3 janvier 2017 / 19:20 / dans 9 mois

LEAD 1-Première séance agitée au nouveau congrès des Etats-Unis

par Richard Cowan et Susan Cornwell

WASHINGTON, 3 janvier (Reuters) - Le nouveau Congrès américain issu des élections du 8 novembre a vécu mardi une première séance houleuse qui a fait apparaître des tensions entre les élus républicains de la Chambre des représentants et Donald Trump, pourtant issu lui aussi du Grand Old Party.

Le futur président des Etats-Unis, qui sera investi le 20 janvier, a sommé la majorité républicaine de la chambre basse du Congrès de revenir sur une décision adoptée la veille à huis clos visant à rogner les prérogatives du Bureau de la déontologie parlementaire (OCE).

Créé en 2008 sous majorité démocrate à la suite de plusieurs scandales de corruption, l‘Office of Congressional Ethics est un organisme indépendant et bipartisan chargé d‘enquêter sur les allégations d‘inconduite portées contre des élus, des fonctionnaires ou des assistants parlementaires de la Chambre des représentants.

L‘annonce de cette décision a été dénoncée par la présidente du groupe démocrate, Nancy Pelosi, à l‘origine de la création de l‘OCE, qui a déploré dès lundi soir que “la déontologie soit évidemment la première victime du nouveau Congrès à majorité républicaine”.

Mais Donald Trump, qui a promis lors de la campagne d’“assécher le marécage” de Washington et d‘y rétablir l‘éthique, n‘a lui non plus guère apprécié la décision et l‘a fait savoir mardi matin en écrivant sur son fil Twitter: “Avec tout le travail qui attend le Congrès, avaient-ils vraiment besoin de faire de l‘affaiblissement de l‘office indépendante de supervision de la déontologie, aussi injuste puisse-t-il être, leur première initiative et priorité ?”

“Focalisez-vous sur la réforme fiscale, la santé et tant d‘autres choses d‘une tout autre importance”, a-t-il ajouté.

PREMIÈRE INITIATIVE CONTRE L‘OBAMACARE

Avant même la sortie du président élu, d‘autres républicains parmi lesquels des ténors du parti s‘étaient émus de l‘initiative. Le tweet de Trump a entraîné une réunion de crise. Et le président élu a obtenu gain de cause: la décision a été enterrée, a fait annoncer dans la journée Paul Ryan, par ailleurs réélu président (speaker) de la Chambre des représentants.

Mais ce couac a fait passer au second plan, du moins momentanément, les premiers pas d‘une majorité républicaine qui entend bien profiter de son contrôle sur les deux chambres du 115e Congrès des Etats-Unis (1) pour annuler une partie des réformes du démocrate Barack Obama dans le domaine de la santé, de la finance et de l‘environnement.

Au Sénat, le républicain Mike Enzi, élu du Wyoming et président de la commission budgétaire, a déposé une résolution autorisant l‘abrogation de l‘Obamacare, la réforme de l‘assurance maladie qui constitue l‘une des principales réalisations d‘Obama.

La mesure est encore très symbolique et les républicains, qui estiment que le processus pourrait durer des mois, n‘ont pas finalisé leur projet de contre-réforme.

“Les gens doivent se souvenir que l‘Obamacare ne fonctionne tout simplement pas et qu‘elle n‘est pas abordable. C‘est une santé lamentable”, a écrit Trump sur Twitter.

LES DÉMOCRATES VEULENT DÉFENDRE L‘HÉRITAGE

Côté démocrate, on n‘entend pas laisser la nouvelle administration défaire cette réforme emblématique de la présidence Obama dont la Maison blanche dit qu‘elle a permis d‘assurer 20 millions d‘Américains jusque-là privés de couverture maladie.

Dès lundi soir, Nancy Pelosi et Steny Hoyer, son numéro deux, ont annoncé le lancement d‘une campagne de mobilisation qui mettra l‘accent sur les répercussions de son abrogation. “Nous allons lutter comme jamais pour la protéger”, a déclaré Steny Hoyer.

Obama a prévu pour sa part de réunir mercredi à la Maison blanche les parlementaires démocrates pour réfléchir à la stratégie à adopter pour contrer les attaques républicaines.

Outre l‘abrogation de la loi santé, les républicains veulent aussi revenir sur la législation visant à limiter les émissions de gaz à effet de serre au nom de la lutte contre le réchauffement climatique. Ils veulent aussi lever des garde-fous instaurés dans le monde bancaire par la loi Dodd-Frank après la crise financière de 2008.

Le Sénat doit en outre s‘atteler aux audiences de confirmation des personnalités, parfois controversées, choisies par Trump pour constituer le futur gouvernement et la haute fonction publique.

Le sénateur républicain John McCain a prévenu que Rex Tillerson, qui était PDG d‘Exxon Mobil avant d‘être choisi par le futur président comme chef de la diplomatie américaine, allait devoir s‘expliquer sur ses relations avec le président russe Vladimir Poutine. McCain a qualifié ce dernier de voyou et de meurtrier.

De même, les démocrates devraient exprimer leur opposition à la nomination du très conservateur Jeff Sessions au poste d‘Attorney General (ministre de la Justice), en raison notamment de ses positions contre l‘immigration.

1 A la Chambre des représentants, les républicains disposent de 241 des 435 élus contre 194 pour les démocrates. Le Sénat compte 52 républicains, 46 démocrates et deux indépendants. Danielle Rouquié et Henri-Pierre André pour le service français

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