6 septembre 2012 / 13:12 / il y a 5 ans

Feu vert de la BCE à des rachats obligataires sans limite

par Eva Kuehnen

<p>Conf&eacute;rence de presse du pr&eacute;sident de la Banque centrale europ&eacute;enne &agrave; Francfort. Pour 2012, la BCE pr&eacute;voit une contraction du produit int&eacute;rieur brut comprise entre -0,6% et -0,2%, alors qu'en juin ses projections faisaient &eacute;tat d'une fourchette de -0,5% &agrave; +0,3%. Pour 2013, la pr&eacute;vision d'&eacute;volution de PIB est comprise entre -0,4% et +1,4% au lieu de la fourchette de 0,0%-2,0% retenue en juin. /Photo prise le 6 septembre 2012/REUTERS/Alex Domanski</p>

FRANCFORT (Reuters) - La Banque centrale européenne a avalisé jeudi le lancement d‘un nouveau programme de rachats d‘obligations souveraines sur le marché secondaire, potentiellement illimité et destiné à réduire les coûts de financement de pays de la zone euro sous pression afin de tourner la page de la crise de l‘euro.

Le président de la BCE Mario Draghi a souligné que cette initiative permettrait de s‘attaquer aux distorsions du marché obligataire et aux doutes “infondés” des investisseurs sur la pérennité de l‘euro. Elle répond en tout cas aux fortes attentes soulevées par ses déclarations de la fin juillet, selon lesquelles la BCE ferait ce qu‘il faudrait dans le cadre de son mandat pour préserver l‘euro.

Le plan, auquel la Bundesbank était notoirement opposée, sera ciblé sur les titres d‘Etat à moins de trois ans d’échéance et s‘inscrit strictement dans le cadre du mandat de la BCE, a précisé Mario Draghi ajoutant qu‘un seul membre du conseil des gouverneurs de la BCE ne l‘avait pas soutenu.

“Dans des conditions appropriées, nous disposerons d‘un filet de sécurité pleinement efficace pour prévenir des scénarios potentiellement destructeurs”, a déclaré Mario Draghi lors de la traditionnelle conférence de presse à l‘issue du conseil des gouverneurs.

“Aucune limite quantitative n‘a été fixée aux opérations monétaires de prise ferme”, a-t-il dit, utilisant le terme technique pour les programmes d‘achat d‘obligations de la BCE.

Les annonces de Mario Draghi ont répondu aux attentes, ont estimé des analystes, alors que la BCE a laissé ses taux directeurs inchangés en dépit de nouveaux signaux de ralentissement de l‘activité au sein de la zone euro.

Son principal taux directeur, le taux refi, demeure ainsi à 0,75%, niveau auquel il avait été abaissé en juillet.

LARGE SOUTIEN À DRAGHI AU SEIN DE LA BCE

La perspective de voir la banque centrale s‘engager dans un nouveau plan massif de rachats de dette se heurte notamment à l‘opposition de la Bundesbank, dont le président Jens Weidmann aurait songé à démissionner selon le quotidien allemand Bild.

Plusieurs sources ont affirmé qu‘il n‘en était rien et qu‘il entendait continuer de siéger au conseil des gouverneurs pour faire valoir ses arguments.

Mario Draghi semble avoir obtenu un large soutien des membres du conseil des gouverneurs pour un plan que Jens Weidmann peut tolérer même s‘il apparaît comme celui qui a refusé de l‘avaliser.

Le président de la Bundesbank a publiquement exprimé son opposition à des interventions de la BCE sur le marché obligataire qui briseraient le tabou d‘un financement monétaire des Etats-membres de la zone euro. D‘autres responsables monétaires de la BCE estiment plus urgent d‘aider l‘Espagne et l‘Italie pour éviter une nouvelle aggravation de la crise de l‘euro.

Mario Draghi a souligné le caractère conditionnel de l‘aide de la BCE, l‘intervention sur le marché primaire des mécanismes européens de sauvetage financier - le Fonds européen de stabilité financière (FESF) et son successeur le Mécanisme européen de stabilité (MES) - constituant un préalable.

Il a aussi souligné que la participation du Fonds monétaire international serait hautement souhaitable pour la définition des conditions spécifiques appliquées aux pays concernés et le suivi de leur programme d‘ajustement.

L‘intervention de la BCE est déterminante pour réduire la pression sur les coûts de financement des pays considérés comme les plus fragiles et laisser ainsi le temps aux dirigeants européens d’élaborer des solutions à plus long terme.

Les rendements de la dette italienne et espagnole, qui s’étaient significativement détendus depuis les déclarations de Mario Draghi fin juillet, ont accentué leur repli avec l‘annonce du nouveau plan.

PLUS DE STATUT DE CRÉANCIER PRIVILÉGIÉ

Les achats de dettes de la BCE, qui prendront la suite du programme de rachat de titres en sommeil depuis le mois de mars, ont vocation à être interrompus si les pays bénéficiaires ne se conforment pas au programme d‘ajustement demandé.

Alors que la cour constitutionnelle allemande doit se prononcer le 12 septembre sur la conformité du MES au regard du droit allemand, une intervention de la BCE sur le marché secondaire des dettes souveraines de la zone euro ne semble pas imminente.

“Un certain nombre d‘investisseurs pensent que la BCE pourra déclencher ses achats sans plus de formalités, mais les choses sont sans doute un peu plus compliquées que cela”, prévient Gilles Moëc, économiste senior Europe de Deutsche Bank.

Mario Draghi a par ailleurs déclaré que la BCE était prête à renoncer à son statut de créancier privilégié sur les titres obligataires acquis, ce qui signifie qu‘elle serait traitée de la même manière que les autres créanciers en cas de défaut.

Cette décision vise à éviter que les investisseurs ne se détournent de la dette d‘un pays qui bénéficierait de l‘aide de la BCE. Le statut de créancier privilégié lors de l‘opération de restructuration de la dette grecque avait mis la BCE à l‘abri des pertes supportées par les investisseurs privés.

“Il y a un problème si les banques centrales insistent pour conserver leur statut de créancier privilégié car alors plus le secteur officiel intervient sur le marché obligataire moins le secteur privé est prêt à le faire”, avait déclaré mercredi un banquier central à Reuters.

Mario Draghi a précisé que les éventuels rachats d‘obligations seraient “stérilisés”, la BCE ponctionnant un montant de liquidités équivalent afin d’éviter toute création de monnaie en liaison avec ces opérations et le risque d‘inflation induit, autre source de réticences de la Bundesbank.

L‘Espagne a fait savoir que les conditions attachées à l‘intervention de la BCE seraient déterminantes dans sa décision d‘y recourir.

Mariano Rajoy et Angela Merkel ont dit jeudi ne pas avoir discuté des conditions que Madrid devrait accepter pour bénéficier du programme d‘achat d‘obligations de la BCE annoncé au même moment.

A l‘issue d‘un entretien à Madrid, le président du gouvernement espagnol et la chancelière allemande ont donné une conférence de presse au moment où Mario Draghi annonçait le programme d‘achats obligataires.

Mariano Rajoy ne cache pas sa volonté d‘obtenir un plan de sauvetage souverain pour l‘Espagne mais il entend d‘abord analyser les conditions fixées par la BCE.

“Lorsqu‘il y aura du nouveau, je vous le dirai”, a-t-il répondu aux journalistes qui lui demandaient si ce point avait été évoqué dans ses discussions avec Angela Merkel.

Marc Joanny pour le service français, édité par Dominique Rodriguez

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