20 décembre 2012 / 13:23 / dans 5 ans

Jean-Bernard Lévy va devoir mettre Thales en ordre de bataille

par Cyril Altmeyer

L'arrivée de Jean-Bernard Lévy à la tête de Thales ouvre une nouvelle ère pour l'équipementier d'aéronautique et de défense, qui devra continuer à améliorer sa rentabilité tout en se positionnant pour la prochaine vague de consolidation du secteur de la défense en Europe. /Photo prise le 1er mars 2012/REUTERS/Jacky Naegelen

PARIS (Reuters) - L‘arrivée de Jean-Bernard Lévy à la tête de Thales ouvre une nouvelle ère pour l‘équipementier d‘aéronautique et de défense, qui devra continuer à améliorer sa rentabilité tout en se positionnant pour la prochaine vague de consolidation du secteur de la défense en Europe.

Cette nomination, fruit d‘un consensus entre l‘Etat et Dassault Aviation, les deux premiers actionnaires de Thales, intervient deux jours après l‘annonce de la succession de Charles Edelstenne à la tête de l‘avionneur, en janvier.

“Il y a une phase de transition chez Thales qui sera plus longue et complexe que ce qu‘on anticipait. Il faudra gérer des questions d‘ego, ce qui est peut-être un peu problématique à court terme”, juge un analyste.

Pascale Sourisse et Reynald Seznec, qui ont pris la tête des deux zones géographiques de Thales à la suite du remaniement de la direction en juillet, étaient pressentis pour succéder à Luc Vigneron. Mais l‘Etat qui soutenait la première et Dassault Aviation qui préférait le second ont fini par s‘entendre sur Jean-Bernard Lévy.

Près de six mois après avoir quitté avec fracas le groupe de télécoms et de divertissement Vivendi, qu‘il avait contribué à façonner à coup d‘acquisitions, Jean-Bernard Lévy aura pour première mission de remettre de l‘ordre dans la maison Thales, déchirée par la rupture du dialogue entre les syndicats et Luc Vigneron.

“La première étape c‘est la pacification, la deuxième étape ce sont des fusions-acquisitions pour trouver des relais de croissance et ça, il a prouvé qu‘il savait le faire”, estime le même analyste.

A la tête de Vivendi, Jean-Bernard Lévy a notamment mené l‘intégration de Neuf Cegetel dans SFR, l‘acquisition de l‘opérateur télécoms brésilien GVT et la création d‘Activision Blizzard, numéro un mondial des jeux vidéo.

AMÉLIORER ENCORE LES MARGES

Les analystes attendent surtout de lui qu‘il poursuive, voire accélère, le plan d‘économies Probasis de Luc Vigneron destiné à économiser 1,3 milliard d‘euros d‘ici 2014 afin d‘améliorer la rentabilité du groupe.

Thales vise une légère amélioration de sa marge opérationnelle courante à 6% en 2012, contre 5,7% en 2011 et 1,2% en 2009, année de l‘arrivée de Luc Vigneron à sa tête.

“Même si les marges se sont améliorées, il reste encore beaucoup de chemin à parcourir pour rattraper d‘autres valeurs avec des activités similaires”, note Rob Stallard, analyste chez RBC, citant les britanniques BAE Systems et Cobham ou l‘américain Raytheon.

La nomination de Jean-Bernard Lévy, qui dirigeait jusqu‘à présent un groupe où l‘expertise militaire se limitait à la production de jeux vidéo de guerre, suscite des interrogations du fait de sa méconnaissance de l‘art délicat de la négociation de contrats de défense.

Patrice Caine, actuel responsable de la division systèmes de Thales, sera un des “hommes clés” pour accompagner Jean-Bernard Lévy à la direction du groupe, mais la dénomination précise de sa fonction sera déterminée dans les semaines à venir.

Pendant que Jean-Bernard Lévy remettra de l‘ordre chez Thales, le gouvernement va préparer la loi de programmation militaire (LPM), attendue avant l‘été sur la base du Livre blanc destiné à déterminer les besoins de l‘armée française pour les années 2014-2019.

Ensuite pourrait se mettre en place un “mécano industriel” orchestré par l‘Etat, qui détient 27% de Thales, 30% de Safran, 64% du constructeur naval militaire DCNS et 100% de Nexter, le fabricant du constructeur du char Leclerc.

Charles Edelstenne a écarté mercredi d‘un revers de la main l‘idée d‘un grand ensemble regroupant les champions français de l‘aéronautique et de la défense autour de Dassault Aviation, évoquée en octobre par Laurent Dassault, l‘un des fils de Serge Dassault.

Mais le séisme provoqué par la tentative avortée de fusion entre EADS et le britannique BAE Systems provoquera inévitablement des répliques dans le secteur européen de la défense, de plus en plus concurrencé à l‘export par les pays émergents, soulignent les analystes.

“On pensait qu‘on aurait un mouvement post 2014 qui suivrait la baisse des budgets un peu partout, mais maintenant je pense qu‘on peut avoir des mouvements dès 2013”, estime Yan Derocles, analyste chez Oddo Securities.

PIVOT DE LA CONSOLIDATION

Dans tous les scénarios, Thales fait figure de pièce centrale, que ce soit pour le rachat des activités de défense de Safran, un mariage avec BAE ou EADS ou, plus probablement, un rachat de l‘italien Finmeccanica.

“C‘est le scénario en Europe qui serait le plus intéressant industriellement parlant. Les activités de Finmeccanica sont compatibles avec celles de Thales, la complémentarité géographique est quasi parfaite”, observe Yan Derocles.

Thales a déjà un pied de l‘autre côté des Alpes avec sa coentreprise Thales Alenia Space, formée avec Finmeccanica.

Mais l‘échec de la fusion EADS-BAE montre qu‘il reste encore bon nombre d‘obstacles politiques à la consolidation du secteur européen de la défense, souligne Rob Stallard (RBC).

“Le niveau d‘implication des gouvernements dans Thales et dans Finmeccanica et dans la plupart des grands acteurs de la défense reste le principal obstacle à toute future consolidation”, note-t-il.

La mésaventure de Safran qui, selon toute vraisemblance, devrait voir l‘équipementier aéronautique italien Avio lui échapper au profit de General Electric, en dit long sur la réticence de Rome à voir un groupe français s‘emparer de l‘un de ses champions nationaux, estiment des analystes.

La prise de contrôle de l‘électricien italien Edison par EDF, le rachat du groupe laitier Parmalat par Lactalis et l‘acquisition du joaillier Burgari par le géant du luxe LVMH ont entraîné une vague de protectionnisme en Italie face à cet appétit français.

Edité par Dominique Rodriguez

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