27 février 2012 / 19:34 / dans 6 ans

Le conflit Casino-Galeries sur Monoprix parti pour durer

par Pascale Denis

<p>Le conseil de Casino a, sans surprise, rejet&eacute; lundi la proposition des Galeries Lafayette de racheter au distributeur st&eacute;phanois ses 50% de Monoprix au prix de 1,35 milliard d'euros. /Photo d'archives/REUTERS/Charles Platiau</p>

PARIS (Reuters) - Le conseil de Casino a, sans surprise, rejeté lundi la proposition des Galeries Lafayette de racheter au distributeur stéphanois ses 50% de Monoprix au prix de 1,35 milliard d‘euros.

Casino et les Galeries Lafayette, co-actionnaires de Monoprix, ont mis sur la place publique la semaine dernière leur désaccord sur la valorisation de l‘enseigne de centre-ville.

Selon un protocole d‘accord liant les deux parties, les Galeries Lafayette peuvent exercer une option de vente de leur propre participation depuis le 1er janvier 2012.

Mais les grands magasins estiment cette part de 50% à 1,95 milliard d‘euros, tandis que Casino la valorise à 700 millions seulement, un chiffre très éloigné de l’évaluation de 1,2 milliard d‘euros figurant dans ses comptes au 31 décembre 2010.

“Si les Galeries Lafayette confirment leur souhait de vendre leur participation dans Monoprix, Casino se portera acquéreur, conformément à ses engagements au titre du protocole, au juste prix de l‘actif”, a réaffirmé Casino lundi.

Il avait déjà fait savoir samedi dernier qu‘il n’était nullement vendeur de sa part dans Monoprix, un actif stratégique pour le groupe.

Pour sortir de l‘impasse, Ginette Moulin, dont la famille détient 100% du capital des Galeries Lafayette, avait offert début février au PDG de Casino Jean-Charles Naouri, de lui vendre ses 50% au prix de 1,35 milliard -représentant la moyenne des deux offres- ou de lui racheter sa part, à ce prix.

C‘est cette dernière proposition qui était examinée par le conseil de Casino réuni pour approuver les comptes du distributeur, dont les résultats annuels seront publiés mardi matin.

BUSINESS PLAN EN QUESTION

En vertu du protocole d‘accord, un expert indépendant devait être nommé en cas de désaccord sur la valorisation des actifs de Monoprix. Or cet expert, la banque JP Morgan, se trouve dans l‘incapacité de procéder à une valorisation tant que les deux parties s‘opposent sur les comptes et sur les projections à moyen terme de Monoprix.

La pomme de discorde porte en particulier sur le “business plan” de l‘enseigne, contesté par Casino qui s‘appuie sur des projections établies par le cabinet McKinsey et jugées par trop pessimistes par les Galeries Lafayette.

Le plan à trois ans prévoit une progression de 21% de l‘Ebitda entre 2011 et 2014, générée par un ambitieux programme d‘ouverture de magasins (entre 40 et 50 ouvertures prévues) et une croissance annuelle du chiffre d‘affaires de 3% à 4%.

“Les comptes et le business plan à trois ans ont été validés par les deux actionnaires fin novembre 2011 et communiqués aux banques conseil (Rothschild pour Casino, Société générale pour les Galeries Lafayette)”, indique-t-on auprès des Galeries Lafayette.

Ces dernières, qui reprochent à Jean-Charles Naouri de n‘avoir pas avoir respecté les accords en ayant demandé, sans en référer à quiconque, une évaluation complémentaire auprès de McKinsey, ont riposté en prolongeant d‘un an le mandat du président du conseil de Monoprix, Philippe Houzé, et en assignant Casino en justice le 21 février devant le tribunal de commerce de Paris.

Les Galeries Lafayette demandent de permettre l‘expertise indépendante de JP Morgan, en faisant constater que le plan de moyen terme de Monoprix a effectivement été validé par Casino à la fin novembre 2011.

Le groupe demande aussi que Casino se prête “de bonne foi” à cette expertise et réclame au distributeur stéphanois des dommages et intérêts de 137.000 euros par jour de retard à partir de la date de son assignation.

Une fois la valorisation déterminée, les Galeries Lafayette peuvent décider de ne pas vendre. Le protocole d‘accord ne les y oblige pas. En revanche, si Casino veut acheter, il le peut, à condition de débourser une lourde prime de contrôle de 21%.

LA PÉPITE MONOPRIX

En prolongeant le mandat de Philippe Houzé, qui devait revenir à Jean-Charles Naouri à compter de mars 2012, “les Galeries Lafayette veulent faire la preuve que le business plan de Monoprix tient très bien la route”, disent-elles.

Casino à d‘ores et déjà annoncé qu‘il saisirait la justice sur ce point.

La bataille s‘annonce âpre et longue pour la pépite Monoprix. Car la chaîne de distribution de centre-ville est totalement atypique dans le paysage français.

Avec une marge opérationnelle de 9%, elle constitue de loin l‘actif le plus rentable de Casino en France, où la rentabilité du groupe était de 3,9% en 2010, et caracole loin devant ses concurrents.

Monoprix a su tirer parti de l‘essor du commerce de proximité et de ses excellents emplacements (l‘enseigne est propriétaire de ses murs) lui permettant d‘avoir une clientèle urbaine à fort pouvoir d‘achat.

Elle tire aussi son épingle du jeu dans le non alimentaire, en particulier le textile, où son offre ciblée lui permet de surperformer ses concurrents particulièrement touchés par la crise.

Pour Casino, le prix de 1,35 milliard valorise Monoprix à 9,1 fois l‘Ebitda 2011 (fonds propres plus dette nette), et le distributeur compare ce chiffre à un multiple de 5,7 “pour les principales sociétés cotées européennes du secteur” (Casino, Carrefour, Tesco, Ahold, Delhaize, Sainsbury et Marks & Spencer).

Le prix qu‘il propose, lui, s‘inscrit juste au-dessous des 800 à 900 millions d‘euros que le distributeur va encaisser grâce aux dividendes exceptionnels que lui versera sa foncière Mercialys et au produit tiré de sa sortie partielle de la société, qu‘il vient d‘annoncer. .

Le financement de l‘opération n‘aurait donc pas d‘incidence sur sa dette. Pas plus que celui de la prise de contrôle de Pao de Açucar <PCAR4.SA, sa filiale brésilienne, qu‘il peut engager à la fin du premier semestre 2012, pour un montant évalué aux environs de 10 millions d‘euros.

Edité par Wilfrid Exbrayat

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