25 avril 2013 / 09:15 / il y a 4 ans

Les actionnaires d'Accor dénoncent les fonds "prédateurs"

Le nouveau trio provisoire placé à la tête d'Accor, lors de l'assemblée générale du groupe, jeudi à Paris: le directeur général Yann Caillère, le président non exécutif du conseil Philippe Citerne et le vice-président du conseil Sébastien Bazin, directeur général de Colony Capital Europe (de gauche à droite). La mise en place de cette nouvelle organisation a suscité moqueries et critiques de la part d'actionnaires et de salariés sceptiques sur le bien-fondé de l'éviction du PDG Denis Hennequin. /Photo prise le 25 avril 2013/Jacky Naegelen

par Cyril Altmeyer

PARIS (Reuters) - Des actionnaires et des salariés d'Accor ont accusé jeudi les fonds Colony Capital et Eurazeo de se comporter comme les propriétaires du groupe, des "prédateurs" pressés de réaliser une plus-value rapide au détriment du développement du numéro quatre mondial de l'hôtellerie.

Le trio provisoire placé à la tête d'Accor a essuyé moqueries et critiques lors d'une assemblée générale par moments houleuse organisée deux jours seulement après l'éviction du PDG Denis Hennequin, troisième patron remercié par le groupe en huit ans.

L'arrivée à la vice-présidence du conseil de Sébastien Bazin, directeur général de Colony Capital Europe, l'un des deux actionnaires de référence du groupe avec Eurazeo, a cristallisé la colère des syndicats et des petits porteurs qui y voient une mainmise accrue des deux fonds, qui ne détiennent à eux deux que 21,4% du capital.

Les actionnaires et des représentants des salariés se sont montrés sceptiques quant au bien-fondé de l'éviction de Denis Hennequin, censée permettre d'accélérer l'amélioration de la rentabilité du groupe hôtelier.

En Bourse, l'action Accor a repris 2,45% à 25,53 euros jeudi, après avoir perdu 4% lors des deux séances précédentes.

Philippe Citerne, devenu mardi le président non exécutif du conseil dont il était auparavant le vice-président, a salué le "travail remarquable" réalisé par Denis Hennequin, suscitant des rires parmi les actionnaires réunis dans un Novotel parisien.

Lorsqu'il a mentionné les "perspectives de développement de carrière" au sein d'Accor, un actionnaire a lancé : "Ah oui ! on les voit !"

"COUP D'ETAT"

Deux représentantes du comité central d'entreprise ont déploré la démission du conseil d'administration en janvier de Franck Riboud, insistant sur l'esprit d'indépendance du PDG de Danone. Elles ont aussi accusé les deux fonds d'avoir mené un "coup d'Etat", en déplorant qu'ils se comportent en propriétaires de l'entreprise.

"Prédateurs !" a alors crié une actionnaire.

Colony Capital, entré en 2005 chez Accor par le biais d'une augmentation de capital d'un milliard d'euros, n'est pas un actionnaire court-termiste, s'est défendu Sébastien Bazin.

"Il y a des mots qui ont été utilisés qui sont très forts : 'odieux, impitoyables, financiers' (...) Il n'y a pas de vision financière sans une vision industrielle, cela n'existe pas", a-t-il dit. "J'aime probablement ce groupe autant que ceux qui sont dans cette salle."

Paul Dubrule, l'un des cofondateurs du groupe en 1967, s'est montré critique sur la politique de redistribution de dividendes aux actionnaires, qui toucheront 0,76 euro par action au titre de 2012 contre 1,15 euro pour 2011, exercice qui comprenait un dividende exceptionnel.

"Avec Gérard (Pélisson) on a passé 40 ans de notre vie à courir après l'argent pour développer l'entreprise", a-t-il confié à l'issue de l'AG. "On l'a rendu aux actionnaires qui ne le demandaient pas d'ailleurs, à part les deux fonds. Rendre l'argent aux actionnaires, c'est criminel."

Accor, qui est dans un secteur porteur, s'en est pourtant relativement bien tiré pour l'instant, a-t-il observé. "On n'a pas cassé la machine, elle peut redémarrer. Mais si on casse la machine, il y a un risque soit de démantèlement, soit d'OPA."

SCISSION DE L'IMMOBILIER ÉTUDIÉE ET ÉCARTÉE

Plusieurs dizaines de manifestants, essentiellement de la CFDT, premier syndicat du groupe, ont manifesté devant l'hôtel où se déroulait l'assemblée générale.

Syndicats et analystes craignent une scission des actifs immobiliers d'Accor, une stratégie que le fonds Colony, spécialiste de l'immobilier, a déjà tentée en vain chez Carrefour

Philippe Citerne a dit lors d'un point de presse à l'issue de l'AG que le projet de scission de l'immobilier, étudié "très longuement" en 2012, avait été écarté.

Yann Caillère, promu directeur général alors qu'il était auparavant DG délégué, aura un "mandat de plein exercice" pendant cette période de transition qui devrait durer quelques mois, ont expliqué Sébastien Bazin et Philippe Citerne.

"Je ne vais pas m'installer dans ce fauteuil le restant de mes jours", a déclaré Philippe Citerne. "Notre intérêt n'est pas de prolonger cette période."

Sébastien Bazin a écarté toute idée de décélération de la stratégie d'Accor en raison de cette période de transition.

Edité par Dominique Rodriguez

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