2 septembre 2013 / 14:28 / dans 4 ans

Le fonds souverain du Qatar s'étoffe pour diversifier ses avoirs

Le fonds souverain du Qatar, dirigé par le général Ahmed Al-Sayed (photo), est en train de débaucher des banquiers chevronnés pour réduire sa dépendance vis-à-vis de l'Europe et diversifier ses avoirs, notamment en Asie et aux Etats-Unis. /Photo d'archives/REUTERS

par Dinesh Nair

DUBAI (Reuters) - Le fonds souverain du Qatar, l‘un des investisseurs les plus actifs de la planète, est en train de débaucher des banquiers chevronnés pour réduire sa dépendance vis-à-vis de l‘Europe et diversifier ses avoirs, a-t-on appris de sources informées.

Sous la houlette de son nouveau directeur général Ahmed Al-Sayed, le fonds aux plus de 100 milliards de dollars d‘actifs cherche des opportunités en Asie et aux Etats-Unis.

Les nominations en cours reflètent la volonté de rééquilibrer un portefeuille actuellement exposé à hauteur de près de 80% en Europe, selon les sources.

Ahmed Al-Sayed, réputé pour ses talents de négociateur, a pris en juillet la tête du fonds QIA (Qatar Investment Authority) à la demande de l‘émir Cheikh Tamim bin Hamad al-Thani, arrivé au pouvoir après l‘abdication de son père.

Sa nomination en soi était déjà un événement dans la mesure où il n‘est pas membre de la famille au pouvoir. Son prédécesseur, l‘ancien Premier ministre Cheikh Hamad bin Jassim al-Thani, était un cousin de l‘émir.

Depuis l‘arrivée d‘Al-Sayed, le fonds a multiplié les embauches de banquiers et de gérants expérimentés, spécialistes aussi bien des fusions en acquisitions en Asie que du marché du luxe en Europe.

Qatar Holding, la filiale d‘investissement du fonds souverain, a ainsi engagé Ugo Arzani, une figure de Bank of America Merrill Lynch à Londres, pour diriger ses investissements dans les secteurs des produits de consommation et de la distribution, ont indiqué les sources en demandant à ne pas être identifiées.

Jason Chew, précédemment responsable des opérations chinoises chez Pramerica Real Estate Investors, a quant à lui été recruté pour sa connaissance du marché de l‘immobilier en Asie.

La nomination de ces deux professionnels, qui prendront leurs nouvelles fonctions en septembre, fait suite à celle en août de Michael Cho, un vétéran de Merrill Lynch à Hong Kong qui est un spécialiste des fusions et acquisitions.

En juillet, Stefan Frank, un ancien de Deutsche Bank à Francfort, avait été nommé responsable de la stratégie de QIA.

MOINS D‘EUROPE

“Ahmed est extrêmement ambitieux et sait très bien qu‘il lui faut des pointures en Asie et aux Etats-Unis pour créer un fonds souverain à dimension mondiale. L‘équipe actuelle est très compétente mais son expertise est surtout en Europe”, a dit une des sources.

“Le connaissant, il doit avoir à coeur de faire monter le fonds d‘un échelon, au niveau des Adia ou GIC. Il ne se satisfera de rien de moins.”

Adia (Abu Dhabi Investment Authority), le fonds souverain d‘Abou Dhabi, gère des actifs estimés entre 400 et 600 milliards de dollars. GIC, son équivalent de Singapour, gère pour 250 milliards de dollars d‘actifs.

Un porte-parole de QIA à Londres s‘est refusé à tout commentaire sur les informations obtenues par Reuters.

Le fonds du Qatar, dont l‘essentiel des ressources provient de la manne gazière de l‘émirat, a investi ces dernières années dans de grands groupes européens allant de Porsche à Barclays en passant par le Crédit Suisse.

Il détient aussi des participations minoritaires dans la compagnie pétrolière Royal Dutch Shell et le géant des matières premières Glencore.

En France, QIA est le premier actionnaire de Lagardère avec près de 13% du capital selon les données de Thomson Reuters et il a des participations dans des groupes du CAC 40 comme Total (environ 3%), Vinci (5,2%) ou Veolia Environnement (4,7%).

En comparaison, les investissements du fonds ont été limités en Asie et aux Etats-Unis, où il entend désormais prospecter plus sérieusement.

Ses nouvelles recrues lui apporteront également l‘expérience nécessaire pour procéder à des opérations plus complexes impliquant par exemple l‘émission d‘obligations.

“Les investissements qui généraient des retours à deux chiffres se font plus rares. Le fonds cherche à réaliser davantage de montages complexes ou hybrides et pour cela il devrait encore faire venir de l‘expertise”, a dit une source bancaire.

Pour autant, le critère principal pour ces opérations restera leur rendement anticipé plutôt que les considérations géographiques, a noté cette source.

“Au bout du compte, ce sont des investisseurs qui ont pour mission de générer du retour sur capital”, a-t-elle conclu.

Véronique Tison pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat

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