6 septembre 2012 / 09:23 / il y a 5 ans

Croissance et objectif de déficit semblent inconciliables

par Jean-Baptiste Vey et Yann Le Guernigou

<p>Les &eacute;conomistes estiment que la France aura du mal &agrave; tenir son objectif de baisse du d&eacute;ficit public l'an prochain en l'absence d'un rebond de la croissance, mais les efforts men&eacute;s devraient permettre d'att&eacute;nuer l'impact de ce rat&eacute; sur sa cr&eacute;dibilit&eacute;. /Photo d'archives/REUTERS/Jacky Naegelen</p>

PARIS (Reuters) - La France aura du mal à tenir son objectif de baisse du déficit public l‘an prochain en l‘absence d‘un rebond de la croissance, mais les efforts menés devraient permettre d‘atténuer l‘impact de ce raté sur sa crédibilité, estiment des économistes.

Après trois trimestres de croissance nulle, une fin 2012 qui s‘annonce du même ton et pas d‘amélioration en vue pour 2013, ces économistes privilégient un scénario où le dérapage devrait être limité.

Même si les efforts consentis pèseront sur l‘activité, ils excluent que l’économie française soit entraînée dans une spirale récessive, comme le craignent certains au vu des programmes d‘austérité menés dans toute l‘Europe.

Malgré des perspectives qui s‘assombrissent depuis la rentrée, le gouvernement de Jean-Marc Ayrault s‘arc-boute sur son engagement de ramener l‘an prochain le déficit public de 4,5% à 3% du produit intérieur brut (PIB).

Il y voit une condition nécessaire pour conserver la faveur des marchés financiers et consolider la relation franco-allemande.

Et il espère limiter l‘impact négatif de cette consolidation sur l‘activité économique en ciblant ses mesures en priorité sur les ménages les plus aisés et les grandes entreprises tout en accélérant la mise en place de ses dispositifs de lutte contre le chômage (contrats d‘avenir et contrats de génération).

“Il est clair que le gouvernement ne peut se permettre d‘avoir un objectif autre que 3%”, estime Gilles Moec, économiste Europe chez Deutsche Bank. “S‘il y a le moindre signe dans le budget 2013 que la France relâche ses efforts, il y aura des conséquences sur les marchés”, prévient-il.

Pour Eric Chaney, chef économiste d‘Axa, la réussite du programme de redressement des comptes publics français est un enjeu pour l‘ensemble de la zone euro.

“Si les marchés détectent une divergence significative et durable avec l‘Allemagne, la dette française sera rapidement sous pression, comme la plupart des dettes souveraines dans la zone euro, hors Allemagne”, écrit-il dans une note de recherche.

MISSION QUASI IMPOSSIBLE

Mais atteindre l‘objectif de 3% s‘annonce comme une mission quasi impossible au vu de l‘environnement économique.

Gilles Moec table ainsi pour 2013 sur une croissance nulle et un déficit public à 3,6% du PIB, “ce qui n‘est pas si mal”.

Michel Martinez, chef économiste France à la Société générale, anticipe lui un déficit à 3,3% sur la même base d‘une stagnation de l’économie liée à l‘impact de l‘effort de consolidation nécessaire, alors que le gouvernement conserve pour l‘instant sa prévision de croissance à 1,2%.

Jean-Marc Ayrault a laissé entendre que cette prévision pourrait être revue en “petite baisse” pour le projet de loi de finances 2013 qui sera présenté dans la semaine du 24 septembre.

Le ministre de l‘Economie, Pierre Moscovici, a dit que la prévision retenue serait réaliste mais aussi “volontariste”, ce qui laisse penser qu‘elle pourrait être plus proche de 1% que du consensus des économistes (autour de 0,5% à 0,6%).

“Même si le gouvernement est sincère dans son budget, il sera très difficile d‘arriver à 3% de déficit”, prédit Michel Martinez, qui anticipe que, comme en 2012, la loi de finances sera suivie de plusieurs correctifs lui permettant de “resserrer les choses en fonction de perspectives de croissance revues en baisse”.

Dans un rapport publié fin juin, la Cour des comptes soulignait que le gouvernement devrait trouver 33 milliards d‘euros pour atteindre 3% de déficit en 2013 si la croissance est de 1%, 38,5 milliards si elle est moitié moindre et 44 milliards si elle est nulle.

LE SPECTRE D‘UNE SPIRALE RÉCESSIVE

L‘ampleur de l‘effort nécessaire inquiète des économistes comme ceux de l‘OFCE, le centre de recherche en économie de l‘Institut d’études politiques de Paris, qui pressent les gouvernements européens de privilégier la recherche de la croissance et l‘emploi.

“En sous-estimant la difficulté à atteindre des cibles inaccessibles, les pays de la zone euro se sont enfermés dans une spirale où la nervosité des marchés financiers est le moteur d‘une austérité toujours plus grande”, écrivaient-ils en juillet.

Florence Pisani, de Dexia Asset Management, juge que, pour un pays comme la France, “la tendance de rééquilibrage acceptable ne doit pas dépasser un point de PIB” par an.

“Si on est à un point et demi, deux points, c‘est sans doute un peu ambitieux vu l‘environnement actuel. Et il n‘est pas évident que ce soit très judicieux”, déclare-t-elle en soulignant que, depuis 2009, pour tous les pays qui ont voulu faire plus d‘un point, “ça c‘est traduit par une dépression de leur demande intérieure”.

“Si tous les pays européens essayent de le faire en même temps, on n‘y arrive pas”, dit-elle encore.

Mais pour Philippe Gudin de Vallerin, chef économiste Europe de la banque Barclays, le gouvernement socialiste français ne peut se permettre de changer son fusil d’épaule. “Il a besoin de démontrer son sérieux budgétaire et il va le faire”, déclare-t-il en parlant d‘un véritable “test”.

“Sur le papier, ça devrait passer. On peut faire un effort pour se rapprocher des 3% tout en évitant un scénario de spirale récessive”, juge Michel Martinez.

Et si les 3% ne sont pas tout à fait atteints, “les marchés regarderont la tendance et l‘exécution budgétaire”, un domaine où la France bénéficie d‘un fort crédit par rapport à d‘autres pays européens, fait valoir l’économiste de la Société générale.

“Mais le résultat sera une croissance très faible, proche de zéro, et ce n‘est pas une situation réjouissante, notamment pour le chômage”, prévient-il.

Le projet de budget 2013 sera aussi regardé à la loupe par les agences de notation. L‘une d‘entre elles, Moody‘s, a signalé fin juillet qu‘elle évaluerait la note Aaa qu‘elle donne à la France d‘ici la fin septembre.

La France a pu emprunter ces derniers mois à des taux historiquement bas pour financer son déficit et refinancer sa dette. Le rendement demandé par les investisseurs pour de la dette française à 10 ans a fondu, passant d‘environ 3% début 2012 à près de 2% fin août, avant de remonter à environ 2,25% actuellement.

avec Daniel Flynn et Leigh Thomas, édité par Yves Clarisse

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