21 septembre 2012 / 14:42 / dans 5 ans

Berlin estime que Madrid n'a pas besoin de plan d'aide

par Stephen Brown et Julien Toyer

<p>Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Sch&auml;uble, a d&eacute;clar&eacute; vendredi que l'Espagne n'avait pas besoin d'un plan d'aide international en plus de celui d&eacute;j&agrave; pr&eacute;vu pour ses banques car elle &eacute;tait en passe de regagner la confiance des march&eacute;s. /Photo prise le 11 septembre 2012/REUTERS/Fabrizio Bensch</p>

BERLIN/MADRID (Reuters) - L‘Allemagne est montée au créneau vendredi pour affirmer que l‘Espagne n‘a pas besoin d‘un plan de sauvetage international, réagissant aux spéculations des marchés sur l‘imminence d‘une telle initiative qui permettrait à la Banque centrale européenne d‘activer son plan de rachat d‘obligations.

Cette déclaration du ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, contraste notamment avec les appels de la France à Madrid et semble avant tout destinée à dissuader le président du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, de solliciter rapidement une aide.

“L‘Espagne n‘a pas besoin d‘un plan parce qu‘elle fait ce qu‘il faut et qu‘elle réussira”, a dit Wolfgang Schäuble à des journalistes à Berlin. “Ce dont l‘Espagne a besoin, c‘est de la confiance des marchés financiers, c‘est là que se situent les véritables problèmes de l‘Espagne.”

Les marchés avaient auparavant réagi plutôt positivement à des informations de Reuters selon lesquelles le gouvernement espagnol envisagerait de geler les pensions de retraite et de relever l’âge du départ en retraite plus rapidement que prévu initialement, pour réduire ses dépenses budgétaires et éviter de se voir imposer des conditions trop strictes dans le cadre d‘un éventuel plan de sauvetage.

Ces mesures lui permettraient d’économiser plusieurs milliards d‘euros par an et de respecter les recommandations figurant dans un document de la Commission européenne publié en mai et qui, selon des sources de la zone euro, sert de base aux négociations.

DÉSINDEXATION DES RETRAITES?

A Madrid, la vice-présidente du gouvernement Soraya Saenz de Santamaria a toutefois démenti que le gouvernement étudiait la possibilité de geler les pensions de retraite dès 2013.

“(Mariano Rajoy) a dit publiquement que la première chose qu‘il a faite en arrivant au pouvoir a été de réindexer les pensions de retraite (sur l‘inflation) et, pour reprendre ses mots exacts, que c‘est la dernière chose qu‘il touchera”, a-t-elle fait valoir.

Obligé de revenir sur sa promesse de campagne électorale de ne pas alourdir la fiscalité, Mariano Rajoy ne dispose cependant que d‘une marge de manoeuvre limitée pour réduire les dépenses de l‘Etat.

Le budget 2012 prévoit une revalorisation des retraites de 1% à laquelle s‘ajouterait une hausse de 3% pour compenser l‘inflation, ce qui veut dire que quatre milliards supplémentaires devraient être versés aux retraités en janvier, qui seraient inscrits sur le budget 2012.

Selon les sources interrogées par Reuters, l‘abandon de la promesse d‘ajustement des retraites sur l‘inflation permettrait donc au gouvernement d’économiser une somme substantielle, tout en défendant l‘idée qu‘il n‘a de fait pas “touché” à leur montant.

Mariano Rajoy est prisonnier du calendrier: il a intérêt à faire baisser les coûts d‘emprunt espagnols avant une échéance de dette de 27,5 milliards d‘euros fin octobre, mais il craint dans le même temps qu‘une demande d‘aide ne soit sanctionnée lors des élections régionales, en particulier dans sa région natale de Galice le 21 octobre.

PRESSION DES MARCHÉS

Or, s‘il repousse sa décision jusqu‘au terme des élections, la BCE - qui a clairement lié toute intervention de sa part à une demande d‘aide - ne pourrait pas agir à temps pour soulager les coûts d‘emprunt espagnols.

En dépit de l‘optimisme de Wolfgang Schäuble, la détente dont ont bénéficié les rendements de la dette espagnole depuis que la BCE a dévoilé son plan de rachat d‘obligations risque donc de ne pas durer.

Madrid pourrait même être de nouveau sous pression dès la fin du mois, lorsque l‘agence de notation Moody‘s, qui a dit qu‘elle accueillerait positivement une demande d‘aide, va faire connaître ses conclusions sur un possible déclassement de la note souveraine espagnole en catégorie spéculative (“junk”).

L‘Espagne doit par ailleurs fournir des précisions sur les besoins de fonds propres de ses banques, ce qu‘elle pourrait faire la semaine prochaine, a déclaré vendredi le commissaire européen à la Concurrence, Joaquin Almunia.

Wolfgang Schäuble a de son côté jugé “dangereuse” l‘idée d‘accorder à l‘Espagne la totalité des 100 milliards d‘euros prévus pour la recapitalisation de ses banques si ses besoins n‘atteignent pas ce montant.

La Commission européenne avait déjà prévenu jeudi que la somme restante ne pourrait pas être consacrée à d‘autres postes, les besoins des banques étant pour l‘instant estimés selon les sources entre 60 et 80 milliards d‘euros.

Avec Luke Baker à Bruxelles, Tangi Salaün pour le service français, édité par Benoît Van Overstraeten

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