15 juillet 2013 / 15:31 / dans 4 ans

Ouverture du procès d'un ex-trader français de Goldman Sachs

par Nate Raymond

Fabrice Tourre, un Français de 34 ans, ancien trader de Goldman Sachs, accusé par l'autorité financière américaine d'avoir trompé les investisseurs. Le procès intenté au civil par la Securities and Exchange Commission (SEC) contre cet ancien employé de l'un des acteurs emblématiques de la finance à haut risque qui a débouché sur la crise financière de 2008, s'ouvre ce lundi à New York par la sélection du jury. /Photo prise le 15 juillet 2013/REUTERS/Lucas Jackson

NEW YORK (Reuters) - Le procès intenté par la Securities and Exchange Commission (SEC) contre un ancien trader français de Goldman Sachs, l‘un des acteurs emblématiques de la finance à haut risque qui a débouché sur la crise financière de 2008, s‘ouvre lundi à New York.

La sélection du jury doit commencer à la Cour fédérale de New York dans le cadre du procès en civil contre Fabrice Tourre, un Français de 34 ans qui selon l‘autorité financière américaine a trompé les investisseurs en leur proposant un produit complexe, appelé Abacus 2007-AC1, qui comprenait des titres adossés à des créances hypothécaires.

Il s‘agit du procès le plus important issu de l‘enquête de la SEC sur les évènements ayant conduit à la crise de 2008.

Pour simplifier, comme l‘a résumé la juge de district Katherine Forrest le mois dernier, la SEC accuse le trader français “d‘avoir présenté au Petit Chaperon rouge une invitation à aller voir sa grand-mère tout en occultant le fait que celle-ci était écrite par le Grand Méchant Loup.”

Selon la SEC, le loup en question était John Paulson, gérant de “hedge fund” milliardaire, célèbre pour avoir parié contre les titres hypothécaires à risque, les fameux “subprimes”, qui ont été le grand élément déclencheur de la crise.

En 2006, le fonds alternatif de John Paulson, Paulson & Co, s‘est adressé à Goldman Sachs pour lui demander de l‘aider à prendre des positions contre les “subprimes”, indique la SEC.

Ils ont discuté d‘Abacus, qui permettrait à John Paulson de choisir les actifs sous-jacents du portefeuille de prêts immobiliers, puis de jouer contre ces titres via un outil de couverture des risques appelé credit default swap (CDS).

“FABULOUS FAB”

A l‘époque, Fabrice Tourre avait 28 ans et travaillait pour Goldman Sachs à New York. Il est devenu l‘employé de la banque le plus actif sur Abacus, connu dans le métier sous le nom d‘obligation collatéralisée synthétique.

Selon l‘autorité des marchés américaine, les documents commerciaux d‘Abacus ne mentionnaient pas le rôle de John Paulson dans le choix des actifs sous-jacents, mais indiquait au contraire que la société ACA Capital Holdings en était chargée.

Le but de Fabrice Tourre, estime la SEC, était d‘inciter les investisseurs à acheter le produit.

Dans un email souvent cité à sa petite amie le 23 janvier 2007, il disait des marchés financiers: “L‘édifice entier risque de s‘effondrer. Seul survivant potentiel, ”Fabulous Fab“ (...) debout au milieu de toutes ces opérations complexes, à fort effet de levier, exotiques, qu‘il a créé sans forcément saisir toutes les implications de ces monstruosités.”

Quand le marché des “subprimes” s‘est retourné, les investisseurs, y compris IKB Deutsche Industriebank et ABN AMRO Bank NV, aujourd‘hui détenue par RBS, ont perdu plus d‘un milliard de dollars, dit la SEC. Pendant ce temps, John Paulson a gagné environ un milliard, ajoute-t-elle.

La SEC a attaqué le trader et Goldman Sachs en justice en avril 2010. Elle accuse Fabrice Tourre de fraude, de négligence, ainsi que d‘avoir aidé et encouragé Goldman Sachs à violer la réglementation financière. John Paulson n‘a pas été attaqué et Goldman Sachs a accepté en juillet 2010 de verser 550 millions de dollars pour obtenir l‘abandon des poursuites.

Fabrice Tourre, qui a quitté Goldman et poursuit un doctorat en finances à l‘Université de Chicago, a refusé une offre de solution à l‘amiable, selon une source proche du dossier.

Ses avocats tenteront de prouver que les investisseurs avaient les moyens d‘analyser les actifs sous-jacents et qu‘il n‘était donc pas important de savoir qui les choisissait.

Il soulignera en outre que les investisseurs auraient dû savoir qu‘il s‘agissait de John Paulson étant donné les nombreux articles sortis dans la presse de l‘époque sur la question.

David Henry à New York et Tanya Agrawal à Bangalore; Juliette Rouillon pour le service français, édité par Véronique Tison

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