23 août 2012 / 16:43 / dans 5 ans

Le budget 2013, test de crédibilité pour François Hollande

par Jean-Baptiste Vey

<p>Le gouvernement fran&ccedil;ais s'arc-boute sur des objectifs ambitieux de r&eacute;duction du d&eacute;ficit pour conserver la faveur des march&eacute;s et consolider sa relation avec Berlin mais le maintien d'une pr&eacute;vision de croissance tr&egrave;s optimiste fragilise sa cr&eacute;dibilit&eacute;. /Photo d'archives/REUTERS/Bernadett Szabo</p>

PARIS (Reuters) - Le gouvernement français s‘arc-boute sur des objectifs ambitieux de réduction du déficit pour conserver la faveur des marchés et consolider sa relation avec Berlin mais le maintien d‘une prévision de croissance très optimiste fragilise sa crédibilité.

S‘il conserve cette prévision à 1,2% en 2013, contre 0,6% pour le consensus Reuters et 0,5% pour un autre, il risque de devoir l‘abaisser régulièrement et de décider en urgence des mesures de rattrapage, comme l‘avait fait Nicolas Sarkozy.

Si la croissance est inférieure à 1,2%, le gouvernement “s‘adaptera”, a dit mercredi le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault. Le ministre des Finances, Pierre Moscovici, a quant à lui estimé qu‘une croissance faible n’était “pas une fatalité”.

L‘objectif de réduire le déficit à 3% du PIB fin 2013, après 4,5% fin 2012, est confirmé, malgré le risque de récession dans la zone euro. D‘abord par crainte du courroux des marchés.

Les 3%, “il faut les tenir”, a dit Jean-Marc Ayrault. Oublier les 3% ? “Si je dis ça, en tant que chef du gouvernement français, si c‘est pour demain que les marchés financiers décident à la place des Français, moi je dis non !”

Pierre Moscovici a opposé mercredi une fin de non-recevoir à un journaliste qui lui demandait s‘il ne fallait pas différer le retour à 3%. “La France garde son cap”, a-t-il confirmé.

“Nous empruntons à des taux d‘intérêt bas, nos spreads sont dans une situation plutôt favorable”, a-t-il dit. “Si nous avons cette signature (...), c‘est parce qu‘il y a une crédibilité de notre politique économique et cette crédibilité est sous-tendue par notre volonté de redresser les comptes publics.”

Pas question donc d’écouter les appels, pas seulement issus de la gauche, à différer cet objectif pour protéger une croissance déjà moribonde ou à substituer à cet objectif nominal un objectif structurel évacuant l‘impact de la conjoncture.

UN TEST DE SÉRIEUX POUR HOLLANDE

En conservant cet objectif, le nouvel exécutif ne veut pas seulement répondre à la menace des marchés et à celle d‘une nouvelle dégradation de la note de la France - l‘agence Moody’s a dit qu‘elle évaluerait son Aaa d‘ici la fin du troisième trimestre. Il doit aussi démontrer son sérieux à ses partenaires, l‘Allemagne en tête.

Des sources proches de la chancelière conservatrice Angela Merkel estiment que le président socialiste est encore “en train de se découvrir lui-même” et qu‘il va devoir agir rapidement. Le vrai test, “ce sera le budget 2013”, estime une source.

L‘annonce mercredi d‘une baisse de la fiscalité sur les carburants accroît encore les attentes, après plusieurs décisions coûteuses, dont le retour partiel de la retraite à 60 ans, les embauches additionnelles de fonctionnaires et les hausses du smic et de l‘allocation de rentrée scolaire.

Pour le président de la commission des finances du Sénat, Philippe Marini (UMP), “ce pilotage à vue n‘est pas sérieux”.

“Il n‘inspire pas confiance, alors que la gestion de nos finances publiques est sous l‘oeil de nos partenaires européens et des investisseurs qui souscrivent à notre dette.”

Les stratégistes de CM-CIC estiment jeudi que “la probabilité de voir les finances publiques se dégrader augmente”. “Si la France souhaite s‘approcher de ses objectifs, une hausse des impôts, via la CSG, et un rééquilibrage de certaines dépenses devra être envisagé pour 2013”, écrivent-ils.

AMER BUDGET 2013

Le budget 2013 devra au minimum trouver une grosse trentaine de milliards d‘euros de recettes supplémentaires ou d’économies pour parvenir à 3%, alors même que les hausses de prélèvements décidées sur 2012 dépassent les 20 milliards d‘euros.

Et si la croissance ne décolle pas - elle a été nulle les trois derniers trimestres et les derniers indicateurs macro-économiques annoncent une fin d‘année 2012 très difficile - la facture grimpera encore.

“3%, c‘est un objectif, naturellement cet objectif est plus facile à atteindre quand la croissance est élevée”, a dit jeudi le ministre du Budget, Jérôme Cahuzac, sur RMC et BFM-TV.

“Mais ce n‘est pas parce que la croissance sera plus faible, fût-ce de quelques dixièmes de points, que cet objectif doit être abandonné”, a-t-il ajouté.

Si la croissance, au lieu d’être de 1,2%, est de 1%, il manquerait environ 2 milliards d‘euros, a-t-il dit, “est-ce que vous croyez vraiment que ce manque de 2 milliards sur un budget de 370 modifiera fondamentalement les choses ? En vérité non.”

Selon la Cour des comptes, le gouvernement devra trouver 33 milliards d‘euros l‘an prochain pour atteindre 3% de déficit si la croissance est de 1%, 38,5 milliards si elle est de 0,5%, et 44 milliards si l’économie stagne.

Le projet de budget pour 2013 sera présenté en conseil des ministres le 24 septembre, en même temps que le projet de loi de programmation des finances publiques qui fixera l‘objectif du retour à l’équilibre des comptes fin 2017.

Avec Yann Le Guernigou à Paris, Noah Barkin et Andreas Rinke à Berlin, édité par Patrick Vignal

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