22 septembre 2017 / 15:40 / dans 3 mois

LEAD 2-Theresa May concède une période de transition post-Brexit

(Actualisé après discours, réactions)

par William James et Isla Binnie

FLORENCE, 22 septembre (Reuters) - Theresa May s‘est efforcée vendredi de relancer les négociations sur le Brexit en acceptant le maintien de son pays au sein du marché unique pendant une période de transition après mars 2019 et en offrant quelques concessions sur les modalités du divorce entre le Royaume-Uni et l‘Union européenne.

La Première ministre britannique avait choisi une église florentine du XIVe siècle, Santa Maria Novella, pour prononcer un discours sur l‘avenir des relations GB-UE au cours duquel elle a longuement insisté sur les valeurs communes unissant Londres et le reste des Européens.

Un échec des négociations entamées en juin dernier entre le négociateur européen Michel Barnier et le ministre britannique chargé du Brexit David Davis ne profiterait qu‘aux adversaires de la démocratie, du libre-échange et du libéralisme, a souligné la dirigeante conservatrice.

Aux critiques de Michel Barnier qui déplorait il y a dix jours l‘absence d‘avancée décisive dans les discussions, Theresa May a répondu en évoquant des “progrès concrets sur de nombreuses questions importantes”.

Comme l‘annonçaient certains médias britanniques, elle a plaidé pour l‘instauration d‘une période de transition après la sortie de l‘UE, en mars 2019, et assuré que le Royaume-Uni honorerait ses engagements budgétaires.

Theresa May a estimé que cette période de transition, défendue par les modérés au sein de son parti, devrait probablement durer deux ans environ durant lesquels les règles européennes existantes serviraient de cadre à l‘accès aux marchés britannique et européens.

COMBIEN ?

Les exigences de Bruxelles, qui réclame des engagements “fermes” de Londres sur trois dossiers liés au divorce - budget, frontière irlandaise, sort des expatriés -, agacent Londres, qui souhaite entamer rapidement les discussions sur la nature de ses futures relations avec l‘UE.

Sur l‘Irlande, Theresa May n‘a guère donné de détails, hormis le fait que les règles devraient rester inchangées durant la période transitoire. Sur la protection des ressortissants européens au Royaume-Uni, elle a laissé entendre que des décisions de la Cour européenne de justice pourraient être prises en compte par les tribunaux britanniques.

Réagissant à son discours, Michel Barnier a salué l’“esprit constructif” de la Première ministre.

Beaucoup d‘observateurs attendaient néanmoins qu‘elle réponde à une question simple et hautement symbolique : combien le Royaume-Uni est-il prêt à mettre sur la table pour apurer les comptes avec Bruxelles ?

Mais sur cette question, Theresa May subit la pression des eurosceptiques de son propre parti, qui ont désormais les moyens de déstabiliser son gouvernement privé de majorité parlementaire depuis les élections anticipées du 8 juin, et veulent réduire la facture au maximum voire la ramener à zéro.

L‘eurodéputé allemand Manfred Weber, président du Parti populaire européen (PPE) a déclaré que le discours de Theresa May n‘avait apporté aucune clarté quant aux positions britanniques sur le Brexit, se disant “plus inquiet à présent”.

Evoquant le passé de Florence, riche ville marchande durant la Renaissance, Theresa May a affiché sa volonté de faire du Royaume-Uni une puissance commerciale européenne majeure après sa sortie du bloc.

Elle a aussi jugé que devenir membre de l‘Espace économique européen ne conviendrait pas au Royaume-Uni, ni un accord commercial de type Ceta conclu entre l‘UE et le Canada.

Les quatre libertés de circulation fondamentales de l‘UE (biens, services, capitaux, personnes) s‘appliquent au sein de l‘EEE qui rassemble, outre les 28 Etats de l‘UE, la Norvège, l‘Islande et le Liechtenstein.

SEMAINE DÉCISIVE

Le discours de Theresa May sera suivi d‘une période décisive pour l‘UE. La chancelière allemande Angela Merkel brigue dimanche un quatrième mandat. Grandissime favorite, elle redoute toutefois une poussée des eurosceptiques d‘Alternative für Deutschland (AfD).

Deux jours plus tard, Emmanuel Macron devrait présenter ses projets pour “refonder l’Europe”. Le président français doit aborder une dizaine de sujets, dont le renforcement de l’union économique et monétaire.

Sur le front intérieur, la marge de manoeuvre de Theresa May s‘est considérablement réduite après les élections anticipées du 8 juin, qu‘elle avait convoquées dans le but d‘obtenir une nouvelle légitimité pour négocier la sortie de l‘UE en position de force.

Outre la perte de sa majorité parlementaire, le scrutin s‘est au contraire soldé par une relance du débat sur les conditions du divorce, débat qu‘elle a tenté d‘apaiser jeudi en réunissant les piliers de son gouvernement à la veille de son déplacement en Toscane.

Boris Johnson, chef de la diplomatie qui juge son approche trop prudente, avait exposé quelques jours plus tôt sa propre vision du Brexit.

Matthew O‘Toole, ancien conseiller de la Première ministre qui a renoncé à ses fonctions avant la rédaction du discours de Florence, prévenait avant l‘intervention de Theresa May que son allocution ne devrait pas “fondamentalement changer la donne”.

“Elle est davantage accaparée par les problèmes intérieurs qu‘elle ne l‘aurait souhaité, comme l‘ont montré les dernières semaines”, juge-t-il. (Jean-Philippe Lefief et Jean-Stéphane Brosse pour le service français, édité par Henri-Pierre André)

0 : 0
  • narrow-browser-and-phone
  • medium-browser-and-portrait-tablet
  • landscape-tablet
  • medium-wide-browser
  • wide-browser-and-larger
  • medium-browser-and-landscape-tablet
  • medium-wide-browser-and-larger
  • above-phone
  • portrait-tablet-and-above
  • above-portrait-tablet
  • landscape-tablet-and-above
  • landscape-tablet-and-medium-wide-browser
  • portrait-tablet-and-below
  • landscape-tablet-and-below