14 février 2012 / 12:27 / il y a 6 ans

Bruxelles va sans doute sanctionner Madrid pour ses déficits

<p>Le commissaire europ&eacute;en aux Affaires &eacute;conomiques et mon&eacute;taires, Olli Rehn, &agrave; Bruxelles. La Commission europ&eacute;enne va probablement prendre d'ici mai des sanctions &agrave; l'encontre du nouveau gouvernement espagnol pour avoir diff&eacute;r&eacute; des mesures d'aust&eacute;rit&eacute; &agrave; l'approche d'un scrutin r&eacute;gional le mois prochain. /Photo prise le 13 f&eacute;vrier 2012/REUTERS</p>

par Julien Toyer

BRUXELLES/MADRID (Reuters) - La Commission européenne (CE) va probablement prendre d'ici mai des sanctions à l'encontre du nouveau gouvernement espagnol pour avoir différé des mesures d'austérité avant un scrutin régional prévu le mois prochain, a-t-on appris mardi de sources proches du dossier.

Aucune décision ferme n'a été prise pour l'instant mais l'exécutif européen pense que le gouvernement de Mariano Rajoy a surestimé les chiffres du déficit pour 2011 de manière à enjoliver les prévisions 2012.

En outre, l'Espagne ne s'attaque pas avec la rapidité nécessaire à la détérioration des finances publiques en 2012, ce qui menace la croissance du pays à long terme, ont dit trois hauts responsables européens.

Interrogé pour savoir si le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires Olli Rehn recommanderait aux ministres des Finances des Vingt-Sept de prendre des sanctions contre Madrid, un des responsables a dit: "C'est très probable."

"Ce n'est pas ce que nous voulons. Mais s'il y a une dérive, et c'est presque inévitable, alors nous devrons nous y résoudre", a-t-il ajouté.

"Ne faisons pas de conclusion prématurée à ce stade parce qu'en effet nous sommes en train de finaliser nos prévisions semestrielles", a pour sa part déclaré Olli Rehn, lors d'une conférence de presse à Strasbourg.

"Nous attendons du gouvernement espagnol qu'il concrétise les mesures annoncées récemment pour rétablir la pérennité des finances publiques et progresse rapidement sur la préparation du budget de 2012 afin de remplir les objectifs budgétaires cette année 2012 et aussi bien sûr ceux de 2013".

L'Espagne fait l'objet d'une procédure de déficit excessif depuis avril 2009, pour n'avoir pas réussi à limiter son déficit à 3% du PIB au plus. Vingt-trois des 27 pays de l'Union européenne sont dans le même cas mais Madrid s'expose à présent à une amende pouvant atteindre 0,1% de son PIB.

Le gouvernement espagnol s'est abstenu de tout commentaire.

LE SCRUTIN ANDALOU

Fin décembre, Mariano Rajoy, rejetant la faute sur le gouvernement socialiste qui l'avait précédé, avait annoncé que le déficit atteindrait 8% du PIB en 2011, voire plus, en raison essentiellement d'un dérapage plus important que prévu de la situation financière des régions. A cette époque, la Commission européenne anticipait elle un déficit de 6,6% et elle considère que les nouvelles projections de Madrid sont exagérées.

"Nous attendons les chiffres officiels mais nous ne nous fions pas aux calculs actuels", a dit l'une des sources.

Un autre responsable a ajouté que la CE pensait qu'Eurostat, l'organisme de la statistique de l'UE, annoncerait un chiffre inférieur à 8% à l'occasion de la publication de prévisions mises à jour le 23 février.

Reste l'échéance des élections en Andalousie le 25 mars, que Madrid voudrait bouclées avant de prendre toute mesure d'austérité, dit-on à Bruxelles et à Madrid.

Le Parti populaire est donné vainqueur de ce scrutin régional pour la première fois depuis 1982, aux dépens des socialistes. L'Andalousie compte plus de 55% des moins de 25 ans au chômage.

"Ce report est vraiment pénible. Le nouveau budget ne sera transmis qu'en avril et c'est vraiment malheureux. Je ne pense pas qu'ils aient réalisé à quel point la situation est grave", a dit l'un des responsables.

Madrid a dit que le nouveau budget entrerait en vigueur dès que possible mais les sources pensent que ce ne sera pas avant juin, trop tard pour infléchir la situation cette année.

Le gouvernement maintient son objectif d'un déficit budgétaire de 4,4% du PIB cette année mais cet objectif se fonde sur une prévision de croissance de 2,3%, alors que la Banque d'Espagne anticipe elle une contraction du PIB de 1,5% cette année. En novembre, la CE anticipait un déficit de 6,6% en 2011 et de 5,9% en 2012, en supposant une croissance de 0,7% chaque année.

Les responsables de l'UE pensent que Mariano Rajoy a déjà convaincu l'Allemagne et le Fonds monétaire international de lui donner un délai plus long pour réduire le déficit. Ils ajoutent qu'il compte à présent sur ses nouvelles prévisions plus moroses pour obtenir un objectif de réduction du déficit édulcoré.

Le Président du gouvernement compte faire école auprès d'autres pays de l'UE en difficulté afin que ceux-ci réclament eux aussi un adoucissement des conditions. "Son calcul est qu'une telle demande sera faite collectivement, ce qui lui évitera une négociation difficile", a dit l'un des responsables.

Jean Décotte et Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Danielle Rouquié

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