29 février 2012 / 11:24 / dans 6 ans

La BCE inonde les banques de près de 530 milliards de liquidités

<p>Les banques de la zone euro ont emprunt&eacute; 529,5 milliards d'euros aupr&egrave;s de la Banque centrale europ&eacute;enne &agrave; l'occasion de sa deuxi&egrave;me op&eacute;ration de refinancement &agrave; long terme (LTRO) destin&eacute;e &agrave; juguler les tensions sur le financement du secteur, entrav&eacute; par la crise de la dette. /Photo prise le 24 janvier 2012/REUTERS/Lmar Niazman</p>

par Paul Carrel

FRANCFORT (Reuters) - Les banques ont emprunté mercredi 529,5 milliards d‘euros de fonds bon marché et remboursables à trois ans auprès de la Banque centrale européenne (BCE), alimentant l‘espoir que le crédit aux entreprises reprenne son cours normal et que les pays touchés durement par la crise de la dette puissent emprunter moins cher.

La BCE aura injecté plus de 1.000 milliards d‘euros dans le système bancaire de la zone euro en l‘espace de deux mois, éloignant la menace d‘un tarissement du crédit (credit crunch).

Quelque 800 banques ont emprunté à la BCE et leur demande a dépassé à la fois les 500 milliards d‘euros prédits par une enquête Reuters et les 489 milliards servis à l‘issue de la toute première opération de refinancement à trois ans de la BCE, fin décembre.

Plutôt que servir un taux fixe, la BCE a alloué les fonds à un taux représentant la moyenne de ses opérations principales de refinancement à une semaine sur les trois ans à venir. Ce taux est actuellement à un plus bas sans précédent de 1,0%.

Les banques peuvent rembourser tout ou partie de leur emprunt après un an.

Les 530 milliards servis aux banques par la BCE sont sans précédent. La banque centrale avait annoncé ces opérations à la fin 2011 pour dégeler le marché interbancaire et soulager une pression sur le marché obligataire européen dont on pouvait craindre alors qu‘elle ne fasse éclater la zone euro.

Les deux opérations à très long terme (LTRO) de la BCE ont donc été un franc succès mais, selon des sources proches de la BCE, il est peu probable que l‘exercice soit répété une troisième fois.

“On ne discute pas face à 529 milliards”, dit Peter Chatwell, chez Credit Agricole CIB. “C‘est évidemment positif pour les actifs à risque et ça aidera aussi les marchés en tant que tels car il faudra bien que les banques trouvent à parquer la liquidité excédentaire qui en résultera.”

En y regardant de plus près, la BCE a injecté en net 300 milliards d‘euros d‘argent frais dans le système bancaire, 230 millions ayant servi à refinancer de précédents emprunts bancaires auprès de ses guichets.

UN “CREDIT CRUNCH MAJEUR” ÉVITÉ

Il reste à voir l‘usage que les banques en feront. Une bonne partie des 489 milliards d‘euros précédemment servis ont couvert de la dette arrivant à échéance. Les banques ont aussi déposé près de 500 milliards d‘euros sur les dépôts à vue de la BCE.

Le président de la BCE Mario Draghi, qui avait déclaré après le premier LTRO qu‘un “‘credit crunch’ majeur” avait été évité, a exhorté dimanche les banques à soutenir la croissance économique en prêtant aux ménages et aux entreprises les liquidités qu‘elles auront empruntées.

Il semble que les banques, surtout en Espagne mais aussi en Italie, aient profité du premier LTRO pour répondre au “Sarkozy trade”, un terme adopté par les marchés après que le président Nicolas Sarkozy eut suggéré que les gouvernements exhortent les banques débordant de fonds de la BCE à acheter la dette souveraine locale.

Apparemment, il en sera de même avec l‘opération de mercredi. Des sources de la Banque d‘Italie ont dit à Reuters que les banques locales ont emprunté 139 milliards d‘euros contre 116 milliards en décembre. Les coûts d‘emprunt de l‘Espagne et de l‘Italie ont baissé après l‘annonce du résultat de l‘opération de refinancement.

En France, à l‘exception de BPCE (Banque populaire - Caisse d’épargne) qui a confirmé ne pas avoir participé à cette opération, les autres banques françaises, BNP Paribas, le Crédit agricole et la Société générale ont refusé de dire si elles avaient emprunté auprès de la BCE. La Banque de France s‘est aussi refusée à tout commentaire.

En Bourse, l‘indice bancaire européen a terminé la séance sur un gain de 0,45%. BNP Paribas et Société générale ont fini en légère hausse de 0,05% et 0,29% tandis que Crédit agricole et Natixis ont respectivement gagné 2,23% et 3,04%.

FINANCER LES RETRAITS

Le fait que 800 banques aient emprunté à l‘institut d’émission, soit bien plus que les 492 de décembre, laisse penser qu‘un plus grand nombre de petites banques ont eu accès à ce type de financement, aidées en cela par la décision de la BCE d’élargir la gamme des garanties acceptables.

Le revers de la médaille d‘un tel succès est que les banques deviennent trop dépendantes des fonds de la BCE, ce que celle-ci ne veut pas, souhaitant retransférer aux Etats la charge de résoudre la crise de la dette, ont dit des sources à Reuters.

Certains responsables monétaires font valoir que ces opérations de refinancement ne dissimulent guère les problèmes de fond de la périphérie de la zone euro.

“L‘idée que les LTRO facilitent le financement des PME est un mythe”, a dit ainsi le gouverneur de la Banque d‘Angleterre Mervyn King, devant une commission parlementaire.

“En fait, ils fournissent une source de financement aux banques, surtout à celles des pays méditerranéens de la zone euro qui font face à une ruée aux guichets, permettant à ces dernières de financer les retraits de fonds”, a-t-il ajouté.

Le président de la Bundesbank Jens Weidmann, membre du conseil des gouverneurs de la BCE, a déclaré ce mois-ci qu‘une offre de liquidité “trop généreuse” pourrait déboucher à terme sur des risques inflationnistes.

Il n‘empêche qu‘en assurant le financement des banques sur un horizon à moyen terme, la BCE a également donné aux pays de la zone euro le temps de forger des plans de croissance et de discipline budgétaire pour les pays de la périphérie.

“Sans croissance, les LTRO ne mènent à rien”, fait ainsi remarquer Andrew Bosomworth, chez PIMCO.

L‘agence de notation S&P estime de son côté que la BCE a réduit le risque de faillite bancaire par manque de liquidité et empêché un grave “credit crunch” dans la zone euro. Mais elle estime aussi que les actions de la BCE ne traitent pas les problèmes structurels du secteur bancaire européen.

Avec les rédactions européennes, Jean Décotte et Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Dominique Rodriguez

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