13 février 2012 / 06:38 / dans 6 ans

Le vote de l'austérité grecque ne suffit pas à l'UE

<p>Devant un magasin incendi&eacute; dimanche en Gr&egrave;ce, o&ugrave; des violences ont &eacute;clat&eacute; alors que le parlement votait un nouveau plan d'aust&eacute;rit&eacute; pour satisfaire aux exigences de ses bailleurs de fonds internationaux. /Photo prise le 13 f&eacute;vrier 2012/REUTERS/John Kolesidis</p>

par Renee Maltezou

ATHENES (Reuters) - Le gouvernement grec a été invité lundi par ses partenaires européens à présenter de nouveaux gages de sa volonté de réforme malgré l‘adoption la veille d‘un plan d‘austérité par un parlement assiégé par des milliers de manifestants.

La loi votée par 199 députés sur 300, sur fond d’émeutes à Athènes, prévoit 3,3 milliards d’économies par le biais de nouvelles baisses des salaires et des retraites et d‘une vague de suppressions d‘emplois dans la fonction publique.

Ces dispositions sont exigées par la “troïka” (Fonds monétaire international, Union européenne et Banque centrale européenne) en échange d‘un plan d‘aide de 130 milliards d‘euros indispensable avant le 20 mars, date d‘une importante échéance de la dette grecque (14,5 milliards d‘euros à rembourser).

L‘UE a salué le vote du Parlement grec tout en rappelant les autres conditions posées à l‘octroi des fonds promis, afin d’éloigner le spectre d‘un défaut de paiement désordonné “aux conséquences dévastatrices” le mois prochain.

D‘ici une réunion des ministres des Finances de la zone euro mercredi, le gouvernement de Lucas Papadémos doit expliquer comment il compte économiser 325 millions d‘euros sur les 3,3 milliards, et obtenir un engagement écrit des partis politiques à appliquer les termes de l‘accord.

“Les promesses de la Grèce ne nous suffisent plus”, avait prévenu dimanche le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, dans une interview accordée au Welt am Sonntag.

Un accord sur la participation du secteur privé à la restructuration de la dette de la Grèce devrait être annoncé après la réunion de l‘Eurogroupe, a-t-on appris lundi de sources au fait des discussions.

“ENCORE LOIN DU BUT”

La perspective d’élections législatives en avril, dont la tenue a été confirmée lundi par le porte-parole du gouvernement, explique les réticences des partis grecs à endosser des mesures très impopulaires et les craintes de l‘Europe de ne pas les voir appliquées.

“Il faut attendre de voir ce qui viendra ensuite”, a renchéri le ministre allemand de l‘Economie, Philipp Rösler, à la télévision allemande après le vote du Parlement grec. “Nous avons effectué un pas dans la bonne direction mais nous sommes encore loin du but”, a-t-il dit.

Le ministre autrichien des Affaires étrangères, Michael Spindelegger, a estimé qu’“adopter le plan d‘austérité est une chose, l‘appliquer en est une autre”.

Le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires, Olli Rehn, s‘est voulu plus optimiste en se disant “confiant dans la réalisation des autres conditions” d‘ici la réunion de l‘Eurogroupe.

Il a mis en garde contre les “conséquences dévastatrices” qu‘un défaut de paiement aurait pour la société grecque.

Cet argument avait déjà été employé dimanche par Lucas Papadémos devant les parlementaires pour défendre le nouvel ensemble de mesures d‘austérité, dans un pays déjà exsangue après des années de récession.

Les émeutes qui ont éclaté dans le centre d‘Athènes et plusieurs autres villes du pays témoignent déjà de l‘exaspération d‘une bonne partie de la population.

“Le peuple a envoyé un message hier: Trop c‘est trop”, a déclaré Ilias Iliopoulos, secrétaire général du principal syndicat des fonctionnaires, Adedy.

Les rues de la capitale étaient jonchées de pierres et d’éclats de verre lundi matin, témoins d‘une nuit de violence au cours de laquelle 150 boutiques ont été pillées et 48 bâtiments incendiés selon les autorités.

EXASPÉRATION

Les adversaires de l‘austérité soulignent que celle-ci condamne la Grèce à s‘enfoncer toujours davantage dans la récession, sans possibilité de trouver des recettes, faute de croissance.

Le chef de file des conservateurs, Antonis Samaras, dont le parti est en tête des sondages, préconise une politique libérale de stimulation de la croissance, via des baisses d‘impôts et des privatisations.

Il a également laissé entendre, en appelant dimanche les élus de son camp à voter en faveur du plan de rigueur, qu‘il pourrait en demander la renégociation. “Nous devons d‘abord exister afin de pouvoir le modifier”, a-t-il dit.

Beaucoup de Grecs jugent qu‘une faillite ne pourra pas être plus douloureuse que la cure imposée par Bruxelles.

“Le vote d‘hier a peut-être éloigné temporairement le risque d‘un défaut, mais l’économie grecque fera faillite et le système politique est dans l‘impasse”, dit le président de la Confédération grecque du Commerce, Vassilis Korkidis, dans un communiqué.

Les nouvelles mesures d‘austérité comprennent une baisse de 22% du salaire minimum et la suppression de 150.000 postes dans la fonction publique d‘ici 2015. Le taux de chômage a atteint 20,9% de la population active en novembre et dépasse 50% chez les jeunes.

Cent quatre-vingt-dix-neuf députés sur 300 ont approuvé le texte, mais 43 élus socialistes et conservateurs n‘ont pas respecté le mot d‘ordre de leurs partis et en ont été exclus sur le champ.

Nikos Kourkoulos, un jardinier municipal âgé de 53 ans, qui a vu son salaire mensuel réduit de 600 euros depuis 2008, résumait dimanche la colère de ses compatriotes: “Quand sortirons-nous de cette crise? Pourquoi ne nous disent-ils pas tout de suite quand tout sera fini ?”

Jean-Stéphane Brosse pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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