26 juillet 2013 / 07:18 / dans 4 ans

Un an après, la promesse de Mario Draghi se suffit à elle-même

par Sakari Suoninen et Andreas Framke

Un an après sa promesse de faire "tout ce qu'il faudra" pour sauver l'euro, Mario Draghi peut se targuer d'avoir réussi à éviter le pire mais le président de la Banque centrale européenne sait qu'il risque encore d'être mis à l'épreuve. /Photo prise le 4 juillet 2013/REUTERS/Ralph Orlowski

FRANCFORT (Reuters) - Un an après sa promesse de faire “tout ce qu‘il faudra” pour sauver l‘euro, Mario Draghi peut se targuer d‘avoir réussi à éviter le pire mais le président de la Banque centrale européenne sait qu‘il risque encore d‘être mis à l‘épreuve.

La situation s‘améliore mais reste fragile en Espagne et en Italie, et un retour des turbulences obligerait la BCE à donner de la substance à l‘engagement pris par son président le 26 juillet 2012.

A l‘époque, les marchés financiers pariaient sur l‘éclatement de la zone euro. En quelques mots, “Super Mario” a changé le cours de la crise.

“Dans le cadre de notre mandat, la BCE est prête à faire ce qu‘il faudra pour préserver l‘euro. Et croyez-moi, ce sera suffisant”, avait-il dit par une chaude journée d‘été à Londres.

Les mots ont suffi à calmer les marchés mais il a fallu encore six semaines d‘efforts et de diplomatie pour mettre au point un plan d‘attaque et annoncer que la BCE pourrait racheter des quantités illimités d‘obligations souveraines des pays qui en feraient la demande, moyennant le respect de strictes conditions.

Un an après, ce plan baptisé OMT (Opérations monétaires sur titres) n‘a toujours pas eu à servir.

Pour les marchés, le plan OMT est comme la dissuasion nucléaire -la menace se suffit à elle-même. Draghi lui-même y a vu un coup de maître. “Il est vraiment très difficile de ne pas reconnaître que l‘OMT a été probablement la mesure de politique monétaire la plus réussie de l‘époque récente”, a-t-il dit le mois dernier.

Les investisseurs en conviennent.

“Les mots de Draghi ont changé la donne”, admet Michael Herzum, chez Union Investment à Londres. “En réduisant considérablement la possibilité d‘un éclatement de la zone euro, ils ont éliminé le risque systémique du marché”.

Avant le discours de juillet 2012, la Grèce, puis l‘Irlande et le Portugal avaient rendu les armes, demandant à leurs partenaires européens des plans d‘aide pour renflouer leurs finances publiques. L‘Espagne a suivi en obtenant des fonds pour son secteur bancaire.

La dette périphérique n‘était pas seule à sombrer. L‘euro avait perdu plus de 15% de sa valeur face au dollar dans l‘année ayant précédé le discours de Londres. Depuis lors, les choses se sont inversées et la monnaie unique s‘est appréciée de 9% face au billet vert.

Les marchés boursiers aussi ont repris des couleurs, à l‘image de l‘indice paneuropéen FTSEurofirst qui a gagné près de 20% en un an. Du côté des obligations, les rendements des emprunts à 2 ans de l‘Italie et de l‘Espagne sont passés de respectivement 5% et 6,4% à moins de 2%, réduisant considérablement le service de la dette de ces deux pays.

Dans ce contexte, la zone euro a été capable d‘absorber le choc du sauvetage de Chypre cette année. Les épargnants les plus fortunés ont vu leurs comptes en banque ponctionnés mais il n‘y a pas eu d‘effet de contagion.

RETOUR À LA CROISSANCE

Les enquêtes PMI de Markit publiées mercredi ont pointé vers un retour à la croissance ce mois-ci dans la zone euro, pour la première fois depuis 17 mois, un beau cadeau pour le premier anniversaire du discours choc de Draghi.

Mais il est trop tôt pour crier victoire. Les pays endettés restent condamnés à l‘austérité pour retrouver leur compétitivité et, comme la crise l‘a montré, les marchés peuvent perdre confiance très vite.

Le calme revenu sur les marchés, la BCE donne l‘impression de reculer les poteaux de but, comme si elle espérait ne pas avoir à appliquer un jour son plan d‘urgence.

Le cadre légal des OMT n‘a toujours pas été publié et ne le sera pas tant que le mécanisme ne sera pas mis en oeuvre, a dit Draghi ce mois-ci.

“En fait Draghi espère qu‘il n‘aura jamais à traduire sa parole en actes”, dit Frank Oland Hansen, économiste chez Danske Bank. “Avant son discours, il n‘était pas clair si la BCE était ou non prêteur en dernier ressort. Maintenant Draghi est tenu par sa promesse.”

Mais racheter des obligations à une échelle massive ne serait pas sans complications. La Cour constitutionnelle allemande de Karlsruhe n‘a pas fini d‘examiner la légalité des OMT et le fait d‘activer le mécanisme pourrait l‘irriter.

Comme les armes nucléaires, la force des OMT vient de la menace qu‘elles représentent, non de leur utilisation. Et pour ne pas avoir à y recourir, la BCE cherche à développer des armes plus conventionnelles, comme la promesse, nouvelle, de maintenir les taux à un niveau bas pendant une période prolongée.

Cette communication sur la trajectoire future des taux a été faite en réponse à l‘agitation suscitée sur les marchés par l‘annonce par la Réserve fédérale d‘un ralentissement prochain de ses propres rachats d‘obligations.

Mais l‘impact de cette innovation s‘est rapidement estompé, du fait de déclarations contradictoires de membres de la BCE qui ont amené les marchés à y voir non plus un engagement sur la durée mais simplement l‘expression d‘une hypothèse de base.

Or, dit Michael Woodord, professeur à l‘Université de Columbia, “les indications sur l‘orientation future de la politique monétaire ne seront efficaces que si elles intègrent un engagement à agir à l‘avenir, différent de ce qui aurait été compris en l‘absence d‘annonce.”

Livrer de simples prévisions à la place de promesses “sape la finalité de la communication sur l‘orientation future et peut même avoir des effets pervers.”

Avec Paul Carrel et Arno Schütze; Véronique Tison pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat

0 : 0
  • narrow-browser-and-phone
  • medium-browser-and-portrait-tablet
  • landscape-tablet
  • medium-wide-browser
  • wide-browser-and-larger
  • medium-browser-and-landscape-tablet
  • medium-wide-browser-and-larger
  • above-phone
  • portrait-tablet-and-above
  • above-portrait-tablet
  • landscape-tablet-and-above
  • landscape-tablet-and-medium-wide-browser
  • portrait-tablet-and-below
  • landscape-tablet-and-below