31 août 2012 / 16:23 / dans 5 ans

Jens Weidmann met indirectement la pression sur Mario Draghi

par Annika Breidthardt et Paul Carrel

<p>Les envies de d&eacute;mission pr&ecirc;t&eacute;es au pr&eacute;sident de la Bundesbank, Jens Weidmann (photo), par la presse allemande, risquent de compliquer encore la t&acirc;che du pr&eacute;sident de la BCE, Mario Draghi, dont le plan de rachats d'obligations d'Etat devra faire taire ses d&eacute;tracteurs sans pour autant compromettre son efficacit&eacute; face &agrave; la crise de la dette. /Photo prise le 16 avril 2012/REUTERS/Kai Pfaffenbach</p>

BERLIN/FRANCFORT (Reuters) - Les envies de démission prêtées au président de la Bundesbank, Jens Weidmann, par la presse allemande, risquent de compliquer encore la tâche du président de la BCE, Mario Draghi, dont le plan de rachats d‘obligations d‘Etat devra faire taire ses détracteurs sans pour autant compromettre son efficacité face à la crise de la dette.

Jens Weidmann, venu, contrairement à Mario Draghi, au rendez-vous annuel des banquiers centraux de Jackson Hole (Wyoming), s‘est refusé à tout commentaire vendredi sur l‘article du quotidien populaire Bild selon lequel il a songé à démissionner en raison de son opposition à ce plan censé faire baisser les coûts de financement de l‘Espagne et de l‘Italie sur les marchés.

Son compatriote Jens Asmussen, membre du directoire de la Banque centrale européenne, s‘est employé à rassurer une Bundesbank très inquiète de la tournure que prennent les événements, en posant jeudi soir comme préalable à tout achat d‘obligations émises par les pays en difficulté l‘implication du Fonds monétaire international (FMI) dans la conception de leurs programmes de réforme.

Un autre membre du directoire, le Français Benoît Coeuré, a cependant jugé que le recours d‘un Etat à l‘un des fonds de renflouement de la zone euro, le Fonds européen de stabilité financière (FESF) ou le Mécanisme européen de stabilité (MES), devrait être une condition suffisante à une intervention de la BCE.

Ces programmes de rachat d‘obligations, déjà vertement critiqués par l‘Allemagne à l’époque de Jean-Claude Trichet, et qui avait conduit à la démission le prédécesseur de Jens Weidmann, Axel Weber, sont un sujet si sensible que Mario Draghi a préféré faire l‘impasse de la réunion annuelle des grands banquiers centraux mondiaux à Jackson Hole, pour peaufiner son projet et son argumentaire avant la réunion de politique monétaire de jeudi prochain, 6 septembre.

“STRICTE CONDITIONNALITÉ”

“L‘opposition de Weidmann et les réserves d‘autres membres du Conseil (des gouverneurs) impliquent que les achats d‘obligations de la BCE seront soumis à des conditions strictes, qu‘ils seront focalisés sur le court terme et qu‘ils n‘auront pas pour but de faire baisser les taux de rendement autant que le souhaiteraient peut-être l‘Italie et l‘Espagne”, commente Holger Schmieding, économiste de Berenberg Bank.

Le principe de la “stricte conditionnalité” semble néanmoins acquis, comme l‘a souligné Benoît Coeuré, d‘autant que la BCE a été échaudée l‘an dernier par Silvio Berlusconi. Alors président du Conseil italien, celui-ci était revenu sur les promesses de réformes données en échange de l‘intervention de la banque centrale sur le marché de la dette italienne.

L‘Autrichien Ewald Nowotny, qui siège au Conseil des gouverneurs de la BCE, a abordé de front le tabou du financement direct des Etats en déclarant qu‘il y avait une différence entre acheter de la dette sur le marché primaire et le faire sur le marché secondaire pour faire baisser les rendements.

“Je mets en garde contre tout argument simpliste, voire même idéologique à ce sujet”, a-t-il dit, s‘alignant ainsi sur Mario Draghi, qui déclarait mercredi que des “mesures exceptionnelles” se justifiaient par la concomitance dans la zone euro de taux directeurs exceptionnellement bas et de coûts d‘emprunt astronomiques pour certains pays membres, le symptôme, selon lui, d‘un mauvais fonctionnement de la politique monétaire.

Autre soutien appuyé à Mario Draghi: celui du directeur général adjoint du FMI David Lipton, qui a jugé, sur la chaîne CNBC, que le président de la BCE avait “les bonnes idées” et “la bonne approche”.

QUESTION DE PRINCIPE

Dans les faits, Jens Weidmann ne peut à lui seul bloquer le plan de rachat de dettes, qui a reçu le blanc-seing de la chancelière allemande, Angela Merkel. Mais il peut en émousser l‘impact.

“Ce que je crains c‘est qu‘il (Weidmann) en fasse une question de principe et qu‘en jouant aussi ouvertement la franchise à l‘avance, il espère limiter la portée de l‘opération”, a dit une source de la BCE. “Il en résulterait une interrogation constante sur les limites de ce que l‘on peut faire.”

Selon cette source, il est peu vraisemblable que Mario Draghi annonce un objectif de taux de rendement ou de “spread”, c‘est-à-dire d’écart de rendement vis-à-vis du Bund, l‘emprunt allemand servant de référence au marché.

Les propos de Jörg Asmussen relatifs au FMI montrent enfin que Jens Weidmann n‘est pas le seul à vouloir durcir les modalités d‘assistance, le Fonds étant réputé pour attacher des conditions strictes à ses propres programmes d‘aide, une perspective que Madrid ne voit sûrement pas d‘un bon oeil.

Le président du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, a déclaré qu‘il ne solliciterait pas d‘aide autre que les 100 milliards d‘euros mobilisables pour la restructuration du secteur bancaire tant que la stratégie de la BCE n‘aurait pas été clairement exposée.

Dans la mesure où la puissante région de Catalogne réclame l‘aide du gouvernement central et que la récession va en s‘aggravant, une assistance extérieure apparaît de plus en plus probable.

Des sources de la zone euro avaient dit la semaine dernière à Reuters que Madrid négociait les conditions d‘une aide éventuelle destinée à réduire ses coûts d‘emprunt, sans avoir encore pris de décision définitive. Le gouvernement espagnol a démenti ces informations.

Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Marc Angrand

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