30 mars 2017 / 13:52 / il y a 8 mois

FRANCE 2017-L'épargne appelée à la rescousse pour financer l'économie

* Plusieurs candidats veulent orienter plus d‘épargne vers le financement des PME

* Macron prévoit de modifier la fiscalité de l‘assurance vie

* La France pénalisée par l‘absence de fonds de pension

par Matthieu Protard

PARIS, 30 mars (Reuters) - Avec une dette publique qui flirte avec les 2.200 milliards d‘euros, la France manque de ressources pour financer et soutenir elle-même son économie, dont les perspectives commencent à peine à montrer quelques signes d‘amélioration.

Il n‘est pas étonnant dans ce contexte de voir les candidats à l‘élection présidentielle proposer de mobiliser l‘épargne des ménages pour financer les entreprises, PME et start-ups en tête. Et, une fois n‘est pas coutume, les ambitions sur le sujet sont écrites noir sur blanc dans les programmes.

En ligne de mire, l‘assurance vie, le produit d‘épargne préféré des Français et dont l‘encours s‘élevait à 1.632 milliards d‘euros fin 2016, selon les chiffres de la Fédération française de l‘assurance (FFA).

Cette manne financière suscite d‘autant les convoitises qu‘avec son système de retraite par répartition, la France s‘est privée de fonds de pension qui irriguent l‘économie et les entreprises dans de nombreux pays, en particulier anglo-saxons et scandinaves.

“Quand on a un Etat endetté à hauteur de quelque 2.000 milliards d‘euros, on se dit qu‘on ne va pas pouvoir agrandir le trou et donc qu‘on va aller puiser dans la caisse d‘à côté. Et pourquoi pas dans l‘assurance vie ?”, souligne Philippe Crevel, directeur du Cercle de l‘Epargne. “Avec 1.600 milliards d‘euros en caisse, cela fait rêver.”

Actuellement, l‘assurance vie est à plus des deux-tiers investie sur le marché obligataire, tant en dette souveraine qu‘en obligations d‘entreprises. Mais les principaux candidats souhaitent qu‘une part plus importante de cette épargne soit consacrée au financement de l‘économie réelle ou productive, c‘est-à-dire directement investie au capital des entreprises.

A titre de comparaison, le fonds norvégien Government Pension Fund, le plus important fonds souverain au monde avec ses 850 milliards d‘euros d‘actifs, investit près de 60% de son portefeuille en actions d‘entreprises.

“On sait que les entreprises françaises manquent de fonds propres, qu‘elles manquent de financement”, fait remarquer Philippe Crevel. “On peut aussi dire que la France n‘a pas de fonds de pension et que c‘est aussi pour cela qu‘il n‘y a pas de financement des entreprises et des start-ups.”

LA BOÎTE À OUTILS DES CANDIDATS

Dans cette optique, François Fillon souhaite par exemple orienter 50 milliards d‘euros, soit environ 3% de l‘encours de l‘assurance vie, vers le financement en fonds propres des PME, mais il ne compte plus en modifier la fiscalité.

Le candidat de la droite et du centre propose en outre de supprimer l’impôt sur la fortune (ISF) dès 2018 pour inciter en échange les ménages aisés et fortunés à investir dans les entreprises.

Marine Le Pen, la présidente du Front national, souhaite de son côté orienter quelque 2% de l‘encours de l‘assurance vie vers le capital-risque et les start-ups, tandis que Jean-Luc Mélenchon, le candidat de “La France insoumise”, souhaite réserver l‘avantage fiscal de ce produit d‘épargne aux seuls fonds investis en France.

Emmanuel Macron, le candidat d’“En marche!”, s‘est quant à lui attiré les foudres des professionnels de l‘épargne en voulant relever à 30% contre 23% actuellement la fiscalité de l‘assurance vie pour uniformiser la fiscalité sur les revenus du capital, l‘idée étant d‘insuffler plus de concurrence entre les produits de placement afin d‘encourager l‘investissement direct dans les entreprises.

Face à la fronde, Jean Arthuis, ancien ministre de l‘Economie et des Finances et soutien d‘Emmanuel Macron, a indiqué le 16 mars lors des Assises de l‘épargne et de la fiscalité organisées par l‘Afer - Association française d‘épargne et de retraite -, que cette nouvelle taxe n‘affecterait que les futurs versements et ne concernerait les contrats qu‘à partir d‘un certain seuil de capital, qui reste à définir.

Les assureurs et professionnels de l‘épargne ont du coup mis en garde les candidats contre le risque de déstabiliser l‘assurance vie, déjà pénalisée ces dernières années par l‘environnement de taux bas et, en France, par l‘instauration dans la loi Sapin 2 en fin d‘année dernière d‘un mécanisme de limitation des retraits en cas de menace sur la stabilité du système financier.

Ils soulignent en outre que l‘assurance vie en fonds euros bénéficie d‘une garantie de capital difficilement compatible avec des investissements massifs vers les start-ups.

ADAPTER LA FISCALITÉ AUX RISQUES PRIS ?

S‘appuyant sur un sondage réalisé en mars par l‘institut Ipsos, la FFA souligne que 78% des Français détenteurs de contrats d‘assurance vie ne souhaitent pas investir davantage en actions d‘entreprises, pas plus qu‘ils ne souhaitent, à 85%, un durcissement de la fiscalité.

Les assureurs se disent néanmoins prêts à réfléchir à la manière dont l‘assurance vie pourrait mieux contribuer au financement de l‘économie.

“Il faut que nous réinventions l‘assurance vie (...) Il faut qu‘on réintroduise du risque dans l‘assurance vie”, soulignait ainsi Thierry Martel, le directeur général de Groupama, lors de la présentation des résultats de l‘assureur à la mi-mars.

“L‘assurance vie est aujourd‘hui la première source d‘épargne financière et, au fond, le premier levier dont on peut disposer pour financer l‘économie”, a ajouté l‘assureur, soulignant aussi que le système de la retraite par répartition avait privé la France de fonds de pension, gisement de financement des entreprises dans les pays anglo-saxons.

D‘après une étude de COE-Rexecode, le cabinet d‘analyses économiques qui a évalué les programmes des cinq grands candidats, les réformes de la fiscalité de l‘épargne défendues par François Fillon et Emmanuel Macron permettraient aux entreprises de réaliser des gains de productivité et de compétitivité.

D‘autres pistes pourraient être envisagées pour mobiliser l‘épargne comme, explique Philippe Crevel, une modulation de la fiscalité de l‘assurance vie en fonction du support de placement choisi par l‘épargnant.

Les fonds en unités de compte, plus risqués et n‘ayant pas de garantie de capital, pourraient ainsi bénéficier d‘une fiscalité plus attractive que les fonds en euros dont le capital est garanti.

Pour le directeur du Cercle de l‘Epargne, les dépôts à vue pourraient également être mis à contribution.

Ces dépôts à vue s‘élevaient à 406 milliards fin septembre 2016, selon le dernier rapport de la Banque de France sur l‘épargne des ménages daté du 6 février 2017.

Ce rapport révèle d‘ailleurs que l‘épargne des Français est investie à près de 63% en actifs non risqués comme les dépôts à vue, les livrets d‘épargne, les comptes épargne logement ou encore l‘assurance vie en fonds euros et les fonds monétaires.

Les 37% restants sont investis en actions d‘entreprises cotées et non cotées, ainsi qu‘en assurance vie en unités de compte.

Depuis le début des années 2000, la France s‘est dotée d‘organismes pouvant être assimilés à des fonds de pension ou à des fonds stratégiques mais dont la force de frappe est sans commune mesure avec celle d‘établissements comme le fonds de pension californien CalPERS qui gère un portefeuille de plus de 300 milliards de dollars.

A ainsi été créé en 2001 le Fonds de réserve pour les retraites qui gère un portefeuille d‘environ 36 milliards d‘euros. Et en 2008, le Fonds stratégique d‘investissement, intégré depuis 2013 au sein de Bpifrance, lancé pour renforcer l‘actionnariat des entreprises françaises cotées et non cotées.

Lire aussi:

* ENCADRE-Les propositions des candidats pour financer l‘économie (Edité par Jean-Michel Bélot)

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