March 8, 2018 / 10:56 AM / 6 months ago

LEAD 1-Chine-Les exportations à un pic, une guerre commerciale redoutée

(Actualisé avec précisions, détails et commentaires d’économistes)

* Le commerce suggère que la croissance économique reste solide

* Exportations: +44,5% en février, importations:+6,3%

* Excédent commercial en hausse de près de 44% en janvier-février

* Les USA finalisent la hausse des droits de douane

* Pas de menace à court terme pour la Chine

par Elias Glenn

PÉKIN, 8 mars (Reuters) - Les exportations chinoises ont crû à leur rythme le plus rapide en trois ans en février, ce qui donne à penser que la croissance économique du pays est vouée à rester solide malgré une possible rapide détérioration des relations commerciales avec les Etats-Unis.

Les tensions commerciales sont devenues le principal risque auquel la Chine est confrontée cette année depuis l’annonce par Donald Trump de l’imposition de tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium, a dit à Reuters Zhou Hao, économiste pour les marchés émergents chez Commerzbank.

Les Etats-Unis veulent imposer des droits de douane de 25% sur les importations d’acier et de 10% sur celles d’aluminium afin de défendre une industrie sidérurgique américaine “décimée par des décennies de commerce inéquitable”, a déclaré jeudi dernier l’hôte de la Maison blanche.

Les exportations chinoises ont progressé de 44,5% en février sur an, dépassant largement l’anticipation médiane des analystes qui était d’une croissance de 13,6%, après un gain de 11,1%, montrent les statistiques officielles publiées jeudi.

Les importations, elles, ont avancé de 6,3%, en deçà du consensus établi à 9,7%, et marquent une net ralentissement par rapport au bond de 36,9% enregistré en janvier.

Les analystes ont toutefois averti que les données chinoises sont souvent très volatiles en début de l’année, en raison des importantes perturbations causées par les longs congés du Nouvel an lunaire, qui est tombé à la mi-février cette année contre fin janvier l’an dernier.

Mais les données combinées de janvier et de février ont également montré une accélération spectaculaire de la croissance des exportations, une évolution de bonne augure pour Pékin qui cherche à réduire les risques pesant sur le système financier sans pour autant freiner brusquement l’activité économique.

Sur la période réunie de janvier et février, les exportations ont augmenté de 24,4% sur un an, contre 10,8% en décembre et une hausse à un chiffre sur la même période il y a un an, malgré une solide appréciation du yuan de nature à inquiéter les exportateurs.

“La reprise généralisée à l’oeuvre dans les principaux marchés d’exportation de la Chine pourrait expliquer en partie pourquoi les exportations sont restées assez solides”, estime Betty Wang, économiste chez ANZ.

GUERRE COMMERCIALE

Mais des tensions avec les Etats-Unis “sont certainement une inquiétude à court terme et un risque à la baisse à court terme pour les perspectives commerciales de la Chine”, a-t-elle ajouté.

L’excédent des échanges de biens de la Chine avec les Etats-Unis, un point sensible dans les relations entre les deux pays, s’est légèrement rétréci le mois dernier, mais il est plus élevé cette année qu’à la même période l’an dernier.

L’excédent commercial de la Chine avec les Etats-Unis s’est élevé à 20,96 milliards de dollars (16,91 milliards d’euros) en février, contre 21,895 milliards de dollars en janvier.

Soutenues par le boom des échanges mondiaux, les exportations chinoises ont progressé l’an dernier à leur rythme le plus rapide depuis 2013 et ont été l’un des principaux moteurs permettant à l’économie de dépasser la prévision de croissance de 6,9%.

Mais les négociations commerciales tendues avec les Etats-Unis de l’an dernier se concrétisent désormais et pourraient peser sur les perspectives de la Chine.

Donald Trump devrait finaliser les nouveaux tarifs douaniers pour l’acier et de l’aluminium ce jeudi ou vendredi afin de contrer les importations bon marché, en particulier en provenance de Chine, bien qu’il ait laissé miroiter des exemptions pour le Mexique, le Canada et d’autres alliés proches de Washington.

Les nouvelles mesures devraient entrer en vigueur dans environ deux semaines, mais les économistes prévoient dans l’immédiat peu d’impact vis-à-vis de la Chine.

La Chine a déjà réduit ses exportations d’acier vers les Etats-Unis en raison d’une forte demande intérieure et de droits anti-dumping américains, et si les expéditions d’aluminium représentent environ 10% de ses exportations mondiales de métaux, ce nombre reste faible par rapport à la totalité des exportations de la Chine, selon l’économiste d’ING, Iris Pang.

“Dans l’ensemble, l’impact direct sur la Chine est minime”, écrit-il dans une note publiée jeudi.

Il estime cependant qu’au fil du temps, toute mesure punitive supplémentaire des Etats-Unis et d’éventuelles représailles de la part de la Chine ou de ses principaux partenaires commerciaux réduiraient les flux commerciaux mondiaux, perturberaient les chaînes d’approvisionnement internationales et ralentiraient la croissance mondiale.

La Chine pourrait davantage souffrir avec les projets américains visant à lutter contre l’infraction à la propriété intellectuelle, susceptibles d’affecter ses ventes de produits technologiques à haute valeur ajoutée. Les exportations technologiques mondiales de la Chine ont enregistré de solides gains à deux chiffres au cours des deux premiers mois de l’année.

Le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, a prévenu jeudi que la Chine prendrait les mesures nécessaires en cas de guerre commerciale avec les Etats-Unis, mais qu’un tel conflit n’aboutirait qu’à créer des dommages de tous les côtés.

“Sur le papier, la Chine a plus à perdre d’une guerre commerciale: elle exporte beaucoup plus vers les Etats-Unis qu’elle n’en importe”, souligne Capital Economics.

“Mais (pour les Etats-Unis), il y a peu de sources alternatives concernant les principaux produits qu’elle achète en Chine”, comme les téléphones portables, les tablettes et les équipements de réseaux, ajoute le cabinet d’études.

CROISSANCE AUSSI DES IMPORTATIONS

La demande intérieure de la Chine semble également solide, en dépit d’un marché de l’immobilier en baisse et d’une hausse des coûts d’emprunt, qui devraient à terme priver l’économie d’un certain dynamisme.

Sur la période réunie de janvier à février, les importations ont progressé de 21,7%, contre 4,5% en décembre, grâce notamment aux matières premières, les aciéries ayant réapprovisionné les stocks de minerai de fer avant la reprise saisonnière de la construction au printemps.

L’excédent commercial de la Chine est ressorti à 33,74 milliards de dollars en février, nettement au-dessus des 600 millions de dollars prévus, après 20,35 milliards de dollars en janvier.

L’excédent commercial réuni en janvier-février a lui crû de 43,6% sur un an à 54,32 milliards de dollars.

Ces performances commerciales laissent augurer d’une éventuelle bonne surprise lors de la publication des données sur la production industrielle et celle du produit intérieur brut (PIB) pour le premier trimestre dans son ensemble.

Les analystes interrogés par Reuters en début d’année s’attendent à un léger ralentissement du PIB à 6,6% ce trimestre, contre 6,8% à la fin de l’année dernière.

Le Premier ministre chinois Li Keqiang a déclaré lundi que son pays visait à nouveau un taux de croissance économique d’environ 6,5% cette année, comme celui de 2017, qui a été dépassé. (avec Lusha Zhang, Claude Chendjou pour le service français, édité par Benoît Van Overstraeten)

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