25 juillet 2012 / 13:26 / dans 5 ans

La France parie sur le "vert" pour sauver sa filière automobile

par Julien Ponthus et Emmanuel Jarry

<p>Le plan de soutien &agrave; la fili&egrave;re automobile, en donnant la priorit&eacute; aux motorisations &eacute;lectriques et hybrides, vise &agrave; aider sans les nommer les constructeurs fran&ccedil;ais ou produisant en France, mais d'autres profiteront aussi du dispositif, notamment Toyota. /Photo d'archives/REUTERS/Fabrizio Bensch</p>

PARIS (Reuters) - Le gouvernement mise sur le développement des véhicules “verts” pour assurer la survie de la filière automobile française mais son plan, présenté mercredi, est critiqué faute de s‘attaquer à la compétitivité et de bénéficier de moyens suffisants.

Pour aider une industrie en difficulté et menacée par la concurrence internationale, ce plan prévoit comme mesure la plus saillante d‘augmenter de 40 à 100% selon les cas les bonus pour les véhicules électriques, hybrides ou thermiques peu polluants.

La stratégie du gouvernement, annoncé le même jour que les pertes financières et le plan de restructuration de Peugeot, se démarque de celle de son prédécesseur de droite, qui a distribué en 2008 et 2009 de généreuses primes à la casse et des milliards d‘euros de prêts aux constructeurs français.

Balayant les critiques et les “porteurs de pessimisme”, le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, a dit avoir pour objectif “la renaissance de l‘automobile française”.

L‘Etat se veut le fer le lance de cet effort et fera en sorte que 25% des véhicules qu‘il achètera à l‘avenir soient à moteur électrique ou hybride et que tout nouveau véhicule de sa flotte à usage urbain soit électrique.

Le gouvernement promet aussi d‘accélérer l‘implantation de bornes de recharge des véhicules électriques et s‘engage à débloquer des fonds pour favoriser l‘innovation dans la filière.

Mais l‘option d‘une réduction du coût du travail à travers une hausse de la CSG ou de la TVA, souhaitée par certains chefs d‘entreprises n‘a pas été retenue.

COMPÉTITIVITÉ

Prié par un député de dire pourquoi il n‘empruntait pas cette piste, Arnaud Montebourg a estimé à l‘Assemblée nationale que le problème n’était pas là, ou en tout cas pas seulement là.

“Tous les constructeurs français, quels qu‘ils soient, répètent (...) qu‘en vérité le coût du travail concerne 8 à 15% du prix de revient d‘une voiture”, a-t-il dit.

Or, pour Marc Touati, du cabinet de conseil ACDEFI, “le problème de fond c‘est un manque de compétitivité, ce plan ne fera que colmater les brèches”.

Un banquier interrogé par Reuters a pour sa part estimé qu‘il n‘y avait pas d‘issue pour le secteur automobile, et plus largement pour l‘industrie française, hors une baisse draconienne du coût du travail.

“Concrètement, il faut faire repasser la durée du travail à 40 heures, supprimer une semaine de congés payés et la moitié des jours fériés !” a-t-il dit en exigeant l‘anonymat. “C‘est le mal français. Je ne suis pas très optimiste.”

Ces arguments sur la baisse du coût du travail ont aussi été employés par l‘opposition.

“Le gouvernement fait l‘impasse sur la compétitivité et l‘impasse sur la baisse du coût du travail”, a ainsi dit la députée UMP Valérie Pécresse dans les couloirs de l‘Assemblée.

URGENCE SOCIALE

Pour Christian Estrosi, ancien ministre de l‘industrie de François Fillon, “ce plan automobile n‘est qu‘une énumération de mesurettes vaguement inspirées du plan mené sous la présidence de Nicolas Sarkozy”.

Le même terme est employé par la présidente du Front national, Marine Le Pen, qui ne voit dans ce plan que “des mesurettes et des taxes déjà testées cent fois, qui n‘apportent aucune réponse solide sur la durée”.

Le plan du gouvernement suscite aussi le scepticisme à la gauche du Parti socialiste et chez les syndicats.

“Le plan ne résout pas nos problèmes”, a ainsi dit Tanja Sussest, secrétaire du comité d‘entreprise et déléguée du SIA, syndicat majoritaire du site de PSA d‘Aulnay-sous-Bois, condamné, lors d‘une manifestation devant le siège du premier constructeur français. “Il propose des mesures bidon.”

La députée communiste Marie-George Buffet a jugé de son côté que le plan ne faisait pas face à l‘urgence sociale et laissait notamment la voie libre à la restructuration de Peugeot.

“C‘est un plan très partiel et très sur le long terme et qui ne répond pas à l‘urgence des plans sociaux annoncés”, a-t-elle dit à Reuters, appelant le gouvernement à légiférer sur les “licenciements boursiers”.

Avec Gilles Guillaume, Gérard Bon et Emile Picy, édité par Yves Clarisse

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