20 avril 2017 / 15:14 / il y a 6 mois

ENCADRE-FRANCE 2017-L'Etat actionnaire tel que les principaux candidats l'envisagent

par Matthieu Protard

PARIS, 20 avril (Reuters) - La rédaction de Reuters a demandé aux équipes de campagne des cinq principaux candidats à l‘élection présidentielle d‘exposer par courriel la position de leur candidat sur le rôle de l‘Etat actionnaire.

Voici les positions de François Fillon, Benoît Hamon, Emmanuel Macron et Marine Le Pen. L‘équipe de campagne de Jean-Luc Mélenchon n‘a en revanche pas transmis la position du candidat de La France insoumise mais la rédaction de Reuters a repris des propositions de son programme:

François Fillon, candidat de la droite et du centre:

”Il est crucial que l‘Etat, qui dispose encore en France de nombreuses participations, se comporte à l‘avenir en actionnaire professionnel et avisé. Il en va de l‘intérêt patrimonial des Français, et de l‘avenir de plusieurs de nos grands groupes dans des secteurs stratégiques pour notre indépendance et notre économie.

L‘Etat n‘a en revanche pas vocation à rester durablement l‘actionnaire significatif d‘entreprises commerciales ne répondant pas à des problématiques stratégiques ou d‘indépendance nationale. L‘Etat doit en effet optimiser ses ressources financières qui sont rares. Les cessions en cause seront réalisées avec professionnalisme, en protégeant le patrimoine des Français ainsi que l‘intérêt social des entreprises concernées.

Les produits de ces cessions contribueront au financement des investissements d‘avenir pour le pays (plan très haut débit), à l‘accompagnement du développement des entreprises stratégiques au capital desquelles l‘Etat restera présent, et au désendettement.

Durant mon quinquennat, je souhaite aussi que soit améliorée la gouvernance des participations publiques. Il me semble nécessaire de clarifier la répartition des rôles entre les différents actionnaires publics: Agence des participations de l‘Etat (APE), Bpifrance, Caisse des dépôts et consignations qui y concourent.

En particulier, l‘APE pourra se concentrera sur les participations stratégiques et pérennes, notamment majoritaires, de l‘Etat, c‘est-à-dire sur les entreprises essentielles à la sécurité nationale (nucléaire notamment) et les anciens grands monopoles nationaux (EDF, SNCF, La Poste) qu‘il convient d‘accompagner dans leur modernisation. Bpifrance, de son côté, continuera à abonder les fonds dédiés au développement des PME-PMI, et a vocation à développer son activité de prises de participations minoritaires, en se focalisant sur les secteurs insuffisamment couverts par les fonds d‘investissements privés.”

Benoît Hamon, candidat du Parti socialiste:

”Je crois dans la légitimité de l‘action publique issue des choix démocratiques. L‘histoire de France, de notre peuple, de nos idées, c‘est aussi celle de notre État. Loin du libéralisme délétère qui propose de réduire la fonction publique ou de la violence de l‘extrême droite qui intimide ses agents, j‘entends mobiliser sans complexe la puissance publique pour réussir les transitions qui nous projetteront vers un futur désirable (...)

Je veux un État actionnaire stratège qui considère les entreprises dont il est au capital comme porteuse des transitions qu‘il souhaite mener au lieu de se comporter comme un actionnaire privé comme un autre qui n‘attend nulle autre chose que des dividendes. Je veux que la puissance publique soit le bras armé de la transition écologique. Je veux que la France prenne une longueur d‘avance en devenant une grande puissance écologique.

Une loi-cadre en début de quinquennat fixera une feuille de route en ce sens aux grandes entreprises de services public, ouvrira leur gouvernance aux citoyens… La Poste, EDF, SNCF, etc. pourront être moteurs de la transition écologique en faisant par exemple d’EDF le premier acteur de l‘investissement dans les énergies renouvelables, en développant le fret, et en augmentant les investissements dans les transports en commun.

L‘Etat ne doit, par principe, se priver d‘aucun outil d‘intervention économique à l‘instar de la nationalisation temporaire. Je suis pour maintenir le capital public, pour maintenir la capacité d‘intervention de l‘Etat.

Mon projet vise à mettre la puissance publique au service du commun et le commun au service de notre pouvoir dans le monde. Je veux un Etat garant de la souveraineté économique de la France. Notre pays doit être capable de conjuguer l‘action du secteur public et le développement des entreprises.”

Marine Le Pen, candidate du Front national:

”Tout gouvernement doit pouvoir se réserver le droit d‘entrer au capital de certaines entreprises stratégiques qui seraient menacées, ou de banques en cas de grave crise financière, voire de les nationaliser temporairement, notamment par la Caisse des dépôts.

Je renationaliserai les sociétés d‘autoroute pour rendre aux Français un patrimoine qu‘ils ont financé et dont ils ont été spoliés.

Je m‘engage à ne pas céder de participations de l‘État durant mon quinquennat. Il en va de notre indépendance stratégique.

Je ne reproduirai pas l‘erreur commise par les gouvernements précédents qui ont vendu certaines entreprises essentielles pour se soumettre à des enjeux de court terme alors même que les taux d‘intérêt sur la dette publique étaient nuls voire négatifs, ce qui est une hérésie économique!”

Emmanuel Macron, candidat d‘En marche ! (par son équipe de campagne):

”L‘Etat actionnaire ne doit pas être un actionnaire naïf. Pour certains, la montée de l‘Etat au capital d‘entreprises serait la solution à toutes les difficultés (un manque de commandes, un plan social…). Pour d‘autres, l‘Etat est un actionnaire illégitime, honteux, qui doit céder son patrimoine financier sans stratégie, maintenant, à n‘importe quelle condition, dans presque tous les secteurs.

Il ne faut pas être naïf quant à la nécessité de nouvelles interventions. L‘Etat est légitime à intervenir au capital dans des secteurs stratégiques pour notre souveraineté ou lorsque des sauvetages de grande ampleur sont nécessaires. Nous l‘avons fait pour PSA et Dexia. Mais ce genre d‘arme ne doit s‘utiliser qu‘avec parcimonie, et non comme solution unique à toutes les difficultés des entreprises.

Il ne faut pas être naïf quant à l‘usage de notre patrimoine. Les Français ont la chance d‘avoir hérité d‘un portefeuille financier de 90 milliards d‘euros. Nous ne devons ni le brader, ni le laisser en friche. Il nous faut distinguer deux grandes catégories d‘entreprises.

Dans certaines entreprises, la présence de l‘Etat au capital est indispensable car elles sont des biens communs, le bras armé de nos politiques publiques voire de notre souveraineté, par exemple le nucléaire. Il devra l‘assumer pleinement et exercer ses droits de propriétaire. Cela implique une grande exemplarité en matière de gouvernance et dans l‘accompagnement des projets industriels de long terme des entreprises du portefeuille.

Dans d‘autres entreprises, nous avons des participations pour lesquelles la présence de l‘Etat au capital n‘est en réalité pas toujours un outil indispensable de politique industrielle et de notre souveraineté, mais un patrimoine public, souvent hérité de décisions passées d’un Etat qui a su investir il y a des décennies dans des activités alors nouvelles. Il ne doit pas être figé mais géré de manière active et mis au service du renouvellement de nos capacités industrielles.”

Jean-Luc Mélenchon, candidat de La France insoumise (d‘après son programme):

* Le candidat veut mettre en place une nouvelle stratégie industrielle fondée sur les compétences des salariés, les filières, la relocalisation et veut donner la priorité à la transition écologique.

* Il prévoit un plan d‘investissement de 100 milliards d‘euros pour relancer la production industrielle dans les secteurs indispensables à la transition écologique et développer les infrastructures scolaires.

* La relocalisation de l‘activité se fera via un protectionnisme solidaire avec notamment la remise en place de droits de douane aux frontières.

* Il compte créer un Commissariat à planification écologique avec un droit de réquisition des entreprises d‘intérêt général pour les activités industrielles stratégiques.

* Il veut aussi revenir sur les programmes de privatisation pour notamment les aéroports et les autoroutes.

Edité par Jean-Michel Belot

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