21 décembre 2016 / 15:16 / dans un an

La fenêtre se referme pour les obligations à très long terme

* L‘élection de Trump et la BCE ont poussé les taux à la hausse

* Des pertes potentielles de 10% sur certains papiers très longs

* Agences de la dette et gérants appellent à la prudence

* Graphique dur la performance des titres très longs :

* reut.rs/2hqky22

par John Geddie et Abhinav Ramnarayan

LONDRES, 21 décembre (Reuters) - La fenêtre de tir pour les émissions à très long terme à des taux à des plus bas records dont quelques pays de la zone euro ont profité cette année est en train de se refermer.

La brusque remontée des taux à long terme au cours des dernières semaines ne permettra pas de renouveler la série sans précédent d‘émissions obligataires à 50, 70 voire 100 ans réalisées en 2016, préviennent responsables d‘agences de la dette, banquiers conseils et investisseurs.

Non seulement certains fonds pansent encore les plaies des pertes de près de 10% accusées sur ces émissions ultra-longues avec la remontée des taux mais surtout la demande pour de telles opérations et leur logique financière sont désormais réduites.

Même la Belgique qui a évoqué dans son programme de financement qu‘elle examinait la possibilité de lancer “une nouvelle émission de référence à très long terme” ne semble plus aussi convaincue.

“L‘année prochaine, il pourrait être plus difficile de faire quelque chose à très long terme sachant qu‘il n‘est pas possible de prévoir de gain immédiat pour un investisseur”, a dit Anne Leclercq, qui dirige l‘Agence de la dette belge.

La Belgique a lancé une émission de plusieurs milliards d‘euros à 50 ans cette année comme l‘Espagne, l‘Italie et la France. L‘Autriche a émis un emprunt à 70 ans en octobre et veut se doter des moyens législatifs lui permettant d‘émettre jusqu‘à cent ans comme l‘ont fait la Belgique et l‘Irlande mais pour des montants limités et sous forme de placement privé.

Pour les investisseurs qui se sont laissé séduire par ces titres ultra-longs, fonds de pension ou hedge funds, les résultats n‘ont pas toujours été au rendez-vous.

Sur la base des cours actuels, les émissions de l‘Autriche et de l‘Italie font apparaître des pertes potentielles de l‘ordre de 10% pour les investisseurs et l‘OAT française échéance mai 2066 affiche une performance d‘environ 1%. En revanche, les lignes belge et espagnole affichent une plus-value potentielle de 8% et 10% respectivement, selon les données de Thomson Reuters.

Elles ont toutes baissé depuis l‘élection de Donald Trump à la maison Blanche qui a déclenché un mouvement de dégagement sur l‘obligataire en raison des anticipations d‘accélération de la croissance et de l‘inflation aux Etats-Unis liées à ses promesses de relance bugétaire et fiscale. Les pertes se sont accentuées après l‘annonce par la Banque centrale européenne (BCE) d‘une réduction du montant mensuel de ses achats d‘actifs à compter du printemps prochain.

Le rendement de l‘emprunt d‘Etat allemand de référence à 30 ans a atteint un plus haut de 11 mois après les annonces de la BCE, en hausse de près d‘un demi-point depuis l‘élection présidentielle américaine.

“DOUBLE PEINE”

Des spécialistes du marché obligataire estiment que le fait que certaines des émissions très longues de l‘année 2016 affichent encore une performance positive pourrait permettre le lancement de nouvelles opérations de même nature en 2017, au moins en début d‘année.

La préoccupation croissante des investisseurs sur un possible ralentissement des achats de la BCE dans le cadre de son programme d‘assouplissement quantitatif dont la fin est pour l‘instant programmée en décembre prochain risque de rendre plus compliquées des opérations de cette nature ultérieuremennt.

“Si vous voulez le faire, faites le dans la première partie de l‘année prochaine”, a dit Martin Van Vliet, stratège d‘ING. “Au second semestre, le débat sur le ralentissement (des achats de la BCE) va resurgir et la fenêtre sera pratiquement fermée à ce moment là.”

Pour les émetteurs, la logique de ces émissions à très long terme pourrait perdre de son attrait avec la remontée des taux et certains analystes estiment d‘ores et déjà qu‘il pourrait être plus rationnel d‘émettre à 30 ans par exemple et de refinancer cette dette à l‘échéance plutôt que de s‘engager sur des périodes plus longues.

Du côté des investisseurs, la course au rendement qui a caractérisé ces dernières années explique l‘intérêt manifesté pour les émissions ultra-longues. Les plus-values potentielles dans un contexte de baisse des taux ont pu aussi attirer des investisseurs plus opportunistes comme les fonds spéculatifs.

Mais des banquiers qui ont monté des opérations ont dit à Reuters que la demande pour ce type de titres pourrait se tarir avec la remontée des taux.

“Le fait que les taux soient plus élevés réduit la nécessité pour certains investisseurs finaux d‘acheter ces produits. Ils étaient contraints d‘acheter plus long pour avoir du rendement”, a dit un banquier conseil qui a requis l‘anonymat. “L‘environnement devrait être moins favorable pour les émissions longues maintenant.”

JP Morgan Asset Management a déjà réduit son exposition à la dette ultra-longue et pour la première fois en deux ans privilégie les obligations à court terme.

“Nous serions prudents à l‘égard de ces obligations (à très long terme); si nous sommes dans un environnement où les rendements sont à la hausse, elles figurent parmi les obligations les plus sensibles”, a dit Nick Gartside, responsable des investissements obligataires de la société de gestion.

BlackRock, le première société de gestion mondiale en termes d‘actifs, n‘exclut pas d‘acheter des obligations à très long terme mais elle met en garde contre le risque de “double peine” lié aux rendements très faible et à la durée très élevée.

“Les Etats ont raison d‘émettre des obligations à très long terme quand le niveau des taux d‘intérêt est plus bas”, a dit Scott Thiel, le responsable de la gestion obligataire de BlackRock. “Mais quand il s‘agit d‘obligations à très long terme, le rendement est actuellement si faible qu‘il faut être prudent.”

Marc Joanny pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat

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