November 8, 2017 / 4:06 PM / 6 months ago

REPORTAGE-On peut arrêter le glyphosate maintenant, disent des agriculteurs bio

* Décision jeudi des Européens sur le renouvellement de la licence

* Le gouvernement veut du temps pour trouver des alternatives

* Les agriculteurs bio se passent très bien du glyphosate

* Ils ont même accru leurs revenus grâce aux économies

par Pierre-Henri Allain

LAILLE, Ille-et-Vilaine, 8 novembre (Reuters) - Pas d’alternative à l’utilisation du glyphosate ? Pascal Hervé, 62 ans, un agriculteur breton bientôt à la retraite, balaye d’un revers de la main cet argument défendu, en France, par une bonne partie de la profession malgré un vif débat sur ce produit.

Alors que le renouvellement de la licence du glyphosate doit faire l’objet jeudi d’une décision à Bruxelles - la Commission européenne propose une prolongation pour cinq ans, la France pour trois ans, le temps de trouver des alternatives -, il juge la question totalement dépassée.

“Il est complètement faux de prétendre qu’il n’y a pas d’alternative autre que le retour au labour, qui appauvrit les sols, pour remplacer le glyphosate”, dit ce fils de paysan.

Installé en Ille-et-Vilaine comme producteur de lait au début des années 1980, Pascal Hervé a décidé voilà une quinzaine d’années de se reconvertir dans l’agriculture biologique.

Il y est arrivé en deux étapes.

Après avoir longtemps utilisé les engrais chimiques et les produits phytosanitaires pour protéger ses cultures de maïs et de céréales, cet éleveur, à la tête d’un troupeau d’une quarantaine de vaches laitières, a décidé de modifier ses pratiques en constatant sa faible rentabilité.

“Au début des années 1980, on en a eu marre de passer des journées à traiter nos cultures, avec les papilles irritées, les lèvres pâteuses. On s’est demandé quel métier on faisait pour utiliser autant de chimie qui protège les plantes mais empoisonne l’environnement”, poursuit t-il.

Avec une dizaine d’autres agriculteurs de la région de Laillé, près de Rennes, Pascal Hervé, avec l’aide d’une technicienne de la chambre d’agriculture d’Ille-et-Vilaine, a alors cherché à “produire mieux”, avec moins de phytosanitaires.

REVENUS EN HAUSSE

En diminuant de moitié les doses d’engrais, mais aussi de pesticides et d’herbicides, ses rendements en céréales ont sensiblement baissé tandis que sa production laitière passait de 8.000 litres de lait annuels par vache à 7.000 litres. Durant la même période, ses revenus ont pourtant augmenté.

“Cela n’a pas été facile car on n’est pas formé pour cela. Mais en diversifiant nos cultures fourragères pour fournir une nourriture plus saine et plus variée au bétail et en dépensant moins dans les intrants mais aussi en produits pharmaceutiques car nos vaches étaient en meilleure santé, nous sommes parvenus à un meilleur équilibre financier”, témoigne t-il.

D’une monoculture intensive se limitant au blé et au maïs, une pratique qui diminue la fertilité naturelle des sols, il est passé à une polyculture favorisant l’équilibre de ses terrains.

Après cette étape, Pascal Hervé a décidé au début des années 2000 de se convertir à l’agriculture biologique en supprimant complètement les engrais chimiques et les pesticides.

“Moi aussi, j’ai utilisé du glyphosate, mais aujourd’hui, avec la rotation des cultures et l’utilisation d’outils mécaniques pour désherber, on peut très bien faire sans. La seule différence, c’est qu’il faut passer deux ou trois fois avec un cultivateur à dents sur une parcelle pour désherber alors qu’avec le glyphosate, une fois suffit”, explique t-il.

ACCOMPAGNEMENT FINANCIER

Malgré la baisse de rendement de ses cultures de céréales et une production de lait descendue à 6.000 litres par vache, Pascal Hervé, grâce aux économies réalisées en produits phytosanitaires et à une meilleure valorisation de sa production, certifiée bio, a doublé ses revenus, qui sont passés d’environ 1.000 euros à 2.000 euros nets aujourd’hui.

Pour Sandrine Le Feur, députée La République en marche et productrice de légumes bios dans le Finistère, il existe bel et bien de nombreuses alternatives au glyphosate.

Selon la députée, seule La FNSEA, syndicat agricole majoritaire en France et partisan d’un modèle productiviste, et les lobbies de l’industrie agro-chimique sont aujourd’hui opposés à un abandon rapide des produits phytosanitaires les plus dangereux, tel le glyphosate, classé cancérogène probable par le centre international de recherche sur le cancer (CIRC).

“Les paysans ont peur de changer de système mais le gouvernement est prêt à les accompagner financièrement et techniquement”, a dit à Reuters la députée du Finistère, qui cultive 22 hectares de céréales et exploite 20 hectares de prairies destinées à l’élevage près de Morlaix, sans aucun recours à des produits phytosanitaires.

“Nous fonctionnons avec des techniques qui demandent un peu plus de temps et où il faut réfléchir à l’agronomie, au fonctionnement des sols, mais c’est aussi cela le vrai travail de l’agriculteur”, juge-t-elle. (Edité par Yves Clarisse)

0 : 0
  • narrow-browser-and-phone
  • medium-browser-and-portrait-tablet
  • landscape-tablet
  • medium-wide-browser
  • wide-browser-and-larger
  • medium-browser-and-landscape-tablet
  • medium-wide-browser-and-larger
  • above-phone
  • portrait-tablet-and-above
  • above-portrait-tablet
  • landscape-tablet-and-above
  • landscape-tablet-and-medium-wide-browser
  • portrait-tablet-and-below
  • landscape-tablet-and-below