18 avril 2012 / 15:33 / dans 5 ans

Une victoire de François Hollande inquiète modérément le marché

<p>Une victoire du socialiste Fran&ccedil;ois Hollande &agrave; la pr&eacute;sidentielle est assez largement anticip&eacute;e par les march&eacute;s mais les r&eacute;ponses des sp&eacute;cialistes ne sont pas unanimes &agrave; la question de savoir si, dans cette perspective, il faut vendre massivement la dette de la France. /Photo prise le 17 avril 2012/REUTERS/Beno&icirc;t Tessier</p>

par Raoul Sachs

PARIS (Reuters) - Une victoire du socialiste François Hollande à la présidentielle est assez largement anticipée par les marchés mais les réponses des spécialistes ne sont pas unanimes à la question de savoir si, dans cette perspective, il faut vendre massivement la dette de la France.

Selon des gérants, des rumeurs difficilement vérifiables circulent sur les marchés obligataires et laissent entendre que des fonds spéculatifs mettent en place de grosses positions vendeuses sur la dette française. Pour l‘instant, cela ne s‘est pas matérialisé sur le marché au comptant.

La principale préoccupation des investisseurs est de sortir du flou des propositions, inhérent à toute campagne électorale. Or, pour connaître précisément le programme du président qui sera élu le 6 mai, notamment en matière de maîtrise des finances publiques et d‘engagement européen, il faudra attendre les élections législatives de juin et la formation d‘un gouvernement.

“Il pourrait y avoir d‘ici là une dégradation” du marché de la dette, dit un stratégiste d‘une grande banque, qui a requis l‘anonymat, soulignant que “les marchés sont très attentifs à la réduction du déficit public”. Mais, ajoute-t-il, aussi bien François Hollande que le président sortant Nicolas Sarkozy se sont engagés sur ce point.

Nicolas Sarkozy a brandi la menace d‘une attaque de la France sur les marchés en cas de victoire de la gauche. “Vous voulez la gauche ? Vous aurez la Grèce et vous aurez l‘Espagne !”, a menacé le président-candidat.

Les stratégistes de Citigroup, tout en remarquant que “s‘il est élu le 6 mai, François Hollande ne sera que le deuxième socialiste à devenir président”, constatent que “dans le passé, les socialistes français ont été en mesure de mettre en oeuvre des réformes significatives via un dialogue plus facile avec les syndicats”.

“Ses premières décisions seront examinées à la loupe, notamment sur le nouveau pacte budgétaire européen et sur sa propre politique budgétaire”, ajoutent-ils dans une note, faisant allusion à la volonté, plusieurs fois répétées du candidat socialiste, de renégocier le nouveau pacte budgétaire européen afin d‘y introduire des dispositions visant à stimuler la croissance économique.

Dans ce contexte, auquel s‘ajoute la pression des agences de notation, Citi estime qu‘il y a peu de marge pour un resserrement de l’écart de rendement (spread) entre l‘obligation assimilable du Trésor français (OAT) à 10 ans et son équivalent allemand (Bund), référence de la zone euro.

“BON COUP DE MARKETING”

Credit Suisse, qui ne s‘attend pas non plus à des bouleversements de la politique budgétaire, prédit des tensions plus fortes sur les taux avec un spread OAT/Bund qui retrouverait les 150 points de base, son plus haut de l‘année.

Ce spread, baromètre de la dette française, avait dépassé les 200 points de base en novembre, au plus fort de la crise de la dette souveraine dans la zone euro.

Sous l‘effet d‘un retour des inquiétudes entourant l‘Espagne, le spread OAT/Bund a été affecté par la brusque tension des taux des pays ‘périphériques’ de la zone euro (Espagne, Portugal, Irlande, Grèce). Il est remonté autour de 130 actuellement après un plus bas de 89 en février, le taux français à 10 ans étant passé au-dessus à 3%. Le taux à 10 ans espagnol se situe à 5,9% après être passé au-dessus de 6%.

“Nous ne sommes pas vendeurs de la dette française”, lance Etienne Gorgeon, directeur de la gestion taux chez Edmond de Rothschild Investment Managers (Edrim).

“François Hollande semble à peu près raisonnable. Je ne vois pas de danger sur la dette française. L‘histoire des trente dernières années n‘a pas démontré que la gauche était plus dépensière que la droite”, souligne-t-il.

“Ça fait environ trois mois que des brokers anglo-saxons publient des études. Il en ressort que la probabilité que le candidat socialiste soit élu est très forte. Ils invitent à la prudence sur la dette française. On me dit aussi qu‘il y a de grosses positions ‘short’ (vendeuses) sur la dette française de la part de hedge funds (fonds spéculatifs)”, ajoute-t-il.

“Tout ça a été excessivement publicisé. C‘est la première fois que lors d’élections françaises, on a eu autant d’études labellisées et publiées (...) Je crains que ce soit un non-sujet.”

“C‘est un très bon coup marketing de la part des recherches anglo-saxonnes et un sujet facile, car les élections ont lieu en plein milieu d‘une crise de la dette souveraine en Europe. Mais ce n‘est pas un sujet obligatoirement rémunérateur”, explique Etienne Gorgeon, qui se dit “plus inquiet” du fonctionnement de l‘Europe.

Comme un responsable d‘une autre société de gestion qui, lui, a requis l‘anonymat, il estime que le gouvernement allemand se donnera le temps de tester François Hollande, ce qui retardera d‘autant l‘amélioration de la gouvernance de la zone euro.

Edité par Dominique Rodriguez

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