17 février 2013 / 14:05 / il y a 5 ans

Le G20 n'a pas clos le débat sur les dévaluations

Les pays du G20 ont beau avoir promis d'une seule voix samedi de ne pas favoriser la dépréciation de leurs monnaies dans le but de doper leurs exportations, il ne faut pas s'attendre à un retour au calme rapide sur le marché des changes. /Photo prise le 15 février 2013/Maxim Shemetov

par Jan Strupczewski

MOSCOU (Reuters) - Les pays du G20 ont beau avoir promis d'une seule voix samedi de ne pas favoriser la dépréciation de leurs monnaies dans le but de doper leurs exportations, il ne faut pas s'attendre à un retour au calme rapide sur le marché des changes.

Car si les ministres des Finances et les banquiers centraux du Groupe des 20 peuvent s'engager à ne pas dévaluer directement, rien ne permet de garantir que leur monnaie ne continuera pas de souffrir des injections massives de liquidités par les banques centrales, censées soutenir l'activité économique.

"Nous nous abstiendrons de procéder à des dévaluations compétitives", peut-on lire dans le communiqué publié samedi à l'issue de la réunion de Moscou. "Nous ne poursuivrons pas d'objectifs de taux de change à des fins de concurrence, nous résisterons à toutes les formes de protectionnisme et nous maintiendrons nos marchés ouverts."

Mais ce sont bel et bien les politiques monétaires ultra-accommodantes menées par la Réserve fédérale américaine ou la Banque du Japon afin de favoriser la croissance qui ont fait baisser le dollar et le yen ces derniers mois et alimentent l'essentiel des débats sur les risques de "guerre des monnaies".

Cette situation ne risque pas de changer de sitôt, ce que n'ont pas manqué de souligner samedi la Chine et plusieurs autres pays émergents.

Le président de la Réserve fédérale, Ben Bernanke, a déclaré vendredi que "les Etats-Unis utilisent des outils de politique intérieure pour atteindre des objectifs intérieurs".

De même, Tokyo insiste sur le fait que l'engagement de la Banque du Japon à acheter des quantités illimitées d'emprunts d'Etat sur les marchés vise uniquement à faire sortir l'économie nippone de la récession. Et le G20 a admis que de telles politiques n'avaient rien de répréhensible.

Pourtant, une dévaluation, qu'elle soit délibérée et assumée ou qu'elle constitue l'effet collatéral d'une politique monétaire donnée, reste une dévaluation. La qualifier de "compétitive" ne fait que préciser l'intention qui la sous-tend.

LE JAPON PEUT POURSUIVRE SA POLITIQUE

Le ministre canadien des finances, Jim Flaherty, a ainsi reconnu samedi qu'il était délicat de distinguer une politique monétaire visant strictement à soutenir l'économie nationale d'une politique ayant pour objectif de faire évoluer le taux de change. "C'est assez difficile à évaluer", a-t-il résumé.

Le Japon, même s'il a souligné ces derniers jours qu'il n'était mis en cause ni par le communiqué du G7, ni par celui du G20, reste bien le premier visé par les dernières déclarations, ont souligné des responsables d'autres pays sous couvert de l'anonymat.

Plus précisément, ce sont les déclarations de certains responsables nippons évoquant des objectifs précis de taux de change du yen qui ont irrité les partenaires du Japon.

"Le marché va considérer le communiqué du G20 comme un feu vert à ce qu'il est en train de faire, c'est à dire vendre du yen", explique Neil Mellor, stratège devises de Bank of New York Mellon à Londres. "Ne pas censurer le Japon signifie qu'il va pouvoir relancer la planche à billets."

Le texte du G20 n'offre donc aucun répit aux pays émergents, comme le Brésil, dont les taux d'intérêt relativement élevés attirent les capitaux issus de pays à taux faibles, comme les Etats-Unis, ce qui favorise l'appréciation de leur monnaie et pénalise leurs exportateurs.

Le vice-président de la Banque centrale européenne (BCE), Vitor Constancio, a expliqué que l'engagement du G20 à éviter les dévaluations compétitives concernait surtout le rythme de l'évolution des taux de change.

"Cela vise avant tout à éviter des mouvements trop brusques du taux de change et une évolution du taux de change dans une seule direction, ce qui ne manquerait pas de susciter des interrogations et devrait être débattu", a-t-il dit lors d'une conférence de presse après la réunion.

Si les responsables du G20 ont minimisé le risque de "guerre des monnaies" -une expression que le Brésil n'a pas hésité à employer récemment-, certains s'attendent à ce que le sujet soit de nouveau à l'ordre du jour de prochaines réunions.

"Le G20 doit étudier en permanence ce qui se passe en terme de taux de change parce que cela concerne l'intérêt commun. Tout mouvement désordonné doit faire l'objet de discussions", a dit Vitor Constancio.

Avec Randall Palmer et Ekaterina Golubkva; Marc Angrand pour le service français

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