18 mai 2012 / 05:39 / il y a 5 ans

L'Espagne coincée entre récession et crise bancaire

par Carlos Ruano et Julien Toyer

<p>L'&eacute;conomie espagnole s'est contract&eacute;e de 0,3% au premier trimestre 2012 par rapport aux trois derniers mois de 2011. /Photo d'archives/REUTERS/Andrea Comas</p>

MADRID (Reuters) - Les coûts de financement que doit supporter l‘Espagne ont fortement augmenté lors d‘une adjudication jeudi, journée également marquée par l‘effondrement de Bankia en Bourse et par l‘abaissement par Moody’s de la note de 16 autres banques espagnoles.

Des données officielles ont confirmé que l’économie espagnole était retombée en récession et un article de presse a évoqué des retraits massifs auprès de Bankia, la quatrième banque du pays, mais Madrid a dit avoir pris une mesure clé pour restaurer sa crédibilité sur les marchés en annonçant que ses régions autonomes s‘engageaient à réaliser d‘importantes économies budgétaires.

Moody’s a cependant abaissé dans la soirée la note de 16 banques espagnoles, dont Santander, la plus grande de la zone euro, évoquant la capacité réduite de Madrid à apporter un soutien financier à plusieurs d‘entre elles.

Les banques espagnoles, empoisonnées par des créances douteuses nées de l’éclatement de la bulle immobilière, sont au coeur de la crise de la dette en zone euro, les investisseurs redoutant que le sauvetage massif du secteur ne plombe davantage l‘Etat espagnol, déjà très endetté.

Dans la matinée, le Trésor espagnol a dû consentir à verser un rendement autour de 5% pour placer des obligations à trois et à quatre ans, avec notamment un rendement moyen de 5,106% pour un titre arrivant à échéance en avril 2016, contre 3,374% lors de la dernière opération similaire en mars.

“Cette tendance défavorable semble s’être bien installée. Au bout du compte, ce renchérissement du rendement risque d‘entraîner une forme d‘intervention extérieure”, estime Richard McGuire, analyste taux chez Rabobank.

Mercredi, le Premier ministre espagnol Mariano Rajoy a déclaré que le gouvernement pourrait bientôt éprouver des difficultés à se financer à des niveaux acceptables.

Sur le marché secondaire, le rendement des obligations espagnoles à dix ans, autour de 6,3%, n‘est plus si loin du niveau des 7% qui a déclenché les aides apportées à la Grèce, à l‘Irlande et au Portugal.

Alors que Madrid tente de rassurer les marchés, les 17 régions autonomes d‘Espagne, à l‘origine d‘environ la moitié des dépenses publiques du pays, se sont engagées à réduire leurs dépenses de quelque 13 milliards d‘euros et à augmenter leurs recettes de 5 milliards cette année.

La semaine dernière, la Commission européenne avait estimé que l‘endettement des régions espagnoles serait l‘une des raisons qui empêcherait le pays d‘atteindre son objectif de déficit budgétaire fixé pour 2012, soit 5,3% du PIB.

CHUTE DU TITRE BANKIA

Plus tôt dans la journée, le gouvernement espagnol a dû démentir l‘existence d‘un mouvement de retraits paniques de sommes déposées à la banque en difficulté Bankia, nationalisée la semaine dernière, dont le titre a perdu jusqu’à 30% après une information allant dans ce sens.

De son côté, dans un avis transmis aux autorités boursières espagnoles, Bankia a souligné que les mouvements de dépôts constatés au cours de la première quinzaine de mai étaient saisonniers, ajoutant qu‘aucun changement substantiel dans la balance des dépôts n’était attendu dans les jours à venir.

Le titre Bankia a terminé en baisse de 14,08% à 1,422 euro après être tombé en séance à 1,171 euro. L‘indice regroupant les valeurs bancaires européennes a cédé de son côté 2,36%.

La semaine dernière, l‘Espagne a pris le contrôle de Bankia dans l‘espoir de rassurer les marchés et stabiliser un secteur financier rendu fragile par la crise immobilière.

Dans la foulée de cette nationalisation, Madrid a imposé à ses banques d‘augmenter leurs provisions pour se protéger des pertes croissantes sur leurs prêts toxiques dans l‘immobilier, tout en s‘engageant à apporter une aide limitée aux établissements en difficultés via des prêts à taux élevés.

Ces mesures n‘ont toutefois pas contribué à dissiper les doutes des investisseurs sur la capacité du gouvernement espagnol à définitivement redresser le système financier du pays, des interrogations qui ont aggravé le retour des craintes liées à la crise de la dette de la zone euro, ravivées par l‘impasse politique en Grèce.

Selon El Mundo, les clients de Bankia ont retiré depuis quelques jours plus d‘un milliard d‘euros de leurs comptes. José Ignacio Goirigolzarri a informé le conseil d‘administration réuni mercredi du retrait des fonds, précise le quotidien.

UNE RÉCESSION QUI VA SE PROLONGER

Le premier trimestre 2012 s‘est soldé par une nouvelle contraction économique de 0,3%, ce qui, après un recul de même ampleur au trimestre précédent, fait officiellement retomber l‘Espagne en récession, qui se définit techniquement comme deux trimestres consécutifs de recul du PIB.

“La récession avance à un rythme progressif, mais si on prend en compte les dernières enquêtes sur l‘activité, il semble que la contraction de l’économie se poursuivra au cours des trimestres à venir”, a commenté Tullia Bucco, économiste chez UniCredit.

Le secteur manufacturier espagnol s‘est contracté à son rythme le plus élevé en près de trois ans au mois d‘avril, tandis que l‘industrie des services a reculé pour le dixième mois d‘affilée, selon les indices des directeurs d‘achats.

Le secteur des exportations, le seul qui a progressé au cours des deux derniers trimestres, a ralenti de janvier à mars, les principaux partenaires économiques de l‘Espagne étant eux aussi confrontés à la récession ou au ralentissement.

Même si l‘Espagne réussit à maîtrises ses comptes, le pays est en première ligne si jamais la Grèce, actuellement dans un impasse politique, devait sortir de l‘euro.

“Ce n‘est pas totalement la Grèce quittant l‘euro qui est le principal enjeu, c‘est l‘effet domino”, estime John Bearman, chargé des investissements chez Thomas Miller Investment.

Natalie Huet, Benoît Van Overstraeten et Nicolas Delame pour le service français

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