12 mai 2016 / 06:41 / dans 2 ans

LEAD 5-Brésil-Rousseff écartée du pouvoir, Temer lui succède

* Le Sénat approuve un procès en destitution de la présidente

* Rousseff est suspendue pour un délai maximal de 180 jours

* Le vice-président Michel Temer lui succède à la tête de l‘Etat (Actualisé nomination ministre des Finances et mesures attendues § 4-6, réaction Rousseff § 7-10)

par Anthony Boadle et Maria Carolina Marcello

BRASILIA, 12 mai (Reuters) - Dilma Rousseff a été suspendue de ses fonctions jeudi après le feu vert donné par les sénateurs à l‘ouverture d‘un procès en destitution visant la présidente brésilienne, accusée d‘avoir maquillé les comptes publics pour faciliter sa réélection en 2014.

La chef de l‘Etat est remplacée par son vice-président Michel Temer le temps que durera le procès, d‘une durée maximale de 180 jours, dont l‘organisation a été approuvée par 55 sénateurs sur 81. Une majorité simple de 41 sénateurs suffisait.

Au terme de ce procès en destitution, une majorité des deux tiers, soit 54 voix sur 81, sera nécessaire pour acter la mise à l‘écart définitive de Dilma Rousseff. Dans cette hypothèse, Michel Temer, membre du Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB), assurerait la présidence jusqu‘à la fin de son mandat, le 31 décembre 2018.

Agé de 75 ans, centriste, spécialiste de droit constitutionnel qui a passé des décennies au Congrès, Michel Temer a nommé jeudi Henrique Meirelles, ancien président de la banque centrale, au poste de ministre des Finances.

Des conseillers de Temer ont expliqué que le futur gouvernement va annoncer prochainement une série de mesures d‘austérité destinées à réduire le déficit budgétaire du pays.

L‘objectif prioritaire de la nouvelle équipe sera de réformer le coûteux système de retraite, notamment en imposant un âge minimal de départ à la rétraite, a précisé un conseiller.

Avant de quitter ses fonctions, Dilma Rousseff a répété que sa destitution constituait un “coup d‘Etat” et que la procédure engagée à son encontre en décembre était “frauduleuse”.

“J‘ai peut-être commis beaucoup d‘erreurs mais je n‘ai commis aucun crime”, a-t-elle lancé, son mentor l‘ancien président Luiz Inacio Lula da Silva, poursuivi pour des faits de corruption, se tenant à ses côtés.

Plusieurs ministres du gouvernement sortant étaient également présents lors de la déclaration de Rousseff qui est apparue stoïque.

“Je n‘aurais jamais imaginé qu‘il faudrait à nouveau s‘opposer à un coup d‘Etat dans ce pays”, a-t-elle ajouté, en référence à l‘époque de la dictature militaire qu‘elle a connue dans sa jeunesse. “C‘est un moment tragique pour notre pays”, a-t-elle estimé.

L‘opposition reproche à Dilma Rousseff d‘avoir ruiné une économie qui fut un temps l‘une des plus performantes des pays en développement en mettant en oeuvre des mesures qualifiées de populistes qui se sont traduites par une envolée des prix à la consommation, une entrée en récession et une explosion du chômage.

“UN TRAITEMENT DOULOUREUX MAIS NÉCESSAIRE”

“Aujourd‘hui, nous essayons de surmonter cette situation en révoquant ce gouvernement irresponsable. Nous n‘avons pas d‘alternative”, a déclaré le sénateur Blairo Maggi, l‘un des plus gros producteurs brésiliens de soja, qui devrait entrer au gouvernement de Michel Temer pour prendre le portefeuille de l‘agriculture.

“La destitution est une tragédie pour ce pays, c‘est un traitement douloureux mais nécessaire et continuer avec le gouvernement Rousseff serait une tragédie encore plus grande”, a renchéri le sénateur José Serra, pressenti pour devenir ministre des Affaires étrangères, pendant les vingt heures de débat qui ont précédé ce vote historique à Brasilia.

La présidente a également souffert des multiples scandales de corruption qui éclaboussent depuis des années une grande partie de la classe politique brésilienne.

Au coeur de ces scandales figure la tentaculaire affaire Petrobras, du nom du géant pétrolier brésilien que Dilma Rousseff a dirigé avant son élection.

La chef de l‘Etat n‘est pas accusée de corruption, Michel Temer non plus, contrairement à certains de ses alliés et collègues au sein du PMDB. Le parquet souligne qu‘il est loin d‘avoir terminé son enquête.

A l‘extérieur du Sénat, protégé par une clôture métallique érigée pour séparer les manifestants, près de 6.000 partisans de la destitution se sont réunis pour exprimer leur joie tandis que la police utilisait des gaz lacrymogènes pour disperser les soutiens de la présidente.

Dilma Rousseff a dissous son gouvernement et limogé ses ministres, y compris celui des Sports impliqué dans la préparation des Jeux olympiques d‘été qui doivent avoir lieu à Rio de Janeiro en août.

En tant que présidente suspendue, elle pourra continuer à habiter dans sa résidence officielle et à utiliser un avion de l‘armée de l‘air pour ses déplacements.

“LE PARTI DES TRAVAILLEURS A TELLEMENT FAIT POUR NOUS”

Première femme élue à la tête de la première puissance économique d‘Amérique latine, en 2010, Dilma Rousseff, 68 ans, a dénoncé à de multiples reprises un “coup d‘Etat”.

Les sondages d‘opinion montrent qu‘une écrasante majorité de Brésiliens souhaitaient que Dilma Rousseff soit destituée, mais Michel Temer ne jouit pas non plus d‘une immense popularité.

Selon un récent sondage de l‘institut Datafolha, seuls 1% des électeurs brésiliens voteraient pour lui s‘il se présentait comme candidat à la présidence en 2018, ce qu‘il assure ne pas avoir l‘intention de faire.

D‘autres enquêtes d‘opinion montrent qu‘environ 60% des Brésiliens souhaitent qu‘il soit destitué lui aussi.

Michel Temer hérite d‘un pays dont le déficit budgétaire dépasse 10% du produit intérieur brut, où le chômage est en hausse, l‘investissement en baisse. Les projections anticipent une contraction de plus de 3% du PIB en 2016.

Même si les partisans de l‘opposition ont fait la fête sur l‘avenue Paulista, l‘avenue centrale de Sao Paulo, la plus grande ville du pays, beaucoup de Brésiliens s‘inquiètent de la fin des plus de treize années au pouvoir du Parti des travailleurs, une époque ouverte avec l‘élection en 2002 de Luiz Inácio Lula da Silva, mentor de Dilma Rousseff.

Avec Alonso Soto, Marcela Ayres, Brad Brooks et Silvio Cascione,; Nicolas Delame et Jean-Stéphane Brosse pour le service français

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