8 mai 2012 / 15:28 / il y a 5 ans

Les tractations politiques piétinent en Grèce

<p>Le chef de la Coalition de gauche radicale, Alexis Tsipras, charg&eacute; par le pr&eacute;sident grec de former un gouvernement de coalition, a exclu mardi de se plier aux plans europ&eacute;ens de sauvetage et a menac&eacute; de nationaliser les banques. /Photo prise le 8 mai 2012/REUTERS/Kostas Tsironis/Pool</p>

par Renee Maltezou et Deepa Babington

ATHÈNES (Reuters) - Le chef de la Coalition de la gauche radicale, Alexis Tsipras, chargé par le président grec de former un gouvernement de coalition a exclu mardi de se plier aux plans européens de sauvetage et menacé de nationaliser les banques.

La position inflexible du chef de file de Syriza, propulsée contre toute attente dimanche au rang de deuxième force politique, réduit les chances de trouver une issue rapide à l‘impasse politique dans laquelle est plongée la Grèce depuis les élections législatives qui ont morcelé les forces au sein de la Vouli (Parlement).

Plusieurs responsables politiques allemands ont prévenu qu‘Athènes ne recevrait plus d‘aide financière si elle ne respectait pas toutes les conditions du plan de sauvetage conclu avec l‘Union européenne et le FMI.

“Le plan de sauvetage a été clairement annulé par le verdict populaire”, a déclaré Alexis Tsipras, dans une allusion au plan de renflouement de la “troïka” (Union européenne, Fonds monétaire international et Banque centrale européenne) censé sauver le pays de la faillite.

Le chef de file de Syriza, qui est âgé de 37 ans, s‘est vu confier la délicate tâche de constituer une majorité au lendemain de l’échec du chef de file de Nouvelle Démocratie, Antonis Samaras, à former un nouveau gouvernement de coalition viable.

Hostile au plan d‘austérité, le leader de la Coalition de la Gauche radicale a posé comme condition à l‘entrée des conservateurs de ND et des socialistes du Pasok au sein d‘une coalition gouvernementale la rupture des engagements pris à l’égard de l‘UE et du FMI.

“Il me demande de signer pour la destruction de la Grèce. Je ne le ferai pas”, a aussitôt réagi Antonis Samaras dans une allocution télévisée.

Samaras s‘est par ailleurs dit prêt à tolérer un gouvernement minoritaire qui garantirait le maintien de la Grèce dans la zone euro, mais il a jugé que Tsipras n‘offrait pas cette garantie.

Quant à Evangelos Venizelos, chef de file du Pasok, il s‘est prononcé pour la formation d‘un gouvernement de coalition regroupant toutes les formations favorables à l‘Europe de manière à éviter de nouvelles élections législatives.

“J‘appelle tous les citoyens grecs à apporter leur soutien à notre (...) proposition de gouvernement d‘union nationale composé de l‘ensemble des forces favorables au maintien de la Grèce dans l‘Europe et dans zone euro”, a-t-il dit.

CONDITIONS

L‘Allemagne, qui a apporté le plus de garanties financières dans le cadre du plan de sauvetage à Athènes, a mis en garde le Grèce contre toute rupture de l‘accord conclu avec la “troïka”.

“Les termes de l‘accord doivent être respectés. Je ne pense pas que nous puissions ou que nous devions négocier à nouveau”, a déclaré Martin Schulz, président du Parlement européen et membre du Parti social-démocrate (SPD).

“L‘aide ne peut être versée que si les conditions sont respectées”, a déclaré de son côté Gerda Hasselfedt, membre de l‘Union chrétienne-sociale (CSU), l‘aile bavaroise de l‘Union chrétienne-démocrate (CDU) de la chancelière Angela Merkel.

A l‘issue des élections anticipées de dimanche, les deux grands partis au pouvoir ont été lourdement sanctionnés par des électeurs exaspérés par la récession et l‘austérité, liée aux plans européens de sauvetage financier.

ND dispose de 108 des 300 sièges au sein de la Vouli et le Pasok, relégué à la troisième place, 41 élus.

Les cinq autres partis représentés au Parlement sont tous opposés aux programmes d‘assainissement des finances publiques obtenus en contrepartie de leur aide par la “troïka” des bailleurs de fonds de la Grèce.

Arithmétiquement, la cause est entendue: avec seulement 71 des 300 sièges de députés, Tsipras ne devrait pas obtenir le soutien des 151 députés nécessaires pour former un gouvernement, et ce, malgré l‘appui, mardi, de la Gauche démocratique, qui ne compte que 19 élus.

Les communistes du KKE, qui comptent 26 élus, ont en effet annoncé dès dimanche qu‘ils ne participeraient à aucun gouvernement et les Grecs indépendants, nouvelle formation dissidente de droite créditée de 33 sièges, ont exclu de négocier tant avec les conservateurs qu‘avec la Coalition de gauche radicale.

RENÉGOCIER LE RENFLOUEMENT

En cas d’échec de Tsipras, le président Karolos Papoulias pourrait alors se tourner vers Venizelos pour former un gouvernement. Si ce dernier échoue, des nouvelles élections législatives pourraient alors être organisées.

Si la classe politique ne parvient pas à former un gouvernement à même de négocier une nouvelle tranche d‘aide avec l‘UE et le FMI, elle pourrait se retrouver à court de liquidités d‘ici la fin du mois de juin, a-t-on appris auprès de trois responsables du ministère des Finances.

Le deuxième plan de renflouement, conclu en février, prévoit un soutien financier de 130 milliards d‘euros et l‘effacement d‘une partie de la dette des créanciers privés. Il est censé permettre à la Grèce de retourner sur les marchés financiers d‘ici 2015 moyennant de sévères mesures d‘austérité.

Hormis la convocation de nouvelles élections, la seule façon de sortir de l‘impasse serait de renégocier les termes du renflouement. Mais cette solution est pour l‘heure fermement rejetée par les bailleurs de fonds et certains pays d‘Europe du Nord.

avec Dina Kyriakidou, George Georgiopoulos, Ingrid Melander, Harry Papachristou et Lefteris Papadimas, Henri-Pierre André, Jean-Stéphane Brosse et Marine Pennetier pour le service français

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