe Lefief, Jean-Stéphane Brosse et Danielle Rouquié pour le service français)

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