5 avril 2016 / 12:37 / dans un an

La BCE veut accélérer les cessions des créances douteuses-sources

* Italie-ratio créances pourries triple de la moyenne zone euro

* La BCE presse les banques de vendre ces créances

* Fixer des délais serait un moyen d‘accélérer le mouvement

par Valentina Za et Stefano Bernabei

MILAN, 5 avril (Reuters) - Les banques italiennes pensent que la Banque centrale européenne (BCE) fixera tôt ou tard des délais à certaines d‘entre elles pour qu‘elles se défassent de leurs créances douteuses, ont déclaré mardi deux sources bancaires.

D‘autres sources ont fait savoir que le gouverneur de la Banque d‘Italie Ignacio Visco, le ministre de l‘Economie Pier Carlo Padoan et des responsables de l‘établissement public Cassa Depositi i Prestiti (CDP) ont eu une réunion à ce sujet avec les administrateurs délégués d‘UniCredit, Federico Ghizzoni, et d‘Intesa Sanpaolo, Carlo Messina.

Ces sources ont dit à Reuters que Rome et la Banque d‘Italie réfléchissaient au moyen d‘aider les banques à vendre ces créances, avec le concours de la CDP et d‘autres, afin de limiter les répercussions de ces cessions sur leur capital.

Trois années de récession ont abouti à un encours de créances douteuses représentant 360 milliards d‘euros, soit 18% du total des prêts bancaires, alors que la moyenne de la zone euro euro est de 6%.

Aux cours actuels du marché, la cession de ces créances ne peut se faire qu‘à perte mais si les banques les conservent dans leur bilan, leur capacité de prêter s‘en trouve altérée alors que les entreprises ont bien besoin de se financer pour alimenter une reprise économique qui reste fragile.

Depuis 17 mois qu‘elle assure la supervision des banques de la zone euro, la BCE a accentué la pression sur les banques italiennes pour qu‘elles assainisent leur bilan.

Les sources bancaires estiment que la BCE pourrait mettre les bouchées doubles dans certains cas particuliers, comme ce fut le cas avant qu‘elle ne donne un feu vert de principe à la fusion entre Banco Popolare et Banca Popolare di Milano annoncée le mois dernier.

UNE “ANOMALIE”

Les deux banques comptent réduire leur encours brut de créances douteuses de 10 milliards d‘euros d‘ici 2019, trois ans après la réalisation projetée de leur fusion. La BCE avait rejeté leur projet de départ, qui prévoyait d‘arriver à ce résultat en l‘espace de cinq ans, ont dit les sources.

Le dirigeant d‘une banque italienne estime que la BCE agira de même avec d‘autres établissements et de toute façon, estime-t-on dans le milieu bancaire, les banques n‘ont guère d‘autre choix que de se plier aux exigences de la banque centrale.

“Tôt ou tard, la BCE prendra sans doute des mesures officielles; elle pourrait exiger un plan de cession des créances douteuses”, a dit le banquier.

La BCE s‘est refusé à tout commentaire.

Un autre banquier évoque lui aussi l‘hypothèse de prochains délais parce que l‘institut d‘émission estime que pour une bonne part ces créances douteuses sont une “anomalie”.

Un système judiciaire engorgé en est l‘une des raisons: il faut en moyenne plus de sept ans pour boucler une procédure de faillite.

Cela étant, le marché de la dette pourrie commence à s‘élaguer timidement: Banca Popolare di Bari compte vendre 800 millions d‘euros de créances douteuses grâce à l‘appui d‘une garantie de l‘Etat et Popolare dell‘Emilia Romagna veut faire de même à hauteur de 900 millions d‘euros.

“Il est évident que la férule de la BCE explique cette accélération: inspections sur place et examens externes exigent des banques qu‘elles prouvent (...) qu‘elles s‘attaquent au problème”, explique Claudio d‘Auria, un associé du consultant Moderari et transfuge de la Banque d‘Italie.

Les créances douteuses brutes de Monte dei Paschi di Siena se montent à 47 milliards d‘euros, soit 40% du total des crédits. Cette banque avait dégagé les plus mauvais résultats de l‘examen de santé pratiqué par la BCE en 2014. Le montant brut de créances douteuses le plus élevé est celui d‘UniCredit, de 80 milliards d‘euros, soit 17% du total.

Avec Paola Arosio et Gianluca Semeraro, Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par

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