14 novembre 2013 / 10:59 / dans 4 ans

Air France-KLM refuse d'injecter de nouveaux fonds dans Alitalia

par Cyril Altmeyer et Agnieszka Flak

Air France-KLM ne souscrira pas à l'augmentation de capital d'Alitalia , dont il est le premier actionnaire, jugeant insuffisantes les mesures de restructuration financières de la compagnie italienne. Le groupe détiendra donc au maximum 10% du capital de la compagnie italienne après cette opération. /Photo d'archives/REUTERS/Air France

PARIS/MILAN (Reuters) - Air France-KLM a refusé jeudi de participer à l‘augmentation de capital d‘Alitalia, déplorant un manque de mesures convaincantes pour en réduire la dette, mais le groupe a fait un geste de bonne volonté pour renforcer les fonds propres de la compagnie italienne en décidant de transformer ses obligations convertibles en actions.

Le groupe franco-néerlandais, actuellement premier actionnaire d‘Alitalia, estime que le volet industriel du plan présenté mercredi soir par le conseil d‘administration de la compagnie va dans la bonne direction. Mais il a fait de la restructuration de la dette abyssale d‘Alitalia une condition préalable à toute injection nouvelle de fonds.

Une source proche du dossier avait déclaré mardi à Reuters que, dans ces conditions, il était hautement improbable qu‘Air France-KLM souscrive à l‘augmentation de capital de 300 millions d‘euros votée mi-octobre par les actionnaires d‘Alitalia pour permettre à l‘entreprise de poursuivre son activité dans les prochains mois.

Alitalia a repoussé mercredi du 15 au 27 novembre la date-butoir pour participer à cette levée de fonds, dans l‘espoir de convaincre Air France-KLM d‘ici-là.

En passant son tour, AF-KLM verra sa participation de 25% dans Alitalia mécaniquement diluée. Mais le groupe a parallèlement annoncé son intention de transformer en actions ses obligations convertibles issues d‘un prêt d‘actionnaires accordé en février dernier pour un total de 95 millions et auquel il avait contribué à hauteur de 23,8 millions.

“Après conversion de ce prêt et à supposer que tous les actionnaires prêteurs convertissent et que l‘augmentation de capital de 300 millions d‘euros soit entièrement souscrite, notre participation devrait se trouver aux alentours de 7%”, a indiqué à Reuters le directeur financier d‘Air France-KLM Philippe Calavia.

Deux sources proches du dossier avaient auparavant situé la participation du groupe à un maximum de 10% au tour de table d‘Alitalia après conversion de ses obligations.

“Cette opération permettra d‘améliorer les fonds propres d‘Alitalia tout en conservant des liens étroits au travers de la participation d‘Air France-KLM au capital d‘Alitalia”, déclare le groupe franco-néerlandais dans un communiqué.

En passant sous le seuil de 20% du capital, AF-KLM, qui avait investi 323 millions d‘euros dans Alitalia au début 2009, perdra de facto son droit de veto - qu‘il estimait de toute manière avoir du mal à exercer.

Selon une source proche du dossier, Air France-KLM s‘est vu récemment refuser le droit de travailler “de manière plus précise et transparente” au plan de redressement d‘Alitalia, au nom de l‘égalité entre actionnaires.

“A quoi sert-il d‘avoir plusieurs sièges au conseil d‘administration, si c‘est pour regarder passer les avions”, s‘est interrogé cette source, faisant référence aux quatre administrateurs d‘AF-KLM siégeant actuellement chez Alitalia.

RISQUE DE DÉPÔT DE BILAN

Air France-KLM n‘a jamais caché son souhait de prendre le contrôle d‘Alitalia à conditions que des mesures drastiques soient prises pour redresser la compagnie.

“La baisse de la dette est un prérequis, mais cela n‘avance pas. C‘est ce qui explique la position d‘Air France-KLM”, a précisé la source.

A fin septembre, Alitalia accusait une dette nette de 813 millions d‘euros, contre 946 millions fin juin.

Les banques, a ajouté la source, doivent renoncer à une partie de leurs créances, dont la plus grosse partie n‘est pas sécurisée et ne sert pas à financer des avions, et les fournisseurs doivent aussi faire des concessions. “S‘ils ne font pas cet effort-là, l‘entreprise ira à la faillite, comme en 2008”, a-t-elle estimé.

Air France-KLM, lui-même en pleine restructuration, a dû repousser d‘un an, à fin 2015, son objectif de réduire de deux milliards sa propre dette nette pour la ramener à 4,5 milliards d‘euros.

Le groupe dit ne pas avoir les moyens de souscrire à une augmentation de capital considérée comme un répit pour Alitalia.

Le dossier est sensible pour la fragile coalition gouvernementale italienne.

“Alitalia a besoin d‘investissements importants, et le refus d‘Air France-KLM renforce la probabilité d‘un dépôt de bilan d‘Alitalia”, estime Andrea Giuricin, expert des transports à l‘université de Milan-Bicocca. “Les Français semblent penser que la dette d‘Alitalia peut être restructurée de cette manière.”

Le ministre des Transports italien Maurizio Lupi a déclaré que le refus d‘Air France-KLM de participer à l‘augmentation de capital ouvrait la voie à la quête de nouveaux partenaires internationaux.

Avec Giselda Vagnoni à Rome, édité par Jean-Michel Bélot

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