27 juillet 2012 / 15:43 / il y a 5 ans

Mario Draghi a mis la barre haut, mais tout reste à faire

par Swaha Pattanaik

<p>Mario Draghi, le pr&eacute;sident de la Banque centrale europ&eacute;enne, a fix&eacute; la barre tr&egrave;s haut en d&eacute;clarant jeudi que l'institution ferait le maximum pour pr&eacute;server l'euro. Mais &agrave; la dif&eacute;rence des Etats-Unis, du Japon et de la Grande-Bretagne, la l&eacute;gislation europ&eacute;enne interdit &agrave; la BCE d'utiliser son propre bilan pour financer les d&eacute;penses des gouvernements. /Photo prise le 5 juillet 2012/REUTERS/Alex Domanski</p>

LONDRES (Reuters) - Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne (BCE), a fixé la barre très haut en déclarant jeudi que la BCE ferait le maximum, tout en restant dans les limites de son mandat, pour préserver l‘euro.

Pour commencer, il devra déployer une rhétorique habile s‘il veut convaincre la Bundesbank de réactiver le programme de rachat d‘actifs (SMP), mis en sommeil depuis près de cinq mois.

Les marchés ont déjà eu un avant-goût vendredi de ce à quoi pourrait ressembler une opposition farouche de la banque centrale allemande lorsque les marchés d‘actions européens, l‘euro ont brièvement réagi à la baisse aux critiques émises par la Bundesbank sur le SMP.

La BCE devra faire plus qu‘offrir quelques instants de répit aux marchés de la dette espagnole et italienne et faire preuve de plus d‘agressivité si elle veut que les rendements payés par Rome et Madrid s‘inscrivent durablement dans une fourchette viable pour leurs économies engluées dans la récession.

Pour donner aux responsables politique le temps dont ils ont besoin pour remettre la zone euro à l‘endroit, il faudra que la BCE achète autant d‘obligations italiennes et espagnoles que nécessaire pour convaincre les investisseurs d‘en faire autant.

Aux Etats-Unis, au Japon et en Grande-Bretagne, les banques centrales ont déjà déployé des plans d‘assouplissement quantitatif grâce auxquels elles ont acheté d‘importants volumes de dette et d‘autres actifs afin de soutenir l’économie.

LE SMP EST INSUFFISANT

En l’état, la BCE ne peut pas en faire autant, la faute revenant à la législation européenne qui lui interdit d‘utiliser son propre bilan pour financer les dépenses des gouvernements.

Le SMP de la BCE se distingue d‘un programme d‘assouplissement quantitatif en ce que l‘institution de Francfort procède systématiquement à une “neutralisation” par laquelle elle draine autant de fonds qu‘elle en a injectés.

Pour de nombreux experts, ce n‘est plus suffisant et il faudra qu‘un jour ou l‘autre la BCE se résolve à activer le levier du QE.

“Ce qui pourrait vraiment marcher, ce serait que la BCE fasse la promesse de dépenser autant que nécessaire, sans aucune limite et de manière crédible, qu‘elle fixe un plafond aux écarts de rendements ou sur les rendements proprement dits et que l‘on confie des leviers plus puissants aux fonds européens de soutien”, estime Carsten Brzeski, économiste senior chez ING à Bruxelles.

“Une utilisation sans limite du SMP, c‘est, à mon avis, du QE, mais tout cela n‘est qu‘hypothétique. Juste sur le principe, cette idée leur donnerait des migraines et il est peu probable que cela se produise. Même s‘ils voulaient le faire, il y a des considérations légales et pratiques qui signifient qu‘ils ne le feront pas.”

Même s‘il existe des dissensions au sein de la BCE sur la manière de résoudre la crise, l‘institution dirigée par Mario Draghi est perçue par beaucoup sur les marchés comme la seule capable de stopper la propagation de l’épidémie.

Cette dernière s‘est désormais emparée de l‘Espagne. La meilleure illustration réside dans le rendements que servent ses obligations. Pour des emprunts à dix ans, une obligation espagnole a pu rapporter ces derniers jours jusqu’à 7,78% sur le marché secondaire.

Au lendemain de la déclaration de Mario Draghi, ce taux état revenu autour de 6,76% vers 14h30 GMT. A titre de comparaison, un emprunt allemand à même échéance servait un rendement de 1,38% et un emprunt français 2,21%.

MÉTHODES DURABLES

L‘Italie, troisième économie de la zone euro, est à son tour gagnée par cette fièvre.

Pour commencer, la BCE devra donc réactiver son SMP, quitte à irriter la très orthodoxe Bundesbank, réticente par tradition au financement de la dette des Etats par les autorités monétaires.

Depuis mai 2011, la BCE a repris 211,5 milliards d‘euros d‘obligations sur le marché secondaire.

Mais si ces rachats ont réussi à freiner l‘envolée des taux ils n‘ont pas suffi à inverser la tendance et ils n‘y parviendront pas plus aujourd‘hui soulignent certains analystes.

Il va donc falloir que la BCE utilise de nouvelles méthodes pour que ces mesures aient un effet durable.

“Tout miser sur un QE, c‘est la seule chose qui puisse faire une vraie différence et qui changerait le sens du jeu, rien d‘autre ne pourrait faire une telle différence à l‘heure actuelle”, juge Mark Schofield, stratège taux de Citigroup.

“Les statistiques se sont vraiment détériorées, en termes de croissance, au centre et à la périphérie, tandis que les anticipations d‘inflation sont redescendues. Je pense que les propos de Draghi laissent entendre qu‘un QE leur a traversé l‘esprit, même si nous risquons de ne pas le voir de sitôt.”

Sur les marchés, nombreux sont les analystes à penser que la BCE ne bougera pas si les gouvernements ne font pas leur propre part du travail.

La banque centrale a toujours insisté sur la nécessité pour les Etats d‘honorer leurs promesses en termes de discipline budgétaire et sur les réformes structurelles qui doivent permettre de soutenir la croissance et réduisant les déficits.

Nicolas Delame pour le service français, édité par Benoît Van Overstraeten

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