25 septembre 2013 / 09:52 / il y a 4 ans

Aux USA, la menace de la dette de plus en plus crédible

Le Capitole, le siège du Congrès américain. Les investisseurs ont une telle confiance dans la signature des Etats-Unis qu'ils minimisent généralement le risque de voir Washington incapable d'honorer ses engagements. Mais aujourd'hui, le blocage politique semble en mesure de conduire à l'inimaginable: un défaut sur des emprunts d'Etat américains. /Photo prise le 31 juillet 2013/Larry Downing

par Jason Lange

WASHINGTON (Reuters) - Les investisseurs ont une telle confiance dans la signature des Etats-Unis qu'ils minimisent généralement le risque de voir Washington incapable d'honorer ses engagements.

Mais aujourd'hui, le blocage politique semble en mesure de conduire à l'inimaginable: un défaut sur des emprunts d'Etat américains.

Certains responsables des deux grands partis ne cachent désormais plus leur crainte de voir le Trésor obligé de gérer une telle situation dès la fin du mois prochain si le Congrès refuse d'autoriser de nouveaux emprunts.

Parmi les principaux motifs de préoccupation figure la volonté des élus républicains d'obtenir des coupes dans les dépenses publiques en échange du relèvement du plafond d'endettement de l'Etat fédéral, actuellement fixé à 16.700 milliards de dollars (12.300 milliards d'euros).

Or Washington a déjà coupé dans pratiquement tous les postes budgétaires, à l'exception de ceux de la protection sociale. Pour aller plus loin, le Congrès devrait donc voter des réductions des pensions de retraite ou de l'assurance santé des seniors, des mesures forcément impopulaires.

"Les conditions d'un accord sont en train de se raréfier", estime Tony Fratto, un porte-parole de la Maison blanche durant la présidence de George W. Bush qui travaille aujourd'hui pour le cabinet de conseil Hamilton Place Strategies. "Les seuls choix qui restent sont difficiles."

Ces derniers jours, les débats au Congrès n'ont pas porté sur le plafond de la dette mais sur les conditions permettant d'éviter une fermeture pure et simple de la plupart des administrations fédérales lorsque leurs budgets seront épuisés à la fin du mois.

Désormais, même le secrétaire au Trésor Jack Lew, dont le rôle consiste généralement à tenter de donner confiance à Wall Street, ne cache plus son inquiétude.

Les capacités d'emprunt des Etats-Unis seront épuisées au plus tard le 17 octobre, date à laquelle la trésorerie du pouvoir fédéral ne sera plus que de 30 milliards de dollars (22,2 milliards d'euros), a-t-il averti mercredi dans une lettre adressée aux dirigeants du Congrès pour les exhorter à voter rapidement un relèvement du plafond de la dette.

"Si le gouvernement devait se retrouver dans l'incapacité de régler toutes ses factures, le résultat pourrait être catastrophique", affirme-t-il.

Jack Lew a raison de se dire anxieux, estime Steve Bell, analyste du Bipartisan Policy Center, qui prédit que l'Etat fédéral sera incapable de rembourser ses échéances entre le 18 octobre et le 5 novembre.

Ce républicain, ancien directeur de cabinet de la commission budgétaire du Sénat, ajoute qu'il n'a pas été aussi préoccupé par la perspective d'un défaut sur la dette depuis 40 ans.

PENSER L'IMPENSABLE

Un tel défaut ne manquerait pas d'ébranler la confiance et de faire remonter en flèche les coûts du crédit, au risque de faire plonger la première économie mondiale dans une nouvelle crise.

Avant le dernier relèvement en date du plafond de la dette, en 2011, Washington avait frôlé le défaut et cette situation est l'un des éléments qui avaient conduit cette année-là l'agence Standard & Poor's à priver les Etats-Unis de la note suprême "triple A".

La crise avait été réglée par un compromis entre le Congrès et la Maison blanche avalisant des coupes claires dans de nombreux budgets, tout en préservant ceux de la Sécurité sociale et de Medicare, l'assurance santé publique des personnes âgées.

Aujourd'hui, un tel accord serait plus difficile à conclure, tout simplement parce que les dépenses non indispensables ont déjà été réduites, voire supprimées. "Je me sens moins à l'aise aujourd'hui que je ne l'étais en 2011", explique Steve Bell.

Pour l'instant, les investisseurs jugent toujours minime le risque d'un défaut: sur le marché des "credit default swaps" (CDS), il n'en coûte que 28.000 dollars pour assurer 10 millions de dollars de dette souveraine américaine à cinq ans. Un niveau certes en hausse ces derniers jours, mais loin d'avoir atteint le pic de 63.000 dollars de juillet 2011.

Mardi, Jack Lew a estimé que la confiance des investisseurs dans la possibilité d'un accord sur le plafond de la dette était sans doute "plus élevée qu'elle ne le devrait", a rapporté Bloomberg.

L'inquiétude affichée par le secrétaire au Trésor tranche avec le discours de son prédécesseur, Timothy Geithner, qui, en 2011, jugeait "impensable" un défaut.

De nombreux républicains sont favorables à un compromis qui établirait une liste de créanciers prioritaires au cas où le Trésor serait à court de liquidités. Mais la Maison blanche a déjà annoncé qu'elle opposerait son veto à un tel texte.

L'évocation d'une telle perspective, inimaginable il y a quelques années encore, laisse le champ libre au doute pour les investisseurs.

"Le simple fait qu'il y ait une incertitude est en soi un nouvel élément, et il est effrayant", dit Alice Rivlin, ancienne présidente du Congressional Budget Office (CBO), un organe de surveillance budgétaire du Congrès.

Le risque d'un défaut n'a jamais été aussi élevé, ajoute cette ex-membre de l'administration Clinton.

"Il y a quelques années, on aurait dit : 'ne soyez pas stupides, bien sûr que le plafond de la dette sera relevé'. Mais plus personne ne peut affirmer cela aujourd'hui."

Marc Angrand pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat

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