22 octobre 2013 / 05:21 / dans 4 ans

EDF lance avec Londres un projet de 19 milliards d'euros

par Benjamin Mallet

Les EPR en construction dans le monde

PARIS (Reuters) - EDF a officialisé lundi un accord global avec le gouvernement britannique qui doit lui permettre de construire une centrale nucléaire à Hinkley Point C, dans le Somerset, pour un coût total de 16 milliards de livres sterling (18,9 milliards d‘euros).

Le groupe public français, qui doit encore boucler le financement du projet et soumettre à Bruxelles certaines dispositions de l‘accord au titre des aides d‘Etat, se donne toutefois jusqu‘à juillet 2014 pour prendre une décision finale d‘investissement dans la centrale, dont la mise en service est annoncée pour 2023.

EDF prévoit de détenir 45% à 50% de Hinkley Point C, 30% à 40% revenant aux chinois China General Nuclear Corp et China National Nuclear Corp, et 10% au français Areva, fabricant du réacteur EPR dont deux exemplaires sont retenus pour le projet.

Des discussions ont également lieu avec “une sélection d‘investisseurs” intéressés par le projet, dont la participation pourrait aller jusqu‘à 15%.

EDF cherche ainsi à partager au maximum les risques du projet, dont le coût de construction doit atteindre 14 milliards de livres auxquels s‘ajouteront 2 milliards de livres qui incluent le financement de l‘achat de terrains, l‘obtention des autorisations, la construction d‘une installation de stockage de combustible usé et la formation d‘une équipe de 900 personnes.

Les 19 milliards d‘euros du projet (en valeur de 2012) se comparent aux budgets des EPR français de Flamanville (Manche) et d‘OL3, en Finlande, qui connaissent d‘importants retards et dont les coûts sont estimés autour de 8,5 milliards d‘euros pour un seul réacteur dans chaque cas.

30% DE BÉTON EN PLUS QU‘À FLAMANVILLE

EDF a en particulier mis en avant la nécessité d‘adapter le design de la centrale aux exigences réglementaires britanniques et souligné les spécificités du site de Hinkley Point, qui impose des travaux marins beaucoup plus importants qu‘à Flamanville et ne bénéficiera pas, contrairement au site français, d‘infrastructures déjà présentes.

Des travaux de fondations plus importants seront en outre nécessaires à Hinkley Point et les quantités de béton sur le site augmenteront au total de plus de 30%.

EDF estime néanmoins avoir tiré les leçons des chantiers d‘EPR en cours en France et en Chine, ce qui lui permettra de compenser les surcoûts propres à Hinkley Point.

Le projet Hinkley Point C bénéficierait sur 35 ans d‘un tarif de rachat garanti de 92,5 livres sterling par mégawatt/heure (MWh), le mécanisme envisagé (“contract for difference”) prévoyant que le groupe rembourse un trop-perçu si les prix de marché dépassent le tarif et que, dans le cas contraire, il reçoive un paiement complémentaire.

Le tarif garanti, qui doit être examiné par la Commission européenne, serait même réduit à 89,5 livres si EDF lançait la construction de deux autres EPR à Sizewell C, dans le Suffolk, pour lesquels le groupe a engagé des études et bénéficierait d‘un effet de série.

Sur ces bases, EDF vise un taux de rentabilité du projet (TRI) d‘environ 10%.

PROTECTION CONTRE LES RISQUES RÉGLEMENTAIRES

Le groupe, qui prévoit de comptabiliser le projet par mise en équivalence, indique qu‘une dette garantie par le Trésor britannique financera les coûts globaux de construction avant la mise en service à hauteur de 65%, le solde devant provenir des fonds propres des entreprises du consortium.

“Nous ne sommes absolument pas sous pression concernant la dette du groupe et la flexibilité financière”, a dit le PDG d‘EDF Henri Proglio lors d‘une conférence de presse à Londres.

Le groupe souligne également que le risque lié à la construction de la centrale sera partagé avec ses partenaires, en particulier en cas de dérapages du calendrier et du budget, et qu‘il bénéficiera d‘une protection contre d‘éventuels changements législatifs et réglementaires.

Déjà confronté à des lourds investissements dans son parc nucléaire français, EDF avait dû se mettre en quête de nouveaux partenaires après la décision du britannique Centrica de se retirer des projets de nouveaux réacteurs britanniques.

EDF a déjà finalisé les principaux termes des contrats avec les plus importants fournisseurs du projet - Bouygues TP et Laing O‘Rourke pour l‘ingénierie civile, Costain pour les travaux maritimes, Alstom pour les turbines et Areva pour la chaudière nucléaire, les systèmes de contrôle-commande et les combustibles.

En Bourse, l‘action EDF gagne 0,78% à 15h30. “Dans le temps, l‘impact sur la valorisation dépendra largement de la capacité d‘EDF à construire le projet dans les temps et en (en respectant) le budget”, ont souligné dans une note les analystes de Morgan Stanley.

L‘action Areva fait pour sa part un bond (+8,68%) dans des volumes de transactions étoffés, de même qu‘Alstom (+3%).

François Hollande a évoqué un “investissement historique, qui illustre la vitalité de la coopération bilatérale franco-britannique”. Le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg a estimé que le projet devrait permettre de créer “plus de 7.500 emplois directs et indirects en France”.

Hinkley Point C pourrait créer 25.000 emplois au Royaume-Uni durant sa phase de construction.

Avec Geert De Clercq, édité par Dominique Rodriguez

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