28 mai 2013 / 14:34 / dans 4 ans

Paris minimise son différend avec Berlin sur le solaire chinois

La France s'efforce de minimiser son différend avec l'Allemagne sur les droits antidumping que la Commission européenne s'apprête à imposer sur les panneaux solaires chinois, qui touche pourtant une corde sensible dans leur relation. La Commission a décidé de protéger l'industrie du Vieux Continent en appliquant à partir du 6 juin une surtaxe provisoire de 47% pendant six mois, éventuellement transformée en taxe définitive si les pratiques chinoises ne cessent pas. /Photo prise le 23 février 2013/REUTERS

par Julien Ponthus

PARIS (Reuters) - La France s‘efforce de minimiser son différend avec l‘Allemagne sur les droits antidumping que la Commission européenne s‘apprête à imposer sur les panneaux solaires chinois, qui touche pourtant une corde sensible dans leur relation.

L‘exécutif européen accuse Pékin de vendre ses produits en dessous des coûts de production pour étouffer ses concurrents européens, une pratique interdite par l‘Organisation mondiale du commerce (OMC) et contre laquelle l‘UE dispose d‘outils.

La Commission, dont le commerce est une compétence exclusive, a décidé de protéger l‘industrie du Vieux Continent en appliquant à partir du 6 juin une surtaxe provisoire de 47% pendant six mois, éventuellement transformée en taxe définitive si les pratiques chinoises ne cessent pas.

Cette option est dénoncée par l‘Allemagne, qui craint une guerre commerciale avec la Chine et a obtenu le soutien d‘une moitié des pays de l‘UE pour s‘y opposer, mais soutenue par la France, qui veut défendre l‘UE contre une concurrence déloyale.

Les autorités françaises, qui travaillent avec l‘Allemagne sur des propositions de relance de l‘Union européenne et d‘achèvement de l‘Union économique et monétaire, ont tenté mardi de minimiser cette divergence de vues.

“Ce n‘est pas parce que l‘on se rapproche sur les grands sujets structurels que sur la gestion de chaque dossier on doit être d‘accord sur tout, cela ne me paraît pas incompatible”, juge une source gouvernementale.

Une source proche de l‘Elysée minimise l‘idée d‘un conflit de fond entre Paris et Berlin, notant que la France soutient en général les décisions de la Commission en matière de droits antidumping alors que l‘Allemagne les juge au cas par cas.

SOLUTION À L‘AMIABLE ?

On ajoute que les craintes allemandes de rétorsions commerciales chinoises sont compréhensibles et que la France souhaite aussi trouver un compromis à l‘amiable avec la Chine, qui exporte des panneaux solaires vers l‘Union européenne pour un montant de 21 milliards d‘euros par an.

“Le mieux, c‘est qu‘à l‘issue de cette procédure, d‘ici six mois, la Commission et la Chine trouvent une solution”, dit cette source qui espère éviter un long contentieux à l‘OMC.

Mais Paris soutient franchement la Commission européenne, qui ne peut être suspectée de visées protectionnistes, au risque de déclencher un affrontement avec Berlin.

“La Commission a fait une enquête qui montre qu‘il y a quand même un sujet de concurrence”, indique-t-on à Paris, démontrant que le gouvernement est pleinement sur la ligne énoncée lundi par le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg.

“Saisir l‘OMC n‘est pas une mesure protectionniste, prendre des mesures antidumping est une mesure légitime, l‘OMC est là pour résoudre ce type de contentieux, ce n‘est pas une mesure protectionniste en tant que telle”, ajoute la source, qui regrette l‘image division renvoyée par les Vingt-Sept.

On signale aussi à Paris que l‘Allemagne avait dans un premier temps soutenu le projet du commissaire européen au Commerce, Karel De Gucht, et que c‘est une entreprise allemande, Solar World qui est à l‘origine de la plainte pour dumping contre les fabricants chinois.

LA COMMISSION IRA JUSQU‘AU BOUT

Mais la chancelière allemande a changé son fusil d‘épaule en assurant au Premier ministre chinois Li Keqiang en visite dimanche dans son pays que l‘Allemagne, premier partenaire commercial européen de la Chine, ferait tout son possible pour éviter l‘aggravation du conflit.

La question des panneaux solaires chinois “pourrait être évoquée en marge” des discussions que doivent avoir jeudi Angela Merkel et François Hollande à Paris mais l‘Elysée s‘attend quand même à voir la Commission aller jusqu‘au bout.

A Bruxelles, le pourtant très libéral belge Karel De Gucht, a confirmé que ce serait le cas.

“Ils (les Chinois) ne vont pas m‘impressionner en faisant pression sur des Etats membres”, a-t-il dit devant la commission du Commerce du Parlement européen.

De fait, la Commission est souveraine pour imposer des droits antidumping provisoires pendant six mois et une majorité qualifiée des Etats membres est nécessaire pour s‘opposer à leur transformation en taxes définitives.

Malgré le ton assuré du commissaire, le dossier illustre les divisions de plus en plus nettes au sein de l‘UE sur les relations avec la Chine, deuxième partenaire commercial des Vingt-Sept, et la France risque d‘être relativement isolée.

Reuters a contacté 21 des 27 Etats membres et 15 d‘entre eux ont dit s‘opposer au relèvement des droits de douane, contre six seulement qui soutiennent le commissaire De Gucht. Les six autres ont refusé de répondre ou n‘étaient pas joignables.

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