23 juillet 2015 / 01:57 / dans 2 ans

CHRONOLOGIE de la crise de la dette grecque

ATHENES, 23 juillet (Reuters) - Le parlement grec a approuvé dans la nuit de mercredi à jeudi le deuxième volet des “actions préalables” réclamées par les institutions créancières en vue de l‘ouverture des négociations sur les modalités détaillées d‘un troisième plan de renflouement du pays, dont le montant pourrait atteindre 86 milliards d‘euros sur trois ans.

Un premier train de mesures, qui comprenait principalement une réforme de la TVA, l‘engagement de la réforme des retraites et l‘introduction de coupes budgétaires automatiques en cas de déviation par rapport aux objectifs quantitatifs convenus, avait été adopté par une majorité de députés grecs le 15 juillet.

Les négociations sur les modalités détaillées du troisième plan d‘aide à la Grèce, qui débuteront vendredi à Athènes, doivent se conclure avant la fin août.

Retour sur les principaux développements de la crise, déclenchée fin 2009.

* 2009

Le 4 octobre, sur fond de récession économique, les socialistes du Pasok remportent la majorité absolue au parlement. Ils délogent les conservateurs de Nouvelle Démocratie, au pouvoir depuis 2004.

Le nouveau gouvernement de George Papandréou annonce une dizaine de jours plus tard que le déficit budgétaire atteint 12,7% du PIB, soit trois fois plus que dans les statistiques officielles, et que la dette grecque représente 127% du PIB.

Les rendements des obligations grecques (les taux d‘intérêt auxquels l‘Etat se finance sur les marchés obligataires) explosent.

* 2010

14 janvier: Le gouvernement Papandréou dévoile un programme de réduction des dépenses (gel des salaires et des retraites des fonctionnaires, réduction des primes dans la fonction publique), et d‘augmentation de la fiscalité (relèvement de la TVA et des taxes sur l‘essence, le tabac et l‘alcool) visant à ramener le déficit budgétaire à 2,8% en 2012.

27 avril: L‘agence Standard & Poor’s abaisse la note de la dette grecque en catégorie spéculative.

2 mai: Un accord est conclu entre le gouvernement Papandréou, l‘Union européenne (UE) et le Fonds monétaire international (FMI) sur un premier plan de sauvetage de 110 milliards d‘euros en contrepartie de nouvelles mesures d‘austérité.

Le versement de cette aide financière est programmé par tranches sur trois ans. Une “troïka” représentant la Commission européenne, le FMI et la Banque centrale européenne (BCE) supervise la mise en oeuvre du programme de réformes dont dépend le versement des tranches d‘aide.

10 mai: Création d‘un Fonds européen de stabilité financière (FESF) pour venir en aide aux pays éventuellement menacés de ne pouvoir se financer sur les marchés.

* 2011

Le 13 juin, Standard & Poor’s dégrade encore la note de la Grèce, la rabaissant au plus bas niveau possible. L‘agence de notation considère que le pays se dirige désormais vers une situation de défaut de paiement.

21 juillet: Les dirigeants de la zone euro se mettent d‘accord sur la nécessité d‘un deuxième plan d‘aide à la Grèce.

A l‘automne, la contestation sociale monte en Grèce. Le 21 octobre, alors que le gouvernement adopte un nouvel ensemble de mesures d‘austérité, une grève paralyse le pays et plus de 100.000 personnes manifestent à travers le pays. Des violences éclatent. On compte plus de 70 blessés.

31 octobre: Sans consulter ses partenaires européens, George Papandréou annonce la tenue d‘un référendum en Grèce sur le plan d‘austérité et l‘aide financière internationale.

A Cannes, où le G20 est réuni, le président français, Nicolas Sarkozy, et la chancelière allemande, Angela Merkel, le convoquent le 2 novembre et le préviennent que la Grèce ne recevra pas un centime de plus si elle ne met pas en oeuvre les mesures d‘austérité prévues par le plan. L‘hypothèse d‘une sortie de la Grèce de la zone euro n‘est plus un tabou.

Le 5 novembre, le projet de référendum, qui provoque aussi une crise politique intérieure en Grèce, est abandonné.

George Papandréou démissionne le 9 novembre. Un gouvernement de transition formé en coalition avec l‘opposition conservatrice, menée par Antonis Samaras, lui succède. Il est dirigé par Lucas Papademos, ancien vice-président de la Banque centrale européenne, chargé de négocier le second plan d‘aide avant un retour aux urnes.

* 2012-2014

12 mars 2012: Un deuxième plan d‘aide internationale est élaboré sur la base d‘un montant de 130 milliards d‘euros, dont le versement doit être étalé jusqu‘à la fin 2014. Les fonds proviennent du FMI et du Fonds européen de stabilité financière (FESF). Le plan s‘accompagne d‘une restructuration de la dette détenue par des créanciers privés, qui renoncent à la moitié de leurs créances.

6 mai 2012: A l‘issue des élections législatives anticipées, le Parlement est ingouvernable faute de majorité. De nouvelles élections se déroulent le 17 juin, remportées de justesse par Nouvelle Démocratie, le parti d‘Antonis Samaras, qui devient Premier ministre, avec le soutien des socialistes du Pasok et des élus de la Gauche démocratique (Dimar).

En octobre 2012, l‘Union européenne donne officiellement le jour au Mécanisme européen de stabilité (MES). Ce remplaçant définitif du FESF, doté de 500 milliards de capitaux, est censé intervenir en cas de crise financière grave dans l‘un des pays de l‘UE, afin de prévenir les risques de contagion.

Juin 2013: La décision prise par Samaras de fermer la radiotélévision publique ERT provoque le départ de ses alliés du Dimar, signant la fin d‘une coalition déjà fragilisée.

En 2014, une embellie se profile: la Grèce renoue avec la croissance, son budget dégage de nouveau un excédent primaire (solde budgétaire avant service de la dette) et le Trésor parvient à lever sans difficulté trois milliards d‘euros sur le marché obligataire. Mais Samaras ne parvient pas à finaliser le programme de contrepartie à l‘aide internationale. Fin décembre, son incapacité, malgré trois tours de scrutin, à faire élire un président de la République, provoque mécaniquement de nouvelles élections législatives anticipées.

* 2015

25 janvier: Le parti de la gauche radicale Syriza remporte les élections législatives anticipées. “La Grèce laisse derrière elle une austérité catastrophique, elle laisse derrière elle la peur et l‘autoritarisme, elle laisse derrière elle cinq années d‘humiliation et d‘angoisse”, proclame son chef de file, Alexis Tsipras, devant ses partisans.

Son gouvernement de coalition, formé avec les souverainistes de droite du Parti des Grecs indépendants (Anel), annonce un gel du programme de privatisations. Tsipras et son ministre des Finances, Yanis Varoufakis, un économiste qui détonne dans les cercles financiers, font le tour des capitales européennes pour exposer leur projet: négocier un allègement de la dette grecque pour parvenir à un accord viable et “mutuellement bénéfique” avec les créanciers d‘Athènes.

20 février: Les ministres des Finances de l‘Eurogroupe, réunis pour la troisième fois en moins de deux semaines, s‘accordent sur une extension de quatre mois du plan d‘aide international, qui expirait théoriquement fin février.

Le déblocage de la dernière tranche d‘aide, de 7,2 milliards d‘euros, est toutefois conditionné à une liste de réformes que le gouvernement grec s‘engage à présenter dans les plus brefs délais auprès des “institutions” qui remplacent, dans la terminologie officielle, la “troïka” honnie à Athènes.

Mais les négociations entre Athènes et ses créanciers sur le détail des mesures bloquent. Le relèvement de la TVA, la réforme des retraites et celle du marché du travail, les objectifs d‘excédent primaire, la volonté grecque d‘obtenir une restructuration de sa dette publique (refinancements à des taux plus avantageux, allongement des maturités voire effacement d‘une partie du principal) sont autant de points de divergence.

Juin: La Grèce impose au FMI de regrouper toutes les échéances de juin, d‘un montant total de 1,6 milliard d‘euros, à la fin du mois. En l‘absence des 7,2 milliards d‘euros d‘aides internationales suspendues, la situation est tendue dans un pays dont les caisses se vident sous l‘effet de mauvaises rentrées fiscales et qui ne peut se financer sur les marchés.

Au fil des jours, le ton ne cesse de monter entre les négociateurs. Les réunions de l‘Eurogroupe ou des dirigeants de la zone euro consacrées à la Grèce s‘enchaînent sans résultat. Le fait que le nouveau programme de réformes proposé par Athènes repose principalement sur des hausses d‘impôts et de cotisations sociales et non sur des économies ne convainc pas les créanciers. Pour les Grecs, les contre-propositions des “institutions” sont “absurdes”.

De retour à Athènes au terme de multiples navettes, le vendredi 27 juin, Tsipras réunit son gouvernement et annonce peu avant minuit qu‘il organisera le 5 juillet un référendum pour ou contre la dernière proposition présentée le 25 juin par les créanciers de la Grèce. Il appelle à voter “non” en expliquant vouloir revenir plus fort à la table des négociations. Dans la foulée, la zone euro rejette le lendemain la demande grecque d‘une prolongation du plan d‘aide, qui expire le 30 juin à minuit, contraignant le gouvernement grec à instaurer un contrôle des capitaux, une fermeture temporaire des banques et la Bourse d‘Athènes.

1er juillet: La Grèce, qui n‘a pas remboursé à temps 1,6 milliard d‘euros dus au FMI, est officiellement en défaut de paiement et ne peut plus prétendre aux crédits du programme d‘assistance financière.

2 juillet: le Fonds monétaire international estime dans un rapport que la Grèce a encore besoin de 50 milliards d‘euros au d‘aides au cours des trois prochaines années et juge qu‘il faudra annuler une partie de la dette colossale du pays.

5 juillet: Contrairement aux pronostics, qui prédisaient un score serré, le “non” aux propositions des créanciers l‘emporte largement, avec plus de 61% des voix.

6 juillet: Le ministre des Finances Yanis Varoufakis, auquel son attitude et son discours valaient l‘inimitié de bon nombre de ses homologues de l‘Eurogroupe, annonce sa démission. Paris et Berlin déclarent que la porte reste ouverte aux discussions avec Athènes et appellent Alexis Tsipras à faire des propositions “sérieuses et crédibles” pour éviter une sortie de la Grèce de la zone euro (“Grexit”).

7 juillet: Réunis en sommet à Bruxelles, les pays membres de la zone euro se donnent jusqu‘au 12 juillet au plus tard pour s‘accorder sur un plan d‘aide susceptible de maintenir la Grèce, au bord de l‘asphyxie économique, au sein de la monnaie unique.

8 juillet : Athènes promet de présenter sous 24 heures des propositions de réforme de son économie pour obtenir une nouvelle aide, avec le soutien de la France s‘est engagée à “tout faire” pour éviter un “Grexit”.

9 juillet: Athènes transmet au président de l‘Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, ses propositions de réformes qui reprennent un grand nombre des exigences des institutions créancières.

11 juillet : Le Parlement grec vote les propositions de réformes présentées aux créanciers par 251 voix sur 300 mais le chef du gouvernement ne fait pas le plein des voix de son parti et doit compter sur l‘appui des formations d‘opposition pro-européennes. Fort de cet avis favorable, l‘Eurogroupe des ministres des finances de la zone euro se réunit à Bruxelles pour examiner les conditions d‘une nouvelle aide à Athènes. Faute d‘accord, les discussions sont suspendues et reprennent le lendemain, l‘Eurogroupe exigeant de la Grèce des garanties sur les réformes qu‘elle a promis de mettre en oeuvre.

12-13 juillet: Réunis en sommet à Bruxelles les chefs d‘Etat de la zone euro parviennent à un accord unanime sur un plan de sortie de crise. A condition de mettre en oeuvre les réformes exigées, Athènes obtient l‘ouverture prochaine de négociations sur un nouveau plan d‘aide de 86 milliards d‘euros sur trois ans qui lui serait octroyé par le Mécanisme européen de stabilité (MES). Dans l‘intervalle, le gouvernement bénéficiera d‘un prêt-relais pour honorer les échéances immédiates de sa dette.

15 juillet: Le parlement grec approuve une première série de mesure à effet quasi immédiat, condition préalable à l‘ouverture de négociations sur le troisième plan d‘aide au pays. Ces mesures comportent notamment un relèvement de la TVA, l‘engagement de la réforme des retraites et l‘introduction du principe de coupes budgétaires automatiques en cas de déviation par rapport aux objectifs quantitatifs convenus.

17 juillet: Le Conseil de l‘Union européenne approuve un prêt-relais de 7,16 milliards d‘euros débloqué par le Mécanisme européen de stabilité financière (MESF) permettant à Athènes de faire face à ses échéances à court terme. Le Bundestag, la chambre basse du parlement allemand, autorise le gouvernement d‘Angela Merkel à négocier un troisième plan d‘aide à la Grèce, en dépit des doutes exprimés par le ministre des Finances Wolfgang Schäuble sur ses chances de succès. Alexis Tsipras procède à un remaniement de son gouvernement et écarte les ministres hostiles à l‘accord passé avec les créanciers.

20 juillet: Athènes honore un remboursement obligataire de 4,2 milliards d‘euros à la BCE et paye également ses arriérés au FMI pour 2 milliards. La nouvelle TVA entre en vigueur, la quasi totalité des biens et services sont taxés à 23%, y compris la restauration. Les banques rouvrent leurs guichets permettant la reprise des opérations courantes. Les contrôles de capitaux demeurent même s‘ils sont assouplis avec la possibilité de retraits hebdomadaires de 420 euros en une seule fois. La Bourse d‘Athènes reste fermée.

23 juillet: Les députés grecs adoptent la loi de transposition en droit national de la directive européenne de résolution bancaire et la réforme du code de procédure civile, deuxième volet des “actions préalables” réclamées par les institutions créancières pour rouvrir les discussions avec Athènes.

Bureau d'Athènes et David Cutler à Londres; Bertrand Boucey, Jean-Stéphane Brosse, Henri-Pierre André et Marc Joanny pour le service français, édité par Tangi Salaün

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