6 avril 2017 / 07:52 / il y a 7 mois

Les attentats ont renforcé le marché de la sécurité en France

* L‘Etat s‘est résolu à une coopération avec le privé

* Création de plus de 50.000 emplois d‘ici 2020-étude

* Un important marché à l‘exportation

par Jean-François Rosnoblet

MARSEILLE, 6 avril (Reuters) - Le marché de la sécurité en France s‘est adapté à l‘émergence d‘un “terrorisme de masse” et mise sur la création de plus de 50.000 emplois d‘ici 2020, notamment grâce à une coopération public-privé désormais prônée par l‘Etat, selon les experts.

“Le dispositif Vigipirate et l‘opération Sentinelle ont atteint leurs limites. On ne peut faire perdurer indéfiniment l‘état d‘urgence et demander sans cesse aux militaires de patrouiller sur la voie publique”, a dit l‘ancien chef de la division nationale anti-terroriste, Roger Marion, lors de son passage au salon professionnel AccessSecurity qui a réuni la semaine dernière à Marseille les spécialistes de la discipline.

L‘ex directeur-adjoint de la police judiciaire estime qu‘un tel déploiement de force sur la voie publique risque de provoquer une baisse de vigilance de la population, en plus de son coût estimé à “un million d‘euros par jour” par le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian.

“La campagne présidentielle donne lieu à une surenchère dans le nombre de gendarmes et de policiers à recruter, mais cela ne répond pas au risque. Les militaires sur la voie publique rassurent les honnêtes gens, mais cela ne sert à rien et coûte une fortune”, estime le délégué général du Groupement des industries françaises de défense et de sécurité terrestres et aéroterrestres (Gicat), Philippe Gendreau.

L‘évolution de la menace vers un “terrorisme de masse”, le déplacement “dans le choix des objectifs” et le glissement “vers des passages à l‘acte sans hiérarchie ni commandement” ont conduit les pouvoirs publics à repenser le concept de sécurité au travers du prisme d‘une “coproduction” avec le privé.

“On s‘est retrouvé face à un déplacement des menaces de terroristes qui ont voulu transformer des lieux festifs en lieux de mort. Ce qui rend le passage à l‘acte difficile à détecter”, juge Jean-Pierre Tripet, le président du Syndicat national des entreprises de sécurité (Snes).

UNE FILIÈRE EN MUTATION

A la suite des attentats de novembre 2015 en France, le syndicaliste reconnaît une demande accrue de sécurité privée, notamment pour des missions de gardes. Les centres commerciaux ont passé davantage de contrats avec les sociétés privées pour des missions de surveillance et de filtrage, mais aussi pour renforcer le nombre de portiques et la vidéoprotection.

“Dans la vie des entreprises, la menace terroriste a été de plus en plus intégrée. Il est clair qu‘il y a une responsabilité du chef d‘entreprise, et qu‘il faut l‘aider à trouver la solution optimale au meilleur prix”, témoigne le président du Syndicat du conseil en sûreté, Jean-Benoît Torchet.

Les conditions financières pour permettre une meilleure prise en charge de la sécurité par le secteur privé, susceptible d‘alléger le travail des effectifs de sécurité publique, n‘ont toutefois pas été clairement définies et restent l‘un des points d‘achoppement des discussions avec l‘Etat.

Le Snes milite pour une formation des agents de sécurité privée, qu‘il suggère de financer avec une partie de la taxe de 0,4% que l‘Etat prélève sur toutes les ventes de prestations de services d’activités privées de sécurité en France.

Les enjeux attisent la concurrence dans un secteur où le chiffre d‘affaires des entreprises privées de sécurité a repris une nette progression depuis la crise de 2008-2009.

HAUSSE DE L‘ACTIVITÉ

Dans le contexte des événements tragiques de 2015, l‘Insee a mesuré une hausse de 3,5% sur l‘année pour un montant global de 8,3 milliards d‘euros du chiffre d‘affaires de la profession, un rythme qui s‘est encore amplifié au premier semestre 2016.

La hausse a été particulièrement notable dans l‘activité liée aux systèmes de sécurité, dont le chiffre d‘affaires a bondi de presque 11% pour la seule année 2015, du fait d‘une intensification des demandes d‘installations de vidéosurveillance et de portique de sécurité.

“L‘Etat a rapidement augmenté les budgets d‘investissements sur la sécurité, mais il faut aussi tenir compte de l‘apport des collectivités et des entreprises qui constituent le gros du marché”, a dit à Reuters l‘expert en sécurité Jacques Roujansky.

Cet ancien directeur des technologies de sécurité au ministère de la Défense, qui conseille aujourd‘hui les industriels français, est l‘un des auteurs d‘une étude sur le marché de la filière industrielle française de sécurité.

“La prise de conscience massive des enjeux de sécurité est susceptible de redynamiser la croissance de la filière à un taux de 5% par an et ceci malgré une reprise mitigée de l‘activité et du PIB en France”, souligne ce document, qui chiffre à 52.000 le nombre d‘emplois nouveaux créés par la filière d‘ici 2020.

UNE LOGIQUE D‘EXPORT

“Les perspectives sont les mêmes avec l‘utilisation du renseignement ou du big data, ou par la capacité de voir les gens quand ils se déplacent, notamment grâce à la reconnaissance faciale, une possibilité qui n‘est pas permise aujourd‘hui en France par la réglementation mais qui commence à se faire ailleurs”, indique Jacques Roujansky.

Le marché jusqu‘ici destiné en priorité aux grandes entreprises s‘ouvre aux PME et aux particuliers, une clientèle de plus en plus confrontée aux nouveaux besoins de sécurité numérique, à la protection de la vie privée, des transactions bancaires, des objets et des véhicules connectés.

Le chiffre d‘affaires mondial de la filière sécurité marchande est estimé entre 550 et 650 milliards d‘euros. La filière européenne pèse environ 150 milliards d‘euros pour 1,74 millions d‘emplois. La France représente 19 % du marché.

Avec le Royaume-Uni et les Etats-Unis, c‘est l‘une des nations exportatrices en matière de sécurité, une position liée en partie à son industrie de défense.

“Aujourd‘hui, on est plutôt en bonne position avec de grands groupes nationaux encore leaders sur des secteurs très sensibles et qui restent fortement exportateurs comme Morpho (biométrie), Airbus (communications, intégration), Gemalto (sécurité numérique) ou encore Thales (cybersécurité, communications, intégration)”, affirme Jacques Roujansky.

“C‘est un domaine très évolutif, surtout avec les outils numériques et l‘intelligence artificielle, où il faut rester très agressif dans nos politiques d‘innovation et de soutien aux entreprises face à une concurrence hyper affûtée.” (Edité par Yves Clarisse)

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