18 mars 2017 / 01:50 / dans 8 mois

Brésil-Soupçons de corruption dans le secteur de la viande

par Brad Haynes et Sergio Spagnuolo

SAO PAULO/CURITIBA, Brésil, 18 mars (Reuters) - La police brésilienne a perquisitionné vendredi dans les locaux des géants mondiaux du conditionnement de viandes JBS et BRF et de leurs concurrents sur des soupçons de corruption des autorités sanitaires.

L‘enquête en cours, “Opération chair faible”, a permis de mettre au jour le versement de dessous-de-table à des inspecteurs et à des politiques par des entreprises de salaisons pour que ceux-ci ferment les yeux sur des pratiques dangereuses pour la santé. Les entreprises sont soupçonnées d‘avoir dans certains cas conditionné de la viande pourrie ou d‘avoir pu obtenir l‘autorisation d‘exporter des produits contenant des traces de salmonelle, a indiqué la police.

Trois employés de BRF et deux de JBS ont été arrêtés, ainsi que 20 employés publics.

La filiale brésilienne du groupe français Carrefour a annoncé vendredi avoir demandé des informations à ses fournisseurs de viande. Elle précise exiger de tous ses fournisseurs qu‘ils se conforment strictement à la réglementation en matière de sécurité alimentaire.

“Nous n‘avons jamais vu tel scandale dans le secteur (...) C‘est horrible”, a déclaré Alex Silva, analyste chez Scot Consultoria. “Cela entache la totalité du système que le Brésil a mis des années à construire.”

Le Brésil a exporté pour 6,4 milliards d‘euros de volailles et 5,5 milliards d‘euros de boeuf l‘an dernier selon les chiffres de la profession, en raison notamment d‘une hausse de la demande en provenance de Chine.

En Bourse, les cours de JBS et BRF ont chuté de 11% et 7% respectivement. JBS est le premier producteur mondial de viande avec un chiffre d‘affaires de 170 milliards de réals (51 milliards d‘euros) réalisé dans 150 pays. BRF, premier exportateur de volaille, a affiché un chiffre d‘affaires de 39 milliards de réals (12 milliards d‘euros) en 2016.

TRACES DE SALMONELLE

Les documents judiciaire mentionnent un enregistrement du 13 mars dernier d‘un responsable de BRF, Andre Luiz Baldissera, discutant de la manière dont les autorités sanitaires pourraient aider à défendre la société après la découverte en Italie de traces de salmonelle dans quatre conteneurs en provenance d‘une usine de l‘Etat de Goiás dans le centre du Brésil.

Le mandat de perquisition du juge fédéral Marcos Silva mentionne aussi une conversation du responsable des relations institutionnelles de BRF, Roney Nogueira, discutant de la manière de corrompre les inspecteurs de la santé, et notamment d‘un inspecteur qui avait été appelé pour qu‘il aide à éviter la fermeture de l‘usine de l‘Etat de Goiás.

Selon la police, des preuves montrent que les entreprises ont falsifié les documents d‘exportation vers l‘Europe, la chine et le Proche-Orient.

Selon le juge Silva, les faveurs accordées aux inspecteurs de la santé allaient de dons politiques, à des prêts bancaires à des conditions favorables en passant par de petits cadeaux comme du jambon et des produits carnés.

Dans certains cas, ces inspecteurs permettaient ensuite aux employés des entreprises de viande l‘accès aux ordinateurs publics pour qu‘ils émettent eux-mêmes leurs propres certificats à l‘export, indiquent les enquêteurs.

Trois sites industriels cités dans l‘enquête ont été temporairement fermés par le ministère brésilien de l‘Agriculture, l‘un géré par BRF et deux par un concurrent, Grupo Peccin. Leurs produits carnés ont commencé à être retirés des supermarchés.

Pour éviter que certains pays européens ne bloquent les importations de viande brésilienne, le ministre de l‘Agriculture Blairo Maggi rencontrera lundi un certain nombre d‘ambassadeurs.

Aux Etats-Unis, l‘organisme chargé de la sécurité alimentaire, la FSIS, dit être en contact avec le gouvernement brésilien. Elle souligne que la chaîne alimentaire est sûre aux Etats-Unis parce que toutes les viandes importées sont à nouveau inspectées à leur arrivée aux Etats-Unis. (Avec Pedro Fonseca à Rio de Janeiro, Guillermo Parra-Bernal, Brad Brooks, Marcelo Teixeira et Alberto Alerigi à Sao Paulo, Mark Weinraub à Washington; Danielle Rouquié pour le service français)

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