14 septembre 2012 / 06:38 / il y a 5 ans

L'Eurogroupe appelle l'Espagne à se décider sur l'aide

<p>L'opportunit&eacute; pour l'Espagne de solliciter une aide financi&egrave;re ext&eacute;rieure afin de soulager ses finances publiques devrait &ecirc;tre au coeur des d&eacute;bats des ministres des Finances de la zone euro r&eacute;unis &agrave; Chypre ce vendredi, alors que le plan de rachat de dette de la Banque centrale europ&eacute;enne (BCE) a d&eacute;j&agrave; fait partiellement refluer les co&ucirc;ts de financement de Madrid. /Photo d'archives/Nacho Doce</p>

par Julien Toyer et Jan Strupczewski

NICOSIE (Reuters) - L'Espagne, pressée de toute part de faire savoir si elle a besoin d'une aide financière globale, a fait savoir vendredi à l'Eurogroupe qu'elle présenterait un nouvel ensemble de mesures de réforme économique, assorti d'un calendrier détaillé, d'ici la fin du mois.

Les coûts de financement de l'Espagne ont sensiblement baissé sur les marchés depuis que la Banque centrale européenne s'est dite prête à racheter ses obligations souveraines. Mais le pays est confronté à de lourdes échéances de remboursement avant la fin de l'année et à une récession qui s'amplifie. Ce qui fait dire à nombre d'experts qu'un appel de Madrid à l'aide internationale est inéluctable.

La BCE a en outre été claire : intervenir sur le marché secondaire de la dette espagnole suppose de solliciter les mécanismes de renflouement de la zone euro et de respecter des conditions strictes quant à la réalisation des réformes.

"Nous adopterons un nouvel ensemble de réformes pour doper la croissance (...) Il sera conforme aux recommandations de la Commission européenne", a dit à la presse le ministre de l'Economie Luis de Guindos, après avoir rencontré ses homologues de la zone euro à Nicosie.

Le ministre a souligné que ces mesures n'étaient en rien liées aux modalités d'un éventuel renflouement. Mais l'engagement pris laisse penser que solliciter une aide sera bientôt une réalité pour l'Espagne, sans doute avant la prochaine réunion de l'Eurogroupe le 8 octobre, estiment des responsables européens.

Le budget 2013 de l'Espagne et un audit détaillé des besoins de fonds propres de son secteur bancaire auront été rendus publics avant cette échéance, soit le 28 septembre.

NE PAS SE RELÂCHER

Pour la première fois depuis le début de l'année, cette réunion des Dix-Sept se tiendra alors que les tensions sur les marchés financiers ont tendance à diminuer et non à augmenter.

L'annonce par la BCE de son nouveau plan de rachat d'obligations a fait retomber le rendement de l'emprunt d'Etat espagnol à 10 ans à 5,7% vendredi contre 7,64% le 24 juillet. Une détente qui incite l'Espagne, mais aussi l'Allemagne où un plan de sauvetage serait très impopulaire, à jouer la montre.

"Il n'y a pas plus lieu de se relâcher que ce n'était le cas il y a six mois mais nous évoluons dans la bonne direction", a réagi le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires Olli Rehn.

L'Espagne hésite à solliciter une aide internationale car le président du gouvernement Mariano Rajoy craint un retour de bâton politique mais, compte tenu des besoins de financement du pays, il risque de n'avoir pas le choix.

Un haut fonctionnaire allemand a dit en privé que Berlin ne souhaitait pas voir l'Espagne solliciter hâtivement un renflouement alors que ses coûts de financement diminuent, et a ajouté qu'un tel renflouement n'avait rien d'inévitable.

DONNER PLUS DE TEMPS À LA GRÈCE

Quant à la Grèce, la directrice générale du Fonds monétaire international Christine Lagarde a estimé que lui accorder plus de temps pour réaliser les économies budgétaires exigées dans le cadre d'un second renflouement de 130 milliards d'euros valait d'être considéré.

Ce second plan d'aide prévoit qu'Athènes revienne sur les marchés d'ici 2015 mais après deux élections législatives coup sur coup en mai et juin, le pays a pris du retard dans l'agenda de la réforme. Sans compter une récession toujours plus vive qui rend la tâche d'Athènes encore plus délicate.

Des responsables de l'UE ont dit qu'Athènes avait pris beaucoup de retard dans son programme de réduction de la dette. Mais ils ont ajouté qu'au vu des efforts déployés pour soutenir l'Espagne et l'Italie, cela n'aurait aucun sens de laisser choir la Grèce et de provoquer un nouveau chaos dans la zone euro.

"Il nous semble tout à fait clair que la Grèce a déjà produit un effort immense mais devra encore continuer", a dit Christine Lagarde. "Et l'objectif pour ce qui est de parvenir à une dette gérable dans le temps est très élevé, il y a donc plusieurs moyens d'ajuster : le temps en fait partie et il faut l'envisager comme option."

La "troika" des bailleurs de fonds internationaux (FMI, BCE, Commission européenne) prendra sans doute une décision définitive dans la deuxième quinzaine d'octobre quant au programme de refinancement révisé de la Grèce, a dit le ministre grec des Finances Ioannis Stournaras.

La ministre autrichienne des Finances Maria Fekter a estimé que la Grèce pourrait bénéficier d'un délai supplémentaire pour atteindre ses objectifs budgétaires mais pas de plus d'argent, opinion que partagent les Néerlandais.

Elle a ajouté que Chypre avait fait savoir qu'il ne pourrait se passer d'une aide financière.

Un autre responsable de la zone euro a expliqué que l'assistance financière à l'Espagne devrait être prête lorsque la troïka rendra ses conclusions sur la Grèce en octobre parce que ces dernières n'auront rien d'enthousiasmant et que cela pourrait indisposer les marchés, au risque donc de provoquer une nouvelle flambée des coûts de financement italiens et espagnols.

PASSER À L'ACTE

Ces marchés ont salué le feu vert donné mercredi par la cour constitutionnelle de Karlsruhe au futur mécanisme de sauvetage de la zone euro, le Mécanisme européen de stabilité (MES). Aux Pays-Bas, les parties pro-européens ont remporté les élections. La zone euro s'achemine enfin vers une union bancaire avec pour superviseur unique la BCE.

Mais bon nombre de responsables monétaires et analystes de marché soulignent que la zone euro devra passer des paroles aux actes si elle veut voir les taux de rendement sinon reculer, au moins se stabiliser.

La BCE a en tous les cas reçu l'appui du ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble, qui est ainsi allé à l'encontre des détracteurs du programme d'achat d'obligations, au premier rang desquels la Bundesbank.

"La BCE ne prendra aucune décision qui reviendrait à financer indirectement les Etats. Cela constituerait une violation de son mandat et elle ne le fera pas", a-t-il dit à la radio. "J'ai toute confiance en la BCE."

Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Dominique Rodriguez

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